‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 117 sur 199 · I.’ainé qu'elle traîne apr^s elle, i · texte numérisé non relu

I.’ainé qu'elle traîne apr^s elle, i

Cèle pieds nus dans ses sabots.

Hélas! des gardes qu’il eourrouee Au loin, le père est prisonnier. f

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rousse;

On a surpris le braconnier.

Je l’ai vue heureust» et paix*e;

Elle cousait, chantait, lisait.

Du magister fdle adorw.

Par son l)on cœur elle plaisait.

J'ai pressé sa main blanche et douce.

En dansant sous le marronnier.

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rousse;

On a surpris le hraconnier.

lin fermier riche et de son ège,

Qu’elle espiTait voir son é|>ou\.

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DK BKHA.NÜKR. 211

I>a quitta, parce qu’au village On riait de ses cheveux roux.

Puis deux , puis trois ; cliacun rcpoiis.se Jeanne qui n’a pas un denier.

Dieu, veillez sur Jeannc-la-Rousse;

On a surpris le braconnier.

.Mais un vaurien dit ; « Rousse on blonde,

» .Moi, pour fenune, je le choisis.

» En vain les gardes font la ronde;

» J’ai bon repaire et trois fusils.

» Faut-il bénir mon lit de mousse;

» Üu château payons l’aumânier. »

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rousso;

On a surpris le braconnier.

Doux besoin d'étre épouse et mi-n^

Fil céder Jeanne qui, trois fois.

Depuis, dans une joie amère,

-Accoucha seule au fond des bois.

Pauvres enfants ! chacun d'eux pous.se Frais comme un boulon printanier.

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rous.se,

On a surpris le braconnier.

Quel miracle un bon cœur oiære!

Jeanne, fidèle à ses devoirs.

Sourit encor; car, de leur père.

Ses fils auront les cheveux noirs.

CHANSONS

Kilo sourit ; car sa voix doiire Kond l'espoir à son prisonnier.

Dieu, veillez sur Jeanne-la-Rousse; On a surpris le braconnier.

LES RELIQI ES.

\iH : Potinez-rnus la peine d'atlendre.

D’un saint do paroisse en crédit,

Seul un soir je baisais la châsse.

Vient un bon vieillard qui me dit : Veux-tu qu’il parle? oh! oui, de grAce. Oui, dis-je; et me voilà béant;

Voilà qu’il fait des croix magiques; Voilà le saint sur son séant ,

Qui dit, d’un ton de mécréant :

« Dévols, baisez donc mes reliques;

>) Baisez, baisez donc mes reliques. »

Il rit, ce sfjucleltc incivil.

Il rit à s’en tenir les côtes.

« Depuis huit siècles, poursuit-il,

» Je grille en enfer pour ni(!s fautes; i> Mais un prêtre au nez lx)urgeonné,

» Pour mieux dîmer sur ses praticpies.

DK BKRANCKIl.

» l’ar un lotir bion iiiniginé,

» Fil un saint dos os d’nn damné.

» Dévots, baisez donc mes reliques; » Baist^z, baisez donc mes reliques.

» De mon temps, je fus lialeleur,

» Ribaud, lilou, témoin à gage.

» Pni.s, en grand m’étant fait voleur, n J’eus d’un baron mœurs et langage.

» De leurs châsses, dans mes larcins, >1 J’ai dépouillé des basiliques.

» Au feu. J’ai jeté de bons saints.

» Du ciel admirez les desseins.

» Dévots, Itaisez donc mes reliques;

» Baisez, baisez donc mes reliques.

>1 Baisez, sous ce dais de velours,

» La sainte qu’on priera ilimanche.

» C’est une Juive, mes amours,

» Dont l’œil fut noir et la peau blanche. » Grâce à scs charmes réprouvés.

Il Dix prélats sont morts hérétiques;

Il Vingt moines sont morts énervés.

Il Trouvez mieux si vous le pouvez.

Il Dévots, baisez donc ses reliques;

Il Baisez, liai.scz donc scs reli(|ues.

Il Prés d’elle est un vieux créne étroit ; Il Baisez ce saint d’une autre espèce.

;> ta

CH V.NSONS

» Jadis de larron maladroit,

» Il devint Iwurreau plein d’adresse.

» Nos rois, pour se bien divertir,

» L’occupaient aux ftUes publi(|ues.

» Hélas! je lui dois, sans inenlir.

» L’honneur de passer pour martyr.

« Dévots, baisez donc ses reli(jues;

» Baisez, l)ais(‘z donc ses reliques.

» Sous les noms d(> pieux patrons,

» .Ainsi nos corps, mis en spectacle,

» Font pleuvoir Tardent dans les troncs; » C’est là notre plus jirand miracle.

» Mais du diable j’entends le cor.

» Bonsoir, messi(>urs les catholiques. »

Il .se recouche, et vole encor Sur l’autel un crucifix d’or.

Dévots, baistîz donc des reliques!

Baisez, baisez donc des reliques!

DK BKRAXiKK.

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