‹ Œuvres Completes de P.-J. de Beranger (volume 2)Chapitre 117 sur 153 · LE RETOUR DANS LA PATRIE · texte numérisé non relu

LE RETOUR DANS LA PATRIE

Air : Suzon sortant de son village.

Qu'il va lentement le navire A qui j'ai confié mon sort!

Au rivage où mon cœur sfspire.

Qu'il est lent à trouver un port !

France adopéel

Douce contrée !

Mes yeux cent fois ont cru te découvrir.

Qu'un vent rapide

Soudain nous guide Aux bords sacrés où je reviens mourir.

Mais enfin le matelot crie :

Terre l terre I là-bas, voyez !

Âh ! tous mes maux sont oubliés.

Salut à ma patrie ! (ter.)

Oui, voilà les rives de France :

Oui, voilà le port vaste et sûr.

Voisin des champs ou mon enfance S'écoula sous un chaume obscur.

France adorée !

Douce contrée I Après vingt ans enfin je te revois ; De mon village Je vois la plage.

Je vois fumer la cime de nos toits.

Combien mon âme est attendrie !

Là furent mes premiers amours ; Là ma mère m'attend toujours.

Salut à ma patrie !

Loin de mon berceau, jeune encore, L'inconstance emporta mes pas Jusqu'au sein des mers où l'aurore Sourit aux plus riches climats.

France adorée 1

Douce contrée î Dieu te devait leurs fécondes chaleurs.

Toute l'année.

Là, brille ornée De fleurs, de fruits, et de fruits et de fleurs. Mais là, ma jeunesse flétrie Rêvait à des climats plus chers ;

DE BÉRANGBR. 271

Là, je regrettais nos hivers.

Salut à ma patrie I

J'ai pu me faire une famille, Et des trésors m'étaient promis.

Sous un ciel où le sang pétille, A mes vœux Tamour fut soumis.

France adorée î Douce contrée !

Que de plaisirs quittés pour te revoir !

Mais sans jeunesse, Mais sans richesse, Si d'être aimé je dois perdre l'espoir ; De mes amours, dans la prairie, Les souvenirs seront présents; C'est du soleil pour mes vieux ans.

Salut à ma patrie !

Poussé chez des peuples sauvages Qui m'offraient de régner sur eux.

J'ai su défendre leurs rivages Contre des ennemis nombreux.

France adorée !

Douce contrée !

Tes champs alors gémissaient envahis.

Puissance et gloire.

Cris de victoire, Rien n'étouffa la voix de mon pays.

De tout quitter mon cœur me prie :

Je reviens pauvre, mais constant.

Une bêche est là qui m'attend.

Salut à ma patrie!

AU bruit des transports d'allégresse, Enfin le navire entre au port.

Dans cette barque où Ton se presse.

Hâtons-nous d'atteindre le bord.

France adorée !

Douce contrée !

Puissent tes fils te revoir ainsi tous !

Enfin j'arrive, Et sur la rive Je rends au ciel, je rends grâce à genoux.

Je t'embrasse, ô terre chérie!

Dieu ! qu'un exilé doit souffrir !

Moi, désormais je puis mourir.

Salut à ma patrie ! (ter,)

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