‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 41 sur 343 · SCÈNE II. — CLËOPATKE, LAONICE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — CLËOPATKE, LAONICE

CLÉOPATRE

Viennent-ils, nos amans?

Ils approchent, madame :

On lit dessus leur front l'allégresse de l'âme; L'amour s'y fait paroître avec la majesté; Et, suivant le vieil ordre en Syrie usité. D'une grâce en tous deux tout auguste et royale, Ils viennent prendre ici la coupe nuptiale, Pour s'en aller au temple, au sortir du palais, Par les muins du grand prêtre êlre unis à jamais : C'est là quil le? attend pour bénir l'alliance. Le peuple tout ravi par ses vœux les devance. Et pour eux à grancîs cris demande aux immortels Tout ce qu'on leur souhaite au pied de leurs autels, Impatient pour eux que la cérémonie Ne commence bientôt , ne soit bientôt finie. Les Parihes à la foule aux Syriens mêlés. Tous nos vieux différends de leur âme exilés. Font leur suite assez grosse, et d'une voix commune Bénissent à l'envi le prince et Rodogune. Mais je les vois déjà : madame, c'est à vous A commencer ici des spectacles si doux.

SCENE III. — CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, RODOGUNE, ORONTE , LAONICE , troupe de Parthes et de Syriens.

CLÉOPATRE

Approchez, mes enfans; car l'amour maternelle. Madame, dans mon cœur, vous tient déjà pour telie; Et je crois que ce nom ne vous déplaira pas.

RODOGUNE

Je le chérirai même au delà du trépas.

Il m'est trop doux, madame; et tout l'heur que j'espère,

C'est de vous obéir et respecter en mère.

CLÉOPATRE

Airae2-moi seulement; vous allez être rois.

Et s'il faut du respect, c'est moi qui vous le dois*

Ah l si nous recevons la suprême puissance, Ce n'est pas pour sortir de votre obéissance : Vous régnerez ici quand nous y régnerons, Et ce seront vos lois que nous y donnerons.

46 RODOGUNE

CLÉOPATRE

J'ose le croire ainsi: mais prenez votre place :

11 est temps d'avancer ce qu'il faut que je fasse.

{Ici Anliochus s'assied dans un fauteuil. Rodogune à sa gauche, en même rang , et Cléopatre à sa droite, mais en rang inférieur, et qui marque quelque inégalité. Oronte s'assied aussi à la gauche de Rodogune, avec la même différe^ice ; et Cléopatre, cependant qu'ils prennent leurs places , parle à l'oreille de Laonice , qui s'en va quérir une coupe pleine de vin empoisonné. Après qu'elle est partie ^ Cléopatre continue : )

Peuple qui m'écoutez , Parthes et Syriens,

Sujets du roi son frère , ou qui fûtes les miens ,

Voici de mes deux fils celui qu'un droit d'aînesse

Élève dans le trône , et donne à la princesse.

Je lui rends cet État que j'ai sauvé pour lui;

Je cesse de régner, il commence aujourd'hui.

Qu'on ne me traite plus ici de souveraine :

Voici votre roi, peuple, et voilà votre reine.

Vivez pour les servir , respectez-les tous deux ,

Aimez-les, et mourez, s'il est besoin, pour eux. Oronte , vous voyez avec quelle franchise

Je leur rends ce pouvoir dont je me suis démise :

Prêtez les yeux au reste , et voyez les effets

Suivre de point en point les traités de la paix.

{Laonice revient avec une coupe à la main.)

ORONTE

Votre sincérité s'y fait assez paroître , Madame, et j"en ferai récit au roi mon maître.

CLÉOP.^ThE.

L'hymen est maintenant notre plus cher souci. L'usage veut, mon fils, qu'on le commence ici : Recevez de ma main la coupe nuptiale , Pour être après unis sous la foi conjugale; Puisse-t-elle être un gage, envers votre moitié, De votre amour ensemble et de mon amitié!

ANTiocHUS, prenant la coupe.

Cieli que ne dois-je point aux bontés d'une mère!

CLEOPATRE

Le temps presse , et votre heur d'autant plus se diffère.

ANTIOCHUS , û Rodogune.

Madame, hâtons donc ces glorieux momens : Voici l'heureux essai de nos contentemens. Mais si mon frère étoit le témoin de ma joie....

CLÉOPATRE

C'est être trop cruel de vouloir qu'il la voie : Ce sont des déplaisirs qu'il fait bien d'épargner;

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