‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 34 sur 343 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

L'un n'ôte point à l'autre une âme qu'il possède

CLÉOPATRE

N'en, non; où l'amour règne il faut que l'autre cède.

ANTIOCHUS

Leurs charmes à nos cœurs sont égakment doux. Nous périrons tous deux s'il faut périr pour vous; Mais aussi....

CLÉOPATRE

Poursuivez , fils ingrat et rebelle.

ANTIOCHUS

Nous périrons tous deux s'il faut périr pour elle.

CLÉOPATRE

Périssez , périssez ; votre rébellion

Mérite plus d'horreur que de compassion.

Mes yeux sauront le voir sans verser une larme,

Sans regarder en vous que l'objet qui vous charme;

Et je triompherai , voyant périr mes fils ,

De ses adorateurs et de mes ennemis.

ANTIOCHUS

Eh bien! triomphez-en, que rien ne vous retienne :

Votre main tremble-t-elle? y voulez-vous la mienne?

Madame, commandez, je suis prêt d'obéir.

Je percerai ce cœur qui vous ose trahir :

Heureux si par ma mort je puis vous satisfaire,

Et noyer dans mon sang toute votre colère.

Mais si la dureté de votre aversion

Nomme encor notre amour une rébellion ,

Du moins souvenez-vous qu'elle n'a pris pour armes

Que de foibles soupirs et d'impuissantes larmes.

CLÉOPATRE

Ah! que n'a-t-elle pris et la flamme et le fer! Que bien plus aisément j'en saurois triompher! Vos larmes dans mon cœur ont trop d'intelligence: Elles ont presque éteint cette ardeur de vengeance! Je ne puis refuser des soupirs à vos pleurs; Je sens que je suis mère auprès de vos douleurs. C'en est fait, je me rends, et ma colère expire. Rodogun^ est à vous aussi bien que l'empire; Rendez grâces aux dieux qui vous ont fait l'aîné : Possédez-la, régnez.

ANTIOCHUS

0 moment fortuné!

0 trop heureuse fin de l'excès de ma peine! Je rends grâces aux dieux qui calment votre naine- Madame, -îst-il possible?

CLÉOPATRE

ï'-n vain j'ai résisté,

40 RODOGUNE

La nature est trop forte, et mon cœur s'est dompté. Je ne vous dis plus rien, vous aimez votre mère, Et votre amour pour moi taira ce qu'il faut taire.

ANTIOCHUS

Quoi! je triomphe donc sur le point de périr? La main qui me blessoit a daigné me guèrirl

CLÉOPATRE

Oui . je veux courorjier une flamme si belle. Allez à la princesse en porter la nouvelle; Son cœur, comme le votre, en deviendra charmé : Vous n'aimeriez pas tant si vous n'étiez aimé.

ANTIOCHUS

Heureux Antioohus! heureuse Rodogune!

Oui, madame, entre nous la joie en est commune.

CLÉOPATRE

Allez donc ; ce qu'ici vous perdez de momens Sont autant de larcins à vos contentemens; Et ce soir, destiné pour la cérémonie, Fera voir pleinement si ma haine est finie.

ANTIOCHUS

Et nous vous ferons voir tous nos désirs bornés A vous (^onner en nous des sujets couronnés.

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