‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 41 sur 199 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

Am : Dit-moi, soldat, dis-moi, t’en souriens-lu?

Prr*S du rouet de sii fille chérie Iaî vieux sergent se distrait de ses maux. Et, d’une main que la Iwlle a meurtrie. Berce en riant deux petil.s-fils jumeaux.

i£ 'yj£UA ££ii ££]']-£

jr,;î 'rcu'ins si^jRiroîïrir.

DE BERANGER. s)i

,\.ssis tranquille au seuil du toit champêtre,

Son seul refuge après tant de combats,

Il dit parfois : « Ce n’est pas tout de naître;

» Dieu, mes enfants, vous donne un l)eau trépas! »

■Mais qu’entend-ir? le taml)our qui nisonne :

Il voit au loin passer un bataillon.

Le sang remonte à son front qui grisonne ;

Le vieux coursier a senti l’aiguillon.

Hélas! soudain, tristement il s’écrie :

« C’est un drapeau que je ne connais pas.

» .\h! si jamais vous vengez la patrie,

» Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

» Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,

» .'\ux bords du Rhin, à Jemmape, à Fleurus, n Ces paysans, fils de la République,

» Sur la frontière à sa voix accourus?

1) Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, » Tous à la gloire allaient du même pas.

» Le Rhin lui seul peut retremper nos armes.

)) Dieu, mes enfants, vous donne un lieau trépas!

» De quel éclat brillaient dans la bataille » Ces habits bleus par la Victoire uses!

» l.a Lilierté mêlait à la mitraille » Des fers rom|)iis et des scepties brisés.

>1 Li.*s nations, reines par nos conquêtes,

» Ceignaient de fleurs le front de nos .soldats.

)i Heureux celui qui mourut dans ci's fêtes!

)> Dieu, mes enfants, vous donm' un beau trépas!

Page 1