SCÈNE m. — DIRCÉ, NÉRINE, MÉGARE
NÉRINE
Ah . madame ! il en faut de la même innocence Pour apaiser du ciel l'implacable vengeance ; Il faut une victime et pure et d'un tel rang, Que chacun la voudroit racheter de son sang.
BIRCÉ.
Nérine, que dis-tu? seroit-ce bien la reine? Le ciel feroit-il choix d'Antigone, ou d'Ismène? S'oudroit-il Étéocle. ou Polynice, ou moi? Car tu me dis assez que ce n'est pas le roi; Et. si le ciel demande une victime pure, Appréhender pour lui . c'est lui faire une injure. Seroit-ce enfin Thésée? Hélas! si c'étoit lui.... Mais nomme, et dis quel sang le ciel veut aujourd'hui.
NÉRINE
L'ombre du grand Laïus, qui lui sert d'interprète, De honte ou de dépit sur ce nom est muette; Je n'ose vous nommer ce qu'elle nous a tu : Mais préparez, madame, une haute vertu; Prêtez à ce récit une âme généreuse, Et vous-même jugez si la chose est douteuse.
Ah ! ce sera Thésée , ou la reine.
KÉRINE
Écoutez, Et tâchez d'y trouver quelques obscurités. Tirésie a longtemps perdu ses sacrifices Sans trouver ni les dieux ni les ombres propices; Et celle de Laïus évoqué par son nom S'ûbstinoit au silence aussi bien qu'Apollon. Mais la reine en la place a peine est arrivée, Qu'une épaisse vapeur s'est du temple élevée. D'où cette ombre aussitôt sortant jusqu'en plein jour A surpris tous les yeux du peuple et de la cour. L'impérieux orgueil de son regard sévère Sur son visage pâle avoit peint la colère; Tout menaçoit en elle ; et des restes de sang Par un prodige aff'reux lui dégouttoient du flanc. A ce terrible aspect la reine sest troublée, La frayeur a couru dans toute l'assemblée ; Et de vos deux amans j'ai vu les cœurs glacés A ces funestes mots que l'ombre a prononcés : ce Un grand crime impuni cause votre misère; Par le sang de ma race il se doit effacer; Mais, à moins que de le verser,