LE PRINCE DE NAVARRE
Quoi 1 tu veux régner sur la France \ Ea-tu fou, pauire Hathurin ?
N'échange point ton indigence Contre tout l'or d'un souverain.
Sur un trône l'ennni se carre, Fier d'être encensé par des sols.
Croyez-moi, prince de Navarre.
Prince, (aites-noua des sabots.
Des leçons que le malheur donne Tu n'aa donc pas tiré de fruit?
Réclamerais-tu la couronne.
Si le malheur t'avait instruit?
Cette ambition n'est point rare.
Même ailleurs que chez les héros.
Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabota.
Dans le rang que toi-même espères.
Trompés par des flatteurs câlins, Que de rois se disent les pères D'enfants qui se croient orphelins !
Régner, c'est n'être point avare De lois, de rubans, de grands mots.
Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites>nous des sabots.
Quand tu combattrais avec gloire.
Sache que plus d'un conquérant Se voit arracher la victoire Par un général ignorant.
Un Anglais, aidé d'un Tartare, Foule aux pieds de nobles drapeaux.
Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, faites-nous des sabots.
Combien d'agents illégitimes
Servent la légitimité !
Trop tard sur les malheurs de Nîmes
Oji éclairerait ta bonté.
Le roi qu'au Pont-Neuf on répare *
Parle en vain pouip les huguenots.
Croyez-moi, prince de Navarre,
Prince, faites-nous des sabots.
De tes maux quel serait le terme Si quelques alliés sans foi Prétendaient que tu tiens à ferme Le trône que tu dis à toi?
' On s'occupait alors de relever la statue de Henri lY.
DB BCBAXGBR.
Dejoiir en jour leur ligue avare Aiigmenlerait le prix des baux.
Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, failes-nous des sabots..
Enfin pourraig-tu sans scrupule, Graissant la patte au Saint-Esprit, Faire un concordat ridicule Avec ton père en Jésus-Christ?
Pour lui redorer sa tiare Tu nous surcbargerais d'impôts.
Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, failes-nous des sabots.
D'ailleurs ton métier nous arrange.
Nos amis nous ont fait capot.
C'est pour que l'étranger la mange Que nous mettons la poule su pot.
De nos souliers même on s'empare Aprts avoir pris nos manteaui.
Croyez-moi, prince de Navarre, Prince, failes-nous des sabots
LA MORT SOBITK.
Mes amis, j'accoure au plu.- mIi Car vous ne pardoniierii:/ [..i-
A moins, dit-on, de mort subite, De manquer à ce gai repas.
En vain Tamour, qui me lutine, Pour m'arrèter tente un effort ; Avec vous il faut que je dîne :
Mes amis, je ne suis pas mort.
Mais bien souvent, quoique heureux d'être,
On meurt sans s*en apercevoir.
Ah ! mon Dieu ! je suis mort peut-être ;
C'est ce qu'il est urgent de voir.
Je me tÀte comme Sosie ;
Je ris, je mange, et je bois fort.
Ah ! je me connais à la vie :
Mes amis, je ne suis pas mort.
Si j'allais, couronné de lierre, Ici fermer les yeux soudain ; En chantant, remplissez mon verre, Et de vos mains pressez ma main.
Si Bacchus, dont je suis l'apôtre, Ne m'inspire un joyeux transport ; Si ma main ne serre la vôtre.
Adieu, mes amis, je suis mort !
6E ■ÉIAHCEU.
LES CINQUANTE f>CUS,
Grice à Dien, je suis héritier !
Le métier De rentier He sied et m'enchante. TraTsiller serait un abus ; J'ai cinqaanle écus.
J'ai cinquante écus, J'ai cinquante écus de rente.
Mes amis, la terre est à moi.
J'ai de quoi Viïre en roi Si l'éclat me tente.
Les honneurs me sont dévolus ; J'ai cinquante écus, J'ei cinquante ècus.
J'ai cinquante écus de rL'iitc.
Pour user des droit» d'uji h'iI-j'
De forme élÉgaiiU;, Fuyons mes crémuii^i'
J'ai cinquante écus, J'ai cinquante écus de rente.
Adieu Surène et ses coteaux !
Le bordeaux, Le mursaulx, L'aï que Ton chante, Vont donc enfin m 'être connus.
J'ai cinquante écus, J'ai cinquante écus, J'ai cinquante écus de rente.
Parez-vous, Lise, mes amours, Des atours Que toujours La richesse invente.
Le clinquant ne vous convient plus :
J'ai cinquante écus.
J'ai cinquante écus. J'ai cinquante écus de rente.
Pour mes hôtes vous que je prends, Amis francs.
Vieux parents.
Sœur jeune et fringante, ^oyez logés, nourris, vêtus ; J'ai cinquante écus, J'ai cinquante écus.
J'ai cinquante écus de rente.
Amis, bons vins, loisirs, amours Pour huit jours
PE ItlAKCBI.
Des plus courts
Comblez mon atl«nle ;
Le fonds suivra les revenus.
J'ai cinqnante écus.
J'ai cinquante écus,
J'ai cinquante écus de rente.