ACTE IV, SCÈNE III
Vous prîtes afsément ce qu'elle vous rendit.
Nous vécûmes tous deux sous le nom l'un de l'autre :
Il passa pour son fils, je passai pour le vôtre;
Et je ne jugeois pas ce chemin criminel
Pour remonter sans meurtre au trône paternel.
Mais voyant cette erreur fatale à cette vie
Sans qui déjà la mienne auroit été ravie ,
Je me croirois, seigneur, coupable infiniment
Si je souffrois encore un tel aveuglement.
Je viens reprendre un nom qui seul a fait son crime.
Conservez votre haine, et changez de victime.
Je ne demande rien que ce qui m'est promis :
Perdez Héraclius , et sauvez votre fils.
MABTIAN.
Admire de quel fils le ciel t'a fait le père, Admire quel etTort sa vertu vient de faire, Tyran: et ne prends pas pour une vérité Ce qu'invente pour moi sa générosité.
( A Héraclius. ) C'est trop , prince , c'est trOp pour ce petit service Dont honora mon bras ma fortune propice : Je vous sauvai la vie, et ne la perdis pas; Et pour moi vous cherchez un assuré trépas! Ah! si vous m'en devez quelque reconnoissance, Prince, ne m'ôtez pas l'honneur de ma naissance : Avoir tant de pitié d'un sort si glorieux, De crainte d'être ingrat, c'est m'ètre injurieux.
PHOCAS
En quel trouble me jette une telle dispute ! A quels nouveaux malheurs m'expose-t-elle en butte t Lequel croire, Exupère , et lequel démentir? Tombé-je dans l'erreur, ou si j'en vais sortir? Si ce billet est vrai , le reste est vraisemblable.
EXUPÈRE
Mais qui sait si ce reste est faux ou véritable?
PHOCAS
Léontine deux fois a pu tromper Phocas.
EXUPÈRE
Elle a pu les changer, et ne les changer pas. Et plus que vous, seigneur, dedans l'inquiétude, Je ne vois que du trouble et de l'incertitude.
HÉRACLIUS
Ce n'est pas d'aujourd'hui que je sais qui je suis:
Vous voyez quels effets en ont été produits.
Depuis plus de quatre ans vous voyez quelle adresse
J'apporte à rejeter l'hymen de la princesse,
Où sans doute aisément mon cœur eût consenti,
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Si Léontine alors ne m'en eût averti.
Léontine?
HÉRACLIUS
Elle-même.
MARTIAN
Ah! ciel! quelle est sa ruse!
Martian aime Eudoxe, et sa mère l'abuse. Par l'horreur d'un hymen qu'il croit incestueux, De ce prince à sa fille elle assure les vœux ; Et son ambition . adroite à le séduire , Le plonge en une erreur dont elle attend l'empire.
Ce n'est que d'aujourdhui que je'sais qui je suis; Mais de mon ignorance elle espéroit ces fruits, Et me tiendroit encor la vérité cachée, Si tantôt ce billet ne l'en eût arrachée.
PHOCAS
La méchante l'abuse aussi bien que Phocas.
EXUPÈRE
Elle a pu l'abuser . et ne l'abuser pas.
PHOCAS
Tu vois comme la fille a part au stratagème
EXUPÈRE
Et que la mère a pu l'abuser elle-même.
PHOCAS
Que de pensers divers ! que de soucis flottans !
EXUPÈRE
Je vous en tirerai, seigneur, dans peu de temps.
PHOCAS
Dis-moi, tuut est-il prêt pour ce juste supplice?
EXUPÈRE
Oui , si nous connoissons le vrai fils de Maurice.
HÉRACLIUS
Pouvez-vous en douter après ce que j'ai dit?
MARTIAN
Donnez-vous à l'erreur encor quelque crédit?
HÉRACLIUS. à Martian.
Ami, rends-moi mon nom : la faveur n'est pas grande Ce n'est que pour mourir que je te le demande. Reprends ce triste jour que tu m'as racheté , Ou rends-moi cet honneur que tu m'as presque ôté.
MARTIAN
Pourquoi, de mon tyran volontaire victime. Précipiter vos jours pour me noircir d'un crime? Prince, qui que je sois, j'ai conspiré sa mort, Et nos noms au dessein donnent un divers sort : Dedans KéracUus il a gloire solide,