‹ Œuvres complètes de P.-J. de Béranger (volume 3)Chapitre 89 sur 167 · LA BONNE MAMAN · texte numérisé non relu

LA BONNE MAMAN

L'âge a-t-il éteint vos désirs?

Blàmez-vous les tendres chimères ? Censurer les plus doux plaisirs Est le plaisir de nos grand'mères.

îïi4 LA BONNE MAMAN.

Les ans font-ils neiger sur nous, A nos yeux tout se décolore.

Bonne maman , consolez-vous; Vous ne blanchissez point encore.

L* Amour a peur des grand'mamans ; Mais y à prix d'or j combien de vieilles Ont à leurs gages des amants Dont les missives font merveilles !

On sait, pour lire un billet doux , Quel moyen prennent ces coquettes.

Bonne m^man, conso]ez-vous; Vous lisez eucor sans lunettes.

Quoi ! sans rides , sans cheveux blancs y £t sans lunettes, à votre âge !

Voyons si vos genoux tremblants Des ans n'attestent pas Toutrage.

Oui, je vois trembler vos genoux Que l'Amour tendrement caresse.

Bonne maman , consolez-vous ; Prenez un bâton de vieillesse.

%a 73iS!2><Dsi isaosâ.

Sa corde vivement pressée ,

Dès l'aurore d'un jour bien doux ,

ai6 LE VIOLON BRISK.

Annonçait à la fiancée I^e cortège du jeune époux.

Aux curé^ qui losaient entendre , Nos danses causaient moins d'effroi. La gaité qu'il savait répandre Eût déridé le front d'un roi.

S'il préluda, dans notre gloire, Aux chants qu'elle nous inspirait , Sur lui jamais pouvais-je croire Que l'étranger se vengerait ?

Viens , mon chien, viens , ma pauvre béte; Mange malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de fête; Demain nous aurons du pain noir.

Combien sous l'orme ou dans la grange Le dimanche va sembler long!

Dieu bénira-t-il la vendange Qu'on ouvrira sans violon ?

Il délassait des longs ouvrages , Du pauvre étourdissait les maux \ Des grands, des impôts, des orages, Lui seul consolait nos hameaux.

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