‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 63 sur 343 · SCÈNE VI. - MARTIAN , LEONTINE , EXUPÈRE , EUDOXE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. - MARTIAN , LEONTINE , EXUPÈRE , EUDOXE

MARTIAN

Madame, dois-je croire un billet de Maurice? Voyez si c'est sa main, ou s'il est contrefait; Dites s'il me détrompe, ou m'abuse en effet, Si je suis votre fils, ou s'il étoit mon père : Vous en devez connoître encor le caractère. LÉONTINE lit le hillet.

Léontine a trompé Phocas .

Et, livrant pour mon fils un des siens au trépas, Dérobe à sa fureur l'héritier de l'empire. 0 vous qui me restez de fidèles sujets, Honorez son grand zèle, appuyez ses projets! Sous le nom de Léonce Héraclius respire.

Maurice.

{Elle rend le hillet à Exupère , qui le lui a donné, et continue.) Seigneur, il vous dit vrai : vous étiez en mes mains Quand on ouvrit Byzance au pire des humains. Maurice m'honora de cette confiance; Mon zèle y répondit par delà sa croyance. Le voyant prisonnier et ses quatre autres fils, Je cachai quelques jours ce qu'il m'avoit commis; Mais enfin, toute prête à me voir découverte, Ce zèle sur mon sang détourna votre perte. J'allai pour vous sauver vous offrir à Phocas; Mais j'offris votre nom, et ne vous donnai pas. La généreuse ardeur de sujette fidèle

78 HÉRACLIUS

Me rendit pour mon prince à moi-même cruelle : Mon fils fut , pour mourir , le fils de l'empereur. J'éblouis le tyran , je trompai sa fureur ; Léonce, au lieu de vous, lui servit de victime.

[Elle fait un soupir.) Ah! pardonnez, de grâce; il m'échappe sans crime. J'ai pris pour vous sa vie. et lui rends un soupir; Ce n'est pas trop, seigneur, pour un tel souvenir : A cet illustre effort par mon pouvoir réduite, J'ai dompté la nature . et ne l'ai pas détruite.

Phocas. ravi de joie à cette illusion, Me combla de faveurs avec profusion, Et nous fit de sa main cette haute fortune Dont il n'est pas besoin que je vous importune.

Voilà ce que mes soins vous laissoient ignorer-. Et j'attendois , seigneur, à vous le déclarer. Que . par vos grands exploits . votre rare vaillance Pût faire à l'univers croire votre naissance , Et qu'une occasion pareille à ce grand bruit Nous pût de son aveu promettre quelque fruit; Car . comme j'ignorois que votre grand monarque En eût pu rien savoir, ou laisser quelque marque, Je doutois qu'un secret, n'étant su que de moi, Sous un tyran si craint pût trouver quelque foi.

EXUPÈRE

Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice,

Le forçoit de ses fils à voir le sacrifice ,

Ce prince vit l'échange, et l'alloit empêcher;

Mais l'acier des bourreaux fut plus prompt à trancher

La mort de votre fils arrêta cette envie ,

Et prévint d'un moment le refus de sa vie.

Maurice, à quelque .espoir se laissant lors flatter,

S'en ouvrit à Félix qui vint le visiter ,

Et trouva les moyens de lui donner ce gage

Qui vous en pût un jour rendre un plein témoignage.

Félix est mort , madame , et naguère en mourant

Il remit ce dépôt à son plus cher parent ;

Et m' ayant tout conté : «r Tiens, dit-il, Exupère,

Sers ton prince , et venge ton père. » Armé d'un tel secret, seigneur, j'ai voulu voir Combien parmi le peuple il auroit de pouvoir. J'ai fait semer ce bruit sans vous faire connoître ; Et, voyant tous les cœurs vous souhaiter pour maître, J'ai ligué du tyran les secrets ennemis , Mais sans leur découvrir plus qu'il ne m'est permis. Ils aiment votre nom, sans savoir davantage- Et cette seule joie anime leur courage,

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