‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 149 sur 199 · LES ORANGS-OUTANGS · texte numérisé non relu

LES ORANGS-OUTANGS

ArR : l u ancien proverbe nous dil; ou de Vufpigi.

Jadis, si l'on en croit Ksopc,

Ix!s orangs-oulanîjs de rKuropo Parlaient si bien, que d’eux, hélas!

Nous sont venus les avocats.

Un des leurs, à son auditoire;

Dit un jour : « Consultez riiistoirc;

» Messieurs, l’homme fut en tout temps I) I.e singe des orangs-outangs.

» Oui; d’abord, vivant de nos miettes, » Il prit de nous l’art des cueillettes;

» Puis, d'après nous, le genre humain » Marcha droit, la canne à la main.

» Môme avec le ciel qui l’elTraie,

» Il use de notre monnaie, n Messieurs, l’homme fut en tout temps » Le singe des orangs-outangs.

>' Il prend nos amours pour modèles;

» .Mais nos guenons nous sont lidèles.

» Sans doute il n'a bien imité » Que notre cynisme elîronté.

» C'est, chez nous, qu'à vivre sans gène » S’instruisit le grand Diogène.

» Messieurs, l’homme fut en tout temps » Le singe des orangs-outangs.

» L’homme a vu chez nous une armée, » D’un centre et d’ailes bien formée,

» Ayant, sous les chefs les meilleurs,

» Garde, avant-garde et tirailleurs.

» Il n’avait pas mis Troie en cendre,

» Que nous comptions vingt Alexandre.

» Messieurs, l’homme fut en tout temps » I>e singe des orangs-outangs.

» Avec bâton, épée ou lance,

» Tuer est l’art par excellence.

» Nous l’enseignons. Or dites-moi ,

» Pourquoi l’homme est-il notre roi’'

» Grands dieux! c’est fait pour rendre impie. » Votre image est notre copie.

» Oui, dieux, l’homme fut en tout temps » Le singe des orangs-outangs. »

Quoi! dit Jupin, à mes oreilles.

Toujours, singes, castors, abeilles.

Crieront : C'est un ours mal léché.

Votre homme; oii l’avez- vous |>éché’/

sou

CHANSONS

Tout sot qu’il est, il nie cajole.

Otons aux Wtcs la parole;

Car riiomme encor sera longtemps Le singe des orangs-outangs.

Page 1