MON CARNAVAL
SAIIITB-PBLAGIE.
Air nooTeav de M. Mbmsohiiibr, ou des ChevIUet de maître Adam
Amis y voici la riante semaine Que tous les ans je fêtais avec vous.
Marotte en main , dans le char qu'il promène, Momus au bal conduit sages et fous.
Sur ma prison , dans l'ombre ensevelie , Il m'a semblé voir passer les Amours.
J'entends au loin l'archet de la Folie : O mes amis ! prolongez d'heureux jours !
Oui, je les vois ces danses amoureuses Où la beauté triomphe à chaque pas.
De vingt danseurs je vois les mains heureuses Saisir, quitter, ressaisir mille appas.
MON CARNAVAL. iSg
Dans ces plaisirs que votre cœur m'oublie : Un seul mot trbte en peut troubler le cours. J'entends au loin Tarchet de la Folie : O mes amis ! prolongez d'heureux jours !
Combien de fois auprès de la plus belle , Dans vos banquets j'ai présidé chez vous ! Là de mon cœur jaillissait l'étincelle Dont la gaîté vous électrisait tous.
De joyeux chants ma coupe était remplie ; Je la vidais , mais vous versiez toujours. J'entends au loin l'archet de la Folie : O mes amis y prolongez d'heureux jours !
Des jours charmants la perte est seule à craindre. Fêtez-les bien, c'est un ordre des cieux. Moi f je vieillis , et parfois laisse éteindre Le grain d'encens dont je nourris mes dieux. Quand la plus tendre était la plus jolie, Des fers alors m'auraient paru bien lourds. J'entends au loin l'archet de la folie : O mes amis ! prolongez d'heureux jours !
Mais accourez, dès qu'une longue ivresse Du calme enfin vous impose la loi.
Dernier rayon , qu'un reste d'alégresse Brille en vos yeux et vienne jusqu'à moi.
i6o MON CARNAVAL.
Dans vos plaisirs ainsi je me replie ; Je suis vos pas, je chante vos amours. J'entends au loin Tarchet de la Folie : O mes amis ! prolongez d'heureux jours !
j62 L'OMBRE D'ANACRÉON.
u Jamais la tendre Volupté ce N'approcha d'une ame flétrie, cr Doux enfant de la Liberté , « Le Plaisir veut une patrie !
« Une patrie !
oc De l'aigle encor l'aile rase les cieux , a Du rossignol les chants sont toujours tendres ; tf Toi y peuple grec , tes arts ^ tes lois , tes dieux y « Qu'en as-tu fait ? qu'as-tu fait de nos cendres?
« Tes fêtes passent sans gaité
« Sur une rive encor fleurie.
« Doux enfant de la Liberté ,
ft Le Plaisir veut une patrie !
« Une patrie !
tf Déjà vainqueur, chante et vole au danger; « Brise tes fers : tu le peux j si tu l'oses. «c Sur nos débris , quoi ! le vil étranger « Dort enivré du parfum de tes roses !
« Quoi ! payer avec la beauté
« Un tribut à la barbarie !
« Doux enfant de la Liberté ,
« Le Plaisir veut une patrie !
« Une patrie !
« C'est trop rougir aux yeux du voyageiu'
L'OMBRE DATIACRÉON. i63
« Qui d'Olympie évoque la mémoire.
« Frappe ! et ces bords , au gré d un ciel vengeur ,
a Reverdiront d'abondance et de gloire.
(c Des tyrans le sang détesté
ff Réchauffe une terre appauvrie.
tf Doux enfant de la Liberté,
« Le Plaisir veut une patrie !
« Une patrie !
« A tes voisins n'emprunte que du fer : a Tout peuple esclave est allié perfide. « Mars va t'armer des feux de Jupiter ; « Cher à Vénus , son étoile te guide * :
« Bacchus , dieu toujours indompté ,
« Remplira ta coupe tarie.
« Doux enfant de la Liberté ,
« Le Plaisir veut une patrie !
« Une patrie ! »
Il se rendort le sage de Téos.
La Grèce enfin suspend ses funérailles.
Thèbes , Corinthe , Athènes , Sparte , Argos , Ivres d'espoir, exhumez vos murailles ! Vos vierges même ont répété
t. Suivant M Pouqueville, les Grecs onl encore en vénération Péioile de Vénus.
i64 L'OMBRE •D'ANACRÉON.
Ces mots d'une voix attendrie :
« Doux enfant de la Liberté , « IjC Plaisir veut une patrie !
a Une patrie ! »