CONVERSATION ENTRE MON CENSEUR ET MOI
15 j.-tNViKH nnx.
(Je prends la lil)crté de substituer le nom de Collé au moi (|ui si^ trouve dans tout le dialogue. )
LE CENSEUR
Voici, monsieur, mon approbation pour votre Théâtre de Société. Il contient des ouvrages charmants.
COLLÉ
El mes chansons, monsieur, mes chansons, comment les avez-vous traitées?
LE CENSEUR
Vous me trouverez sévère. Mais je ne puis vous dissimuler que le choix ne m’en parait pas sagement fait.
Connailriez-vous (]uek|ue bonne chanson (|ue j’aurais omise?
DK L’ADTKUK.
LE CENSEUR
J’ai été au contraire forcé d’indiquer la suppression d’un ^rand nond)re.
COLLÉ y fcoillctûnt son roanuscril.
Quoi, monsieur! vous exigez que je retranche
( Ici te papier endommage ne permet que de deviner le titre des chansons supprimées par le censeur. )
LE CENSEUR
Vous n’avez pas dû penser que cela passerait à la censure.
COLLÉ
Elles ont bien passé ailleurs.
LE CENSEUR
Raison de plus.
COLLÉ
Pardonnez; je ne connaissais pas bien encore les raisons d’un censeur.
LE CENSEUR
Examinons avec sang-froid les deux genres de chansons qui m’ont contraint à la sévérité. D’abord, pourquoi, dans des vaudevilles, mêlez-vous toujours quelques traits de satire relatifs aux circonstances?
COLLÉ
Que ne mi' demandez-vous plutôt pounpioi je fais
PHEFACE
des vaudevilles? La chanson est esscnticlIemciU du parti de l’opposition. D’ailleurs, en frondant quelques abus qui n’en seront pas moins éternels, on ridiculisant quelques pei'sonnages à qui l’on pourrait souhaiter de n’étre que ridicules, ai-je insulté jamais à ce qui a droit au respect de tous? Ex; respect pour le souverain parait-il inc coûter?
LE CENSEÜll.
Mais les ministres, monsieur, les ministres! Si à Naples l’on peut sans danger ofTenser la Divinité, il n’y fait pas bon pour ceux qui parlent mal de saint Janvier.
COLLÉ
Je le conçois : à Naples, saint Janvier passe pour faire des miracles.
LE CENSEl'K.
Vous y seriez aussi incrédule qu’à Paris.
Dites aussi clairvoyant.
LE CENSELR.
Tant pis pour vous, monsieur. .\u fait, de (|uoi se mêlent les faiseurs de chansons? Vous en pouvev. convenir avec moins de peine qu’un autre : les chansonniers sont en littérature ce cpie les ménétriei's sont en musique.
DK L'AUTEL'H.
COU.fc.
Je l’ai (lit cent fois avant vous. Mais convenez, à votre tour, qu’il en est quelques-uns (|ui ne jouent pas (lu violon pour tout le monde'. Plusieurs ne seraient pas indignes de fiiire partie de la musique dont le grand Condé se servait pour ouvrir la trancliéc *, et tous deviennent utiles lorsqu'il s’agit de faire célébrer au peuple des triomphes dont sans eux fort souvent il ne sentirait que le poids.