‹ Œuvres complètes de P. CorneilleChapitre 73 sur 343 · SCÈNE IIL — PHOCAS, PULCHËRIE , EXUPÈRE, AMINTAS · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL — PHOCAS, PULCHËRIE , EXUPÈRE, AMINTAS

Et toi, n'espère pas désormais me fléchir. Je tiens Héraclius, et n'ai plus rien à craindre, Plus lieu de te flatter, plus lieu de me contraindre, fie frère et ton espoir vont entrer au cercueil, Et j'abattrai d'un coup sa tète et ton orgueil. Mais ne te contrains point dans ces rudes alarmes; Laisse aller tes soupirs, laisse couler tes larmes.

PULCHÉRIE

Moi, pleurer! moi, gémir, tyran! Jaurois pleuré Si quelques lâchetés l'avoient déshonoré, S'il n'eût pas emporté sa gloire toute entière .

88 HÉRACLIUS

S'il m'avoit fait rougir par la moindre prière,

Si quelque infâme espoir qu'on lui dût pardonner

Eût mérité la mort que tu lui vas donner.

Sa vertu jusqu'au bout ne s'est point démentie.

Il n'a point pris le ciel ni le sort à partie,

Point querellé le bras qui fait ces lâches coups ,

Point daigné contre lui perdre un juste courroux.

Sans te nommer ingrat, sans trop le nommer traître,

De tous deux, de soi-même il s'est montré le maître;

Et dans cette surprise il a bien su courir

à la nécessité qu'il voyoit de mourir.

Je goûtois cette joie en un sort si contraire.

Je l'aimai comme amant, je l'aime comme frère;

Et dans ce grand revers je l'ai vu hautement

Digne d'être mon frère , et d'être mon amant.

PHOCAS

Explique, explique mieux le fond de ta pensée; Et, sans plus te parer d'une vertu forcée, Pour apaiser le père, offre le cœur au fils, Et tâche à racheter ce cher frère à ce prix.

PULCHÉRIE

Crois-tu que sur la foi de tes fausses promesses

Mon âme ose descendre à de telles bassesses?

Prends mon sang pour le sien; mais, s'il y faut mon cœur,

Périsse Héraclius avec sa triste sœur !

PHOCAS

Eh bien! il va périr; ta haine en est complice.

PULCHÉRIE

Et je verrai du ciel bientôt choir ton supplice.

Dieu, pour le réserver à ses puissantes mains,

Fait avorter exprès tous les moyens humains;

Il veut frapper le coup sans notre ministère.

Si l'on t'a bien donné Léonce pour mon frère,

Les quatre autres peut-être, à tes yeux abusés,

Ont été comme lui des Césars supposés.

L'État, qui dans leur mort voyoit trop sa ruine,

Avoit des généreux autres que Léontine;

Ils trompoient d'un barbare aisément la fureur,

Qui n' avoit jamais vu la cour ni l'empereur.

Crains, tyran, crains encor tous les quatre peut-être :

L'un après l'autre enfin se vont faire paroître;

Et, malgré tous tes soins, malgré tout ton effort,

Tu ne les connoîtras qu'en recevant la mort.

Moi-même, à leur défaut, je serai la conquête

De quiconque à mes pieds apportera ta tète;

L'esclave le plus vil qu'on puisse imaginer

Sera digne de moi , s'il peut t'assassiner.

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