‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 57 sur 167 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Air du vaudeville de PrëviUe et Taeonnet

Allez 9 enfants né$ sous un autre règne ; Sous celui-ci quittez lé coin du feu.

Adieu! partez , bien que pour vous je craigne Certaines gens qui pardonnent trop peu.

On m'a crié : L'occasion est bonne ; Tous les partis rapprochent leurs drapeaux. Allez , enfants ; mais n'éveillez personne : Mon médecin m'ordonne le repos.

Pour vos aînés que de pas et d'alarmes ! J^i vu Thémis m'ôter mon plus doux bien ; Car en prison le sommeil e$t san$ charmes ; Près du malheur on ne dort jamais bien* J'entends encor le verrou qui résonne, Et dans ma main fait trembler mes pipeaux,

|. Cette chanson est en tète du votome publié en isas.

PRÉFACE. i3j

Allez y enfants ; mais n'éveillez personne : Mon médecin m'ordonne le repos.

Si Ion disait : La gai té vous délaisse , Vous répondrez (et pour moi j'en rougis) : « De notre père accusant la faiblesse , « Les plus joyeux sont restés au logis. » Ces égrillards iraient , d'humeur bouffonne , Pincer au lit le diable et ses suppôts. Allez , enfants ; mais n'éveillez personne : Mon médecin m'ordonne le repos.

Vous passerez près d'mie ruche pleine , D'abeilles , non j mais de guêpes , je crois. Ne soufflez mot , retenez votre haleine ; Tremblez , enfants , vous qui jurez parfois ' ! Le dard caché qu'à ces guêpes Dieu donne A fait périr des bergers , des troupeaux. Allez , enfants ; mais n'éveillez personne : Mon médecin m'ordonne le repos.

Petits Poucets de la littérature,

S'il vient un ogre , évitez bien sa dent ;

Ou , s'il s'endort , dérobez sa chaussure ;

1. Dans plus d*ttn village, on croit encore que les abeilles se jcllent sur feux qui proférant des |nrons auprès de leur ruche.

j3G préface.

De s'en servir on peut juger prudent.

Non : qu'ai-je dit ? Ah ! la peur déraisonne : Tous les partis rapprochent leurs drapeaux. Allez y enfants; mais n'éveillez personne : Mon médecin m'ordonne le reposa

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i38 LA MUSE EN FUITE.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi , de par le Roi.

Nous marchons y et je découvre L'asile des souverains.

Muse , la Fronde en ce Louvre Vit pénétrer ses refrains '.

Au Qui vive d'ordonnance Alors , prompte à s'avancer, La chanson répondait : France !

I^es gardes laissaient passer.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi , de par le Roi.

La justice nous appelle De l'autre côté de l'eau.

Voici la Sainte-Chapelle Où l'on pria pour Boileau *.

S'il renaissait ce grand maître , Le clergé , remis en train ,

1. Jamais plus de chansons ne furent lancées de pari et d'autre qu'à l'époque de la Fronde; et Blot et Marigni, chansonniers du temps, ne furent Tobjet d*aucQne poursuite.

2. On sait que Boileau fut enterré dans Téglise située sous la Sainte-Chapelle, où Ton voyait le fameux lutrin qui inspira i'un des ouTr<\ge8 les plus parfaits de notre langue.

LA MUSE EN FUITE. iSg

En prison ferait peut-être Fourrer l'auteur du Lutrin.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le Hoi.

i4o LA MUSE EN FUITE.

Pour peser une marotte ^ I^es balances de Thétnis.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi , de par le Roi.

Elle fuit , et chez le jugé J'entre , et puis enfin je sors.

Mais devinez quel refuge Ma muse avait pris alors.

Gaiment avec la grisette D'un président, bon humain , Otte folle , à la buvette, Répétait le verre en main :

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le Roi.

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