ACTE V, SCENE III
Et sa douleur secrète a droit de l'éloigner.
Il m'avoit assuré qu'il la verroit sans peine. Mais n'importe, achevons,
SCÈNE IV. — CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, RODÛGUNE, ORONTE, TIMAGÊNE, LAONICE , troupe.
TIMAGÈNE
Ah ! seigneur 1
CLÉOPATRE
Timagène .
Quelle est votre insolence?
T1MAGÈ>-E.
Ah ! madame !
ANTIOCHUS. rendant la coupe à Laonice.
Parlez.
TIMAGÈNE
Souffrez pour un moment que mes sens rappelés....
ANTIOCHUS
Qu'est-il donc arrivé?
TIMAGÈNE
Le prince votre frère....
ANTIOCHUS
Quoi! se voudroit-il rendre à mon bonheur contraire?
TIMAGÈNE
L'ayant cherché longtemps afin de divertir L'ennui que de sa perte il pouvoit ressentir, Je l'ai trouvé , seigneur , au bout de cette allée , Où la clarté du ciel semble toujours voilée. Sur un lit de gazon , de foiblesse étendu , Il sembloit déplorer ce qu'il avoit perdu; Son âme à ce penser paroissoit attachée ; Sa tète sur un bras languissamment penchée, Immobile et rêveur, en malheureux amant....
ANTIOCHUS
Enfin, que faisoit-il? achevez promptement,
TIMAGÈNE
D'une profonde plaie en l'estomac ouverte,
Son sang à gros bouillons sur cette couche verte.
CLÉOPATRE
Il est mort?
TIMAGÈNE
Oui, madame.
CLÉOPATRE
Ah ! destins ennemis Qui m'enviez le bien que je m'étois promis, Voilà le coup fatal que je craignois dans l'âme.
48 RODOGUiNE.
Voilà le désespoir où l'a réduit sa flamme.
Pour vivre en vous perdant il avoit trop d'amour,
Madame, et de sa main il s'est privé du jour.
TiMAGÈNE, à Cléopatre.
Madame, il a parlé; sa main est innocente.
CLÉOPATRE , à Timagène.
La tienne est donc coupable, et ta rage insolente, Par une lâcheté qu'on ne peut égaler, L'ayant assassiné, le fait encor parler l
ANTIOCHUS
Timagène, souffrez la douleur d'une mère, Et les premiers soupçons d'une aveugle colère. Comme ce coup fatal n'a point d'autres témoins, J'en ferois autant qu'elle, à vous connoître moins. Mais que vous a-t-il dit? achevez, je vous prie.
TIMAGÈNE
Surpris d'un tel spectacle, à l'instant je m'écrie; Et soudain à mes cris, ce prince, en soupirant, Avec assez de peine entr'ouvre un œil mourant ; Et ce reste égaré de lumière incertaine Lui peignant son cher frère au lieu de Timagène, Rempli de votre idée , il m'adresse pour vous Ces mots où l'amitié règne sur le courroux :
« Une main qui nous fut bien chère Venge ainsi le refus d'un coup trop inhumain.
Régnez; et surtout, mon cher frère,
Gardez-vous de la même main, a C'est....» La Parque à ce mot lui coupe la parole: Sa lumière s'éteint, et son âme s'envole; Et moi. tout effrayé d'un si tragique sort. J'accours pour vous en faire un funeste rapport.
ANTIOCHUS
Rapport vraiment funeste, et sort vraiment tragique,
Qui va changer en pleurs l'allégresse publique.
0 frère, plus aimé que la clarté du jour!
0 rival, aussi cher que m'étoit mon amour!
Je te perds, et je trouve en ma douleur extrême
Un malheur dans ta mort plus grand que ta mort mèni3,
0 de ses derniers mots fatale obscurité !
En quel gouffre d'horreur m'as-tu précipité?
Quand j'y pense chercher la main qui l'assassine.
Je m'impule à forfait tout ce que j'imagine;
Mais aux marques enfin que tu m'en viens donner,
Fatale obscurité! qui dois-je en soupçonner?
a Une main qui nous fut bien chère! » Madame, est-ce la vôtre, ou celle de ma mère? Vous vouliez toutes deux un coup trop inhumain,