‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 328 sur 343 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

ŒDIPE

Il y pourroit avoir entre quinze et vingt ans.

PHORBAS

J'ai de con us rapports d'environ même temps.

Environ ce temps-là fis-tu quelque voyage?

PHORBAS

Oui, seigneur, en Phocide; et là, dans un passage ...

ŒDIPE

Ah! je te reconnois, ou je suis fort trompé. C'est un de mes brigands à la mort échappé. Madame, et vous pouvez lui choisir des supplices; S'il n'a tué Laïus, il fut un des complices.

JOCASTE

C'est un de vos brigands ! Ah! que me dites-vous?

ŒDIPE

7e le laissai pour mort , et tout percé de coups.

PHORBAS

Quoi! vous m'auriez blessé? moi. seigneur?

ŒDIPE

Oui. perfide.

Tu fis, pour ton malheur, ma rencontre en Phocide, Et tu fus un des trois que je sus arrêter Dans ce passage étroit qu'il fallut disputer : Tu marchois le troisième; en faut-il davantage?

PHORBAS

Si de mes compagnons vous peignez le visage, Je n'aurois rien à dire, et ne pourrois nier.

ŒDIPE

Seize ans. à ton avis, m'ont fait les oublier! Ne le présume pas : une action si belle En laisse au fond de l'âme une idée immortelle; Et si dans un combat on ne perd point de temps A bien examiner les traits des combattans, Après que celui-ci m'eut tout couvert de gloire, Je sus tout à loisir contempler ma victoire. Mais tu nieras encore, et n'y connoîtras rien.

PHORBAS

Je serai convaincu . si vous les peignez bien : Les deux que je suivis sont connus de la reine.

ŒDIPE

Madame, jugez donc si sa défense est vaine. Le premier de ces trois que mon bras sut punir A peine méritoit un léger souvenir :

Peiit de taille, noir, le regard un peu louche, Le front cicatrisé, la mine assez farouche; Mais homme, à dire vraij de si peu de vertu

Que dès le premier coup je le vis abattu.

Le second, je l'avoue, avoit un grand courage, Bien qu'il parût déjà dans le penchant de l'âge . Le front assez ouvert, l'œil perçant, le teint frais; On en peut voir en moi la taille et quelques traits-, Chauve sur le devant, mêlé sur le derrière, Le port majestueux, et la démarche fière. 11 se défendit bien , et me blessa deux fois ; Et tout mon cœur s'émut de le voir aux abois. Vous pâlissez , madame !

JOCASTE

Ah! seigneur, puis-je apprendre Que vous ayez tué Laïus après Nicandre , Que vous ayez blessé Phorbas de votre main, Sans en frémir d'horreur , sans en pâlir soudain?

ŒDIPE

Quoi! c'est là ce Phorbas qui vit tuer son maître?

Vos yeux, après seize ans, l'ont trop su reconnoître; Et ses deux compagnons, que vous avez dépeints, De Nicandre et du roi portent les traits empreints.

ŒDIPE

Mais ce furent brigands, dont le bras....

JOCASTE

C'est un conte Dont Phorbas au retour voulut cacher sa honte. Une main seule, hélas! fit ces funestes coups, Et, par votre rapport, ils partirent de vous.

PHORBAS

J'en fus presque sans vie un peu plus d'une année. Avant ma guérison on vit votre hyménée. Je guéris: et mon cœur, en secret mutiné De connoître quel roi vous nous aviez donné, S'imposa cet exil dans un séjour champêtre, Attendant que le ciel me fît un autre maître.

THÉSÉE

Seigneur, je suis le frère ou l'amant de Dircé; Et son père ou le mien, de votre main percé. ..>

ŒDIPE

Prince, je vous entends, il faut venger ce père, Et ma perte à l'État semble être nécessaire, Puisque de nos malheurs la fin ne se peut voir, Si le sang de Laïus ne remplit son devoir. C'est ce que Tirésie avoit voulu me dire. Mais ce reste du jour soufi'rez que je respire. Le plus sévère honneur ne sauroit murmurer De ce peu de momens que j'ose différer; Et ce coup surprenant permet à votre haine

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