SCÈNE III. — JOCASTE, THÉSÉE, PHORBAS, NÉRINE
JÛCASTE.
Laissez-moi lui parler, et prêtez-nous silence. Phorbas, envisagez ce prince en ma présence : Le reconnoissez-vous?
PHOBBAS.
Je crois vous avoir dit Que je ne l'ai point vu depuis qu'on le perdit. Madame : un si long temps laisse mal reconnoître Un prince qui pour lors ne faisoit que de naître; Et, si je vois en lui Teffet de mon secours. Je n'y puis voir les traits d'un enfant de deux jours.
J0CA5TE
Je sais, ainsi que vous, que les traits de l'enfance N'ont avec ceux d'un homme aucune ressemblance; Mais comme ce héros, s'il est sorti de moi. Doit avoir de sa main versé le sang du roi. Seize ans n'ont pas changé tellement son visage, Que vous n'en conserviez quelque imparfaite image.
PHORBAS
Hélas! j'en garde encor si bien le souvenir.
Que je l'aurai présent durant tout l'avenir.
Si pour connoître un fils il vous faut cette marque,
Ce prince n'est point né de notre grand monarque.
Mais désabusez-vous, et sachez que sa mort
Ne fut jamais d'un fils le parricide effort.
JOCASTE
Et de qui donc, Phorbas? Avez-vous connoissance Du nom du meurtrier? Savez-vous sa naissance?
PHORBAS
Et, de plus, sa demeure et son rang. Est-ce assez?
JOCASTE
Je saurai le punir si vous le connoissez. Fourrez-vous le convaincre?
PHORBAS
Et par sa propre bouche.
JOCASTE
A nos yeux?
PH0RB\S.
A vos yeux. Mais peut-être il vous touche, Peut-être y prendrez-vous un peu trop d'intérêt Pour m'en croire aisément quand j'aurai dit qui c'est.
Ne nous déguisez rien , parlez en assurance
Que le fils de Laïus en hâle la vengeance.
JOCASTE
II n'est pas assuré, prince, que ce soit vous, Comme il l'est que Laïus fut jadis mon époux; Et d'ailleurs, si le ciel vous choisit pour victime, Vous me devez laisser à punir ce grand crime.
THÉSÉE
Avant que de mourir, un fils peut le venger.
PHORBAS
Si vous l'êtes ou non, je ne le puis juger; Mais je sais que Thésée est si digne de l'être, Qu'au seul nom qu'il en prend je l'accepte pour maître Seigneur , vengez un père , ou ne soutenez plus Que nous voyons en vous le vrai sang de Laïus.
JOCASTE
Phorbas, nommez ce traître, et nous tirez de doute; Et j'atteste à vos yeux le ciel, qui nous écoute. Que pour cet assassin il n'est point de tourmens Qui puissent satisfaire à mes ressentimens.
PHORBAS
Mais, si je vous nommois quelque personne chère,
Mmon votre neveu, Créon votre seul frère,
Ou le prince Lycus, ou le roi votre époux,
Me pourriez-vûus en croire, ou garder ce courroux?
De ceux que vous nommez je sais trop l'innocence.
PHORBAS
Peut-être qu'un des quatre a fait plus qu'il ne pense; Et j'ai lieu de juger qu'un trop cuisant ennui....
JOCASTE
Voici le roi qui vient: dites tout devant lui.