‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 58 sur 343 · LÉON UNE · texte numérisé non relu

LÉON UNE

Puisque vous ne craignez que sa mort, ou l'inceste, Je rends grâce, seigneur, à la bonté céleste De ce qu'en ce grand bruit le sort nous est si doux Que nous n'avons encor rien à craindre pour vous. "Votre courage seul nous donne lieu de craindre : Modérez-en l'ardeur, daignez vous y contraindre; El, puisqu'aucun soupçon ne dit rien à Phocas, Soyez eucor son fils, et ne vous montrez pas. De quoi que ce tyran menace Pulchérie, J'aurai trop de moyens d'arrêter sa furie. De rompre cet hymen, ou de le retarder. Pourvu que vous veuillez ne vous point hasarder, Répoadez-moi de vous, et je vous réponds d'elle.

HÉRACLIUS

Jamais l'occasion ne s'offrira si belle

7^ HÉRACLIUS

Vous voyez un grand peuple à demi révolté,

Sans qu'on sache l'auteur de cette nouveauté.

Il semble que de Dieu la main appessuitie,

Se faisant du tyran l'effroyable partie,

Veuille avancer par là son juste châtiment;

Que, par un si grand bruit semé confusément.

Il dispose les cœurs à prendre un nouveau maître,

Et presse Héraciius de se faire connoître.

C'est à nous de répondre à ce qu'il en prétend :

Montrons Héraciius au peuple qui l'attend ;

Évitons le hasard qu'un imposteur l'abuse .

Et qu'après s'être armé d'un nom que je refuse,

De mon trône, à Phocas sous ce titre arraché,

Il puisse me punir de m'être trop caché.

Il ne sera pas temps , madame , de lui dire

Qu'il me rende mon nom. ma naissance et l'empire,

Quand il se prévaudra de ce nom déjà pris

Pour me ioindre au tyran dont je passe pour fils,

LÉON TIN E

Sans vous donner pour chef à cette populace , Je romprai bien encor ce coup, s'il vous menace; Mais gardons jusqu'au bout ce secret important; 'fiez-vous plus à moi qu'à ce peuple inconstant. Ce que j'ai fait pour vous depuis votre naissance, Semble digne, seigneur, de cette confiance : Je ne laisserai point mon ouvrage imparfait, Et bientôt mes desseins auront leur plein effet. Je punirai Phocas. je vengerai Maurice:

Mais aucun n'aura part à ce grand sacrifice : J'en veux toute la gloire . et vous me la devez. Vous régnerez par moi . si par moi vous vivez. Laissez entre mes mains mûrir vos destinées. Et ne hasardez point le fruit de vingt années.

EUDOXE

Seigneur, si votre amour peut écouter mes pleurs Ne vous exposez point au dernier des malheurs. La mort de ce tyran, quoique trop légitime. Aura dedans vos mains l'image d'un grand crime Le peuple pour miracle osera maintenir Que le ciel par son fils l'aura voulu punir; Et sa haine obstinée après cette chimère Vous croira parricide en vengeant votre père; La vérité n'aura ni le nom ni l'effet Que d'un adroit mensonge à couvrir ce forfait; Et d'une telle erreur l'ombre sera trop noire Pour ne pas obscurcir l'éclat de votre gloire. Je sais bien que l'ardeur de venger vos parens...

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