ACTE IV, SCENE m
Et dedans Martian il devient parricide.
Puisqu'il faut que je meure illustre, ou criminel, Couvert ou de louange, ou d'opprobre éternel, Ne souillez point ma mort, et ne veuillez pas faire Du vengeur de l'empire un assassin d'un père.
HÉRACLIUS
Mon nom seul est coupable, et, sans plus disputer, Pour te faire innocent tu n'as qu'à le quitter; il conspira lui seul, tu n'en es point complice. Ce n'est qu'Héraclius qu'on envoie au supplice: Sois son fils, tu vivras.
MARTIAN
Si je l'avois été, Seigneur, ce traître en vain m'auroit sollicité; Et, lorsque contre vous il m'a fait entreprendre, La nature en secret auroit su m'en défendre.
HÉRACLIUS
Apprends donc qu'en secret mon cœur t'a prévenu. J'ai voulu conspirer, mais on m'a retenu; Et dedans mon péril Léontine timide....
MARTIAN
N'a pu voir Martian commettre un parricide.
HÉRACLIUS
Toi, que de Pulchérie elle a fait amoureux, Juge sous les deux noms ton dessein et tes feux Elle a rendu pour toi l'un et l'autre funeste, Martian parricide, Héraclius inceste, Et n'eût pas eu pour moi d'horreur d'un grand forfait, Puisque dans ta personne elle en pressoit l'eflet. Mais elle m'empèchoit de hasarder ma tête, Espérant par ton bras me livrer ma conquête. Ce favorable aveu dont elle t'a séduit T'exposoit aux périls pour m'en donner le fruit; Et c'étoit ton succès qu'attendoit sa prudence. Pour découvrir au peuple ou cacher ma naissance.
PHOCAS
Hélas! je ne puis voir qui des deux est mon fils; Et je vois que tous deux ils sont mes ennemis. En ce piteux état quel conseil dois-je suivre? J'ai craint un ennemi, mon bonheur me le livre* Je sais que de mes mains il ne se peut sauver, * Je sais que je le vois, et ne puis le trouver. La nature tremblante, incertaine, étonnée, D'un nuage confus couvre sa destinée:
L'assassin sous cette ombre échappe à ma rigueur^ Et, présent à mes yeux, il se cache en mon cœur. Martian! A ce nom aucun ne veut répondre.
98 HÉRACLIUS
Et l'amour paternel ne sert qu'à me confondre.
Trop d'un Héraclius en mes mains est remis-,
•Te tiens mon ennemi, mais je n'ai plus de fils.
Que veux-tu donc, nature, et que prétends-tu faire?
Si je n'ai plus de fils, puis-je encore être père?
De quoi parle à mon cceur ton murmure imparfait?
Ne me dis rien du tout, ou parle tout à fait '.
Qui que ce soit des deux que mon sang ait fait naître,
Ou laisse-moi le perdre, ou fais-le-moi connoître.
0 toi. qui que tu sois, enfant dénaturé. Et trop digne du sort que tu t'es procuré, Mon trône est-il pour toi plus honteux qu'un supplice? 0 malheureux Phocas! ô trop heureux Maurice! Tu recouvres deux fils pour mourir après toi, Et je n'en puis trouver pour régner après moi! Quaux honneurs de ta mort je dois porter envie, Puisque mon propre fils les préfère à sa vie !