‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 40 sur 199 · LA JEUNE MISE · texte numérisé non relu

LA JEUNE MISE

KÉl'ONSE

A DES COI PLETS Qri m'oST ÉTÉ ADRESSÉS PAR MADEMOISELLE * * * , ÂGÉE DE DOrZE AXS.

AiR : OÙ s'en ronJ ces gais bergers?

Pour les vers , ejuoi ! vous quittez Les plaisirs de votre âge!

Ma -Muse, (|ue vous flattez,

Aux Amours rend hommage.

Ce sont aussi des enfants A la voix séduisante;

.Mais, hélas! vous n’avez que douze ans, Et moi j’en ai quarante!

* L clnbli&stioiciit du Cabinet uuir, où le secret dos lettres fut tant de fois violé, remonte au régne de Louis XIV. Son successeur se faisait un amusement des révélations scandaleuses qu'on arrachait ainsi aux corrcs|iondances parlieulières.

.tprés la révolution de Juillet, le Cabinet noir fut supprime.

Pourquoi parler de lauriers?

De pleurs on les arrose.

Ce n’est point aux chansonniers Que la gloire en impose.

La fleur, orgueil du printemps.

Est le prix qui nous tente.

Mais, hélas! vous n’avez que douze ans, Et moi j’en ai quarante !

Jeune oiseau, prenez l’essor;

Égayez le bocage.

Par des chants plus doux encor Brillez dans un autre âge.

De les inspirer je sens Combien l’espoir m’enchante.

Mais, hélas! vous n’avez que douze ans. Et moi j’en ai quarante !

De me couronner de fleurs.

Oui, vous perdrez l’envie;

Sous des dehors plus flatteurs Vous verrez le génie.

Puissiez-vous pour mon encens Être alors indulgente!

.Mais à peine vous hurez vingt ans.

Que j’en aurai cinquante !

CHA^SÜ>S

LA FUTE DE L’AMOIR.

Am ;

Je vois déjà se déployer tes ailes,

Amour; adieu! mon l)cl âge est passé.

D’un air nioipieur les Grâces infidèles Montrent du doigt mon réduit délaissé.

S’il fut des jours où j’ai maudit tes armes, Savais-je, hélas! que tu m’en punirais?

Ah! plus. Amour, tu nous causes de larmes. Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

Je reposais du sommeil de l’enfance lAirsqu’à la voix mes yeux se sont ouverts ; Dans la iieauté j’adorai la puissance.

Et vins m’offrir de moi-méme à tes fei-s.

Si jeune encoi' j’ignorais tes alarmes.

Tes sombres feux, le jioison de tes traits.

Ah! plus. Amour, tu nous causes de larmes. Plus, quand lu fuis, tu laisses de regrets.

Glacé par l’âge, il se [khiI que j’oublie Tous les haiseis que Rose me donna.

Mais non les pleurs versés pour Eulalie,

Non les soupiis |)ordus près de Nina.

Il - ^

DK BÉRANGKK.

Pour !)ien aimer, l’une avait trop de charmes; Mes vœux pour l’autre ont dft rester secrets. Ah! plus, Amour, tu nous causes de larmes. Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

Fuis donc. Amour, ma couche solitaire;

Fuis! car déjà tu souris de pitié.

De mes ennuis pénétrant le mystère.

Les bras tendus, vers moi vient l’Amitié.

Pour l’éloigner fais luire encor tes armes ;

Ses soins sont doux , mais j’cn abuserais ;

Car plus. Amour, tu nous causes de larmes, Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

L’ANNiyERSAlRE.

Air du Partage de la richesse.

Depuis un an vous êtes née,

Héloïse, le savez- vous?

C’est là votre plus belle année.

Mais l’avenir vous sera doux.

Voici des (leurs que l’on vous donne; Parez-vous-en, et, s’il vous plaît.

Charmante avec cette couronne.

N’allez point en faire un hochet.

CHANSONS

Un enfant qui ne vieillit guère, Sachant qui vous donna le jour, Devine que vous saurez plaire ; Vous le connaîtrez, c’est l’Amour.

Redoutez-le pour mille causes.

Bien qu’il vous soit frère de lait ; Car de votre chapeau de roses Il voudra se faire un hochet.

L’Espérance aux ailes brillantes Sur vous se plaît à voltiger :

De combien de formes riantes Vous dote son prisme léger !

A ses doux songes asservie.

Vous serez heureuse en effet ,

Si pour chaque âge de la vie Elle vous réserve un hochet.

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