LA FORTUNE
Air de la Sabotière.
Pan î pan ! est-ce ma brune.
Pan ! pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c'est la Fortune :
Pan ! pan ! je n'ouvre pas.
Tous mes amis, le verre en main.
DEBÉftAMGER. 339
De joie enivrent ma chambrette.
Nous n'attendons plus que Lisette :
Fortune, passe ton chemin.
Pan! pan I est-ce ma brune, Pan ! pan î qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c'est la Fortune :
Pan ! pan ! je n'ouvre pas.
Si l'on en croit ce qu'elle dit, Son or chez nous ferait merveilles.
Mais nous avons là vingt bouteilles, Et le traiteur nous fait crédit.
Pan ! pan ! est-ce ma brune, Pan 1 pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c'est la Fortune :
Pan î pan ! je n'ouvre pas.
Elle offre perles et rubis, Manteaux d'une richesse extrême.
Eh î que nous fait la pourpre même ?
Nous venons d'ôter nos habits.
Pan! pan ! est-ce ma brune, Pan ! pan! qui frappe en bas?
Pan ! pan ! c'est la Fortune :
Pan! pan ! je n'ouvre pas.
Elle nous traite en écoliers, Parle de gloire et de génie.
Hélas! grâce à la calomnie,
Nou^ ne croyons plus aux lauriers.
Pan ! pan! est-ce ma brune, Pan ! pan I qui frappe en bas ? Pan! pan! c'est la Fortune :
Pan ! pan ! je n'ouvre pas.
Loin des plaisirs point ne voulons Aux cieux être lancés par elle :
Sans même essayer la natelle.
Nous voyons s'enfler ses ballons.
Pan ! pan ! est-ce ma brune, Pan ! pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c'est la Fortune :
Pan ! pan 1 je n'ouvre pas.
Mais tous nos voisins attroupés Implorent ses faveurs traîtresses :
Ah ! chers amis, par nos maîtresses Nous serons plus gaîment trompés.
Pan ! pan ! est-ce ma brune.
Pan ! pan ! qui frappe en bas ?
Pan ! pan ! c'est la Fortune :
Pan ! pan ! je n'ouvre pas.
i)E BÉRANG£R. 341
LOUIS xr.
AïK : Sans un p'tit brin d'amour; Ou Air nouveau de M. Améoee de Beauplan.
Heureux villageois, dansons :
Sautez, fillettes Et garçons! Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons !
Notre vieux roi, caché dans ces tourelles,
Louis, dont nous parlons tout bas, Veut essayer, au temps des fleurs nouvelles,
S'il peut sourire à nos ébats.
Heureux villageois, dansons :
Sautez, fillettes Et garçons !
Unissez vos joyeux sons, Musetles Et chansons !
Quand sur nos bords on rit, on chante, on aime, Louis se retient prisonnier :
* On sait que ce roi, retiré au Plessis-lez-Tours avec Tristan, confident et exécuteur de ses cruautés, voulait voir quelquefois les paysans danser devant les Tenélres de sou château.
Il craint les grands, et le peuple, et Dieu même ; Surtout il craint son héritier.
Heureux villageois, dansons :
Sautez, fillettes Et garçons !
Unissez vos joyeux sons, . Musettes Et chansons !
Voyez d'ici briller cent hallebardes
Aux feux d'un soleil pur et doux.
N'entend-on pas le Qui vive des gardes
Qui se mêle au bruit des verroux ?
Heureux villageois, dansons :
Sautez, fillettes Et garçons !
Unissez \s>s joyeux sons, Musettes Et chansons ! ^
Il vient ! il vient! Ah! du plus humble chaume
Ce roi peut envier la paix.
Le voyez-vous, comme un pâle fantôme,
A travers ces barreaux épais ?
Heureux villageois, dansons ; Sautez , fillettes ' Et garçons !
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons !
DE BÉRANGEH. 343
Dans nos hameaux quelle image brillante Nous nous faisions d'un souverain !
Quoi ! pour le sceptre une main défaillante 1 Pour la couronne un front chagrin !
Heureux villageois, dansons :
Sautez, fillettes Et garçons !
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons !
Malgré nos chants, il se trouble, il frissonne :
L'horloge a causé son effroi.
Ainsi toujours il prend l'heure qui sonne
Pour un signal de son beffroi.
Heureux villageois, dansons :
Sautez, fillettes Et garçons !
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chantons !
Mais notre joie, hélas ! le désespère ;
Il fuit avec son favori.
Oaignonssa haine, et disons qu'en bon père,
A ses enfants il a souri.
Heureux villageois, dansons :
Sautez, fillettes Et garçons !
344 CHANSOl^S
Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons !