‹ Œuvres Completes de P.-J. de Beranger (volume 2)Chapitre 147 sur 153 · LES ADIEUX A LA GLOIRE · texte numérisé non relu

LES ADIEUX A LA GLOIRE

Air : Je commence à m'apercevoir, etc. (d'ÂLExis.)

Chantons le ^'m et la beauté :

Tout le reste est folie.

Voyez comme on oublie Les hymnes de la liberté.

Un peuple brave Retombe esclave :

Fils d'Épicure, ouvrez-moi votre cave.

La France, qui souffre en repos, Ne veut plus que mal à propos J'ose en trompette ériger mes pipeaux.

Adieu donc, pauvre Gloire !

Déshéritons l'histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Quoi I d'indignes enfants de Mars *

Briguaient une livrée.

Quand ma muse éplorée Recrutait pour leurs étendards !

Ah ! s'il m'arrive '

Plusieurs généraux de l'ancienne armée sollicitaient et oblenaient des emplois dans la maison du roi.

DE BÉRANGKR. 345

Beauté naïve, Soos ses baisers ma voix sera captive ; Ou flattons si bien que pour moi On exhume aussi quelque emploi.

Oui, noir ou blanc, soyons le fou du roi.

Adieu donc, pauvre Gloire !

Déshéritons l'histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Des excès de nos ennemis Chaque juge est complice.

Et la main de Justice De soufflets accable Thémis.

Plus de satire !

N'osant médire.

J'orne de fleurs et ma coupe et ma lyre.

J'ai trop bravé nos tribunaux ; Dans nos dédales infernaux J'entends Cerbère et ne vois point Minos.

Adieu donc, pauvre Gloire !

Déshéritons l'histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Des tyrans par nous soudoyés La faiblesse est connue :

GuUiver éternue, Et tous les nains sont foudroyés.

Mais quelle image I Non, plus d'orage ; De nos plaisirs redoutons le naufrage.

Opprimés, gémissez plus bas.

Que nous fait, dans un gai repas,

Que l'univers souffre ou ne souffre pas ?

Adieu donc, pauvre Gloire !

Déshéritons Thistoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

Du sommeil de la liberté Les rêves sont pénibles :

Devenons insensibles Pour conserver notre gaîté.

Quand tout succombe, Faible colombe, Ma muse aussi sur des roses retombe.

Lasse d'imiter Taigle altier.

Elle reprend son doux métier :

Bacchus m'appelle, et je rentre au quai tier Adieu donc, pauvre Gloire î Déshéritons l'histoire.

Venez, Amours, et versez-nous à boire.

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