NOVEMBRE UI
Pourquoi les libraires ne cessent-ils de vouloir des préfaces, et pourquoi les lecteurs ont-ils cessé de les lire? On agite tous les jours, dans de graves assemblées, une foule de questions bien moins importantes que celle-ci ; et je me propose de la résoudre dans un ouvrage en trois volumes in-8% qui, si l’on en permet la publication, pourra amener la réforme de plusieurs abus très-dangereux. Forcé, en attendant, de me conformer à l’usage, je me creusais la tête depuis un mois pour trouver le moyen de dire au public, qui ne s’en soucie guère, qu’ayant fait des chansons je prends le parti de les faire imprimer. Le Bourgeois-Gentilhomme, embrouillant son compliment à la belle comtesse, est moins embarrassé que je ne l’étais. J’appelai mes amis à mon aide; et l’un d’eux, profond érudit, vint il y a quelques jours m’offrir, pour mettre en tète de mon recueil.
l’UKKACK
iiuç (lisseiialion (ju'il trouve excellente, et dans la- (luelh^ il prouve (|uc les ftuv/lons, les fariradondé, les tourelouribo , et tant d’autres refrains qui ont eu le privilège de charmer nos pères, dèi'ivent du grec et de l’hèhreu. Quoique je sois ignorant comme un chansonnier, j’aime beaucoup les traits d’érudition. Enchanté do celte dissiu tation, je me préparais à en faire mon profit, ou plutùt celui du libraire, lorsqu’un autre de mes amis, car j’ai beaucoup d’amis (c’est ce qu’il est Imn do consigner ici, attendu que les journaux pourront faire ci-oire le contraire); lorsque, dis-je, un de mes amis, homme de plaisir et de bon sens, m’a[)porla d’un air empressé un chilTon de papier trouvé dans le fond d’un vieux secrétaire.
« C’est de l’écriture de Collé! >> me dit-il du plus loin qu’il m’aperçut. « J’ai confronté ce fragment » avec le manuscrit des .Mémoires du premier de » nos chansonniers, e't je vous en garantis l’authen- » ticité. Vous verrez en le lisant pourquoi il n’a pas » trouvé place dans ces .Mémoiies, qui ne contien- » nent pas toujours des choses aussi raisonnables. »
Je ne me le fis pas dire deux fois; et je lus avec la plus grande attention ce morceau, dont le fond des idées me séduisit tellement, (pie d'al)ord je ne m’aperçus pas que le style pouvait faire douter un peu que Collé en fût l’auteur.
DK I. AIJTKIIU.
Malgré toutes les ol)servations de mon ami le savant, qui tenait à ce que j’adoptasse sa dissertation , Je fis sur-le-champ le pmjet de me servir, pour ma préface, de ce legs que le hasard me procurait dans l’héritage d’un homme qui n’a laissé que des collatéraux.
Ceux qui trouveront ce petit dialogue indigne de Collé pourront s’en prendre à l’ami qui me l’a fourni, et qui m’a assuré devoir en déposer le manuscrit chez un notaire, pour le soumettre à la confrontation des incrédules. Ces précautions prises, je le transcris ici en toute sûreté de conscience.
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