SCÈNE IV. — ŒDIPE, IPHICRATE, PHORBAS
IPHICRATE
Seigneur, voilà celui qui vous mit en mes bras; Permettez qu'à vos yeux je montre un peu de joie.
{A Phorbas.) Se peut-U faire, ami, qu'encor je te revoie!
PHORBAS
Que j'ai lieu de bénir ton retour fortuné! Qu'as-tu fait de l'enfant que je t'avois donné?
Le généreux Thésée a fait gloire de l'être ;
Mais sa preuve est obscure, et tu dois le connoître;
Parle.
IPHICRATE
Ce n'est point lui, mais il vit en ces lieux.
PHORBAS
Nomme-le donc , de grâce.
IPHICRATE
Je ne vois que le roi.
Il est devant tes yeux.
PHORBAS
IPHICRATE
C'est lui-même.
PHORBAS
Lui-même !
IPHICRATE
Oui : le secret n'est plus d'une importance extrême; Tout Corinttie le sait. Nomme-lui ses parens.
PHORBAS
En fussions-nous tous trois à jamais ignorans!
IPHICRATE
Seigneur, lui seul enfin peut dire qui vous êtes.
ŒDIPE
Hélas! je le vois trop; et vos craintes secrètes, Qui vous ont empêchés de vous entr'éclaircir, Loin de tromper l'oracle , ont fait tout réussir. Voyez où m'a plongé votre fausse prudence : Vous cachiez ma retraite . il cachoit ma naissance ; Vos dangereux secrets, par un commun accord, M'ont livré tout entier aux rigueurs de mon sort. Ce sont eux qui m'ont fait l'assassin de mon père; Ce sont eux qui m'ont fait le mari de ma mère. D'une indigne pitié le fatal contre-temps Confond dans mes vertus ces forfaits éclatans : Elle fait voir en moi, par un mélange infâme, Le frère de mes fils et le fils de ma femme. Le ciel l'avoit prédit, vous avez achevé: Et vous avez tout fait quand vous m'avez sauvé.
PHORBAS
Oui, seigneur, j'ai tout fait, sauvant votre personne} M'en punissent lez dieux si je me le pardonne !