ACTE II, SCENE II
HÉRACLIUS
Vous en êtes aussi, madame, et je me rends;
Je n'examine rien , et n'ai pas la puissance
De combattre l'amour et la reconnoissance ;
Le secret est à vous, et je serois ingrat
Si sans votre congé j'osois en faire éclat,
Puisque, sans votre aveu, toute mon aventure
Passeroit pour un songe ou pour une imposture.
Je dirai plus : l'empire est plus à vous qu'à moi,
Puisqu'à Léonce mort tout entier je le doi:
C'est le prix de son sang , c'est pour y satisfaire
Que je rends à la sœur ce que je tiens du frère;
Non que pour macquitter par cette élection
Mon devoir ait forcé mon inclination ;
jl présenta mon cœur aux yeux qui le charmèrent;
Il prépara mon âme aux feux qu'ils allumèrent;
Et ces yeux tout divins, par un soudain pouvoir,
Achevèrent sur moi l'effet de ce devoir.
Oui, mon cœur, chère Eudoxe . à ce trône n'aspire
Que pour vous voir bientôt maîtresse de l'empire.
Je ne me suis voulu jeter dans le hasard
Que par la seule soif de vous en faire part;
G'étoit là tout mon but. Pour éviter l'inceste,
Je n'ai qu'à m'éloigner de ce climat funeste;
Mais si je me dérobe au rang qui vous est dû ,
Ce sera par moi seul que vous l'aurez perdu;
Seul je vous ôterai ce que je vous dois rendre.
Disposez des moyens et du temps de le prendre.
Quand vous voudrez régner . faites-m'en possesseur :
Mais, comme enfin j'ai lieu de craindre pour ma sœur
Tirez-la dans ce jour de ce péril extrême.
Ou demain je ne prends conseil que de moi-même.
LÉONTINE
Reposez-vous sur moi , seigneur , de tout son sort , Et n'en appréhendez ni l'hymen ni la mort.