ACTE V, SCÈNE m
Ce revers seroit dur pour quelque âme commune; Mais je me fis toujours maître de ma fortune; Et, puisqu'elle a repris l'avantage du sang, Je ne dois plus qu'à moi tout ce que j'eus de rang. Mais n'as-tu point appris de qui j'ai reçu l'être?
IPHICRATE
Seigneur, je ne puis seul vous le faire connoître. Vous fûtes exposé jadis par un Thébain Dont la compassion vous remit en ma main , Et qui, sans m'éclaircir touchant votre naissance, Me chargea seulement d'éloigner votre enfance. J'en connois le visage, et l'ai revu souvent, Sans nous être tous deux expliqués plus avant: Je lui dis qu'en éclat j'avois mis votre vie, Et lui cachai toujours mon nom et ma patrie, De crainte , en les sachant , que son zèle indiscret Ne vînt mal à propos troubler notre secret. Mais, comme de sa part il connaît mon visage, Si je lé trouve ici , nous saurons davantage.
ŒDIPE
Je serois donc Thébain à ce compte?
IPHICRATE
Oui, seigneur.
ŒDIPE
Je ne sais si je dois le tenir à bonheur ;
Mon cœur, qui se soulève, en forme un noir augure
Sur l'éclaircissement de ma triste aventure.
Où me reçûtes-vous?
IPHICRATE
Sur le mont Cythéron.
ŒDIPE
Ah ! que vous me frappez par ce funeste nom ! Le temps, le lieu, l'oracle, et l'âge de la reine, Tout semble concerté pour me mettre à la gêne. Dieu! seroit-il possible? Approchez-vous, Phorbas.