‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 32 sur 77 · Vie de Ronsard, 3^ édition · texte numérisé non relu

Vie de Ronsard, 3^ édition

Parmi les Di/coiirs acadcmiqiies conservés à la Bibliothèque de Copenhague, cinq traitent cette question : Quelles vertus font les plus excellentes, les morales ou les intellecluelles. Le premier est anonyme, le second est celui de Ronsard % le troisième et le quatrième, qui en est un complément, ont pour auteur Philippe Desportes, et le cinquième est d'Amadis Jamyn. A ces cinq discours, que nous possédons, il faut ajouter la curieuse mention de deux autres, qui nous est fournie par d'Aubigné dans une de ses lettres portant pour suscription : A mes filles, touchant les femmes doBes de noflrefiecle. «Je choifis, dit-il... dans la Cour pour mettre en ce rang la Marefchale de Rez & Madame de Ligneroles... Ces deux ont fait preuve de ce qu'elles favoyent plus aux chofes qu'aux paroles, dans l'Académie qu'avoit dreffée le Roy Henry troifiefme, & me fouvient qu'un jour entre autres, le problème eftoit fur l'excellence des vertus morales & intelleduelles ; elles furent antagoniiles, & fe firent admirer-. »

Sept discours au moins furent donc prononcés dans cette discussion, à moins que le premier, dont nous ne connaissons point l'auteur, ne soit d'une des deux dames dont parle D'Aubigné. Il paraît probable que ce fut cette série de morceaux qui servit à inaugurer la nouvelle Académie; il est certain du moins, d'après le début du discours de Ronsard, qu'il parlait dans cette assemblée pour la première fois, et que c'était le roi lui-même qui avait posé la question : « Encores, Sire, que ie ne me fois iamais exercé à longuement difcourir & que ma principalle vaccation a efté plus d'efcrire que de parler, fi eft ce que, obeiffant à voflre commandement, ie

1. Voir t. VII , pp. 100-107. ^1 semble bien que le discours mentionné par Binet soit celui-là, malgré la différence des titres. — P. L.

2. Œuvres d'Agrippa d'Aubigné, édition Réaunie et de Caussade, t. I, p. 447.

m'en acquiteray le mieulx que ie pourray & feray d'aultant plus digne de pardon que i'effaye vng chemin tout nouueau & que ie fais tout ce que ie puis pour vous obéir & feruir...

(c II me femble que la queftion que Voftre Maiefté nous propofa l'autre iour, nous commandant de nous en aprefter, eil à fçauoir û les vertus moralles font plus louables, plus neceffaires & plus excellentes que les intelleduelles. »

Desportes, qui succède à Ronsard, marque encore plus nettement que lui sa répugnance pour ce genre d'exercice : « le defireroy quafi que les poètes ne fuffent mis iamais en tel ieu comme eft cetuy cy auquel, Sire, vous nous mettez, & moy moins que pas vn des autres, pour la cognoiffance &: iufte défiance que i'ay de mes forces ^ »

Ronsard a encore composé pour l'Académie du Palais un discours contre l'Envie. Il ne figure pas dans le manuscrit de Copenhague, où trois feuillets blancs lui avaient été réservés ; mais on le trouve à la BibHothèque nationale, dans un volume de la collection Dupuy-.

Il est assez probable que, quand Ronsard venait prononcer ces discours dans l'Académie du Palais, il habitait encore la maison dont Colletet parle en ces termes : « Dans la maturité de fon aage il aimoit le feiour de l'entrée du fauxbourg Saint-Marcel, à caufe de la pureté de l'air de cette agréable montagne que l'appelle fon Parnaffe & le mien. Et certes ie marquerai toufiours d'vn éternel crayon ce iour bien heureux que la faueur du miniftre de nos Roys me donna le moyen d'acheter vne de ces maifons qu'il aimoit autrefois habiter en ce mefme fauxbourg, & fans doute après celle de Baïf qu'il aima le plus 5. » Mais bientôt il ne vint à Paris

1. Edouard Frémy, L'Académie des derniers Valois^ Paris, Leroux, 1887, 8°, p. 231.

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