‹ Œuvres complètes de P. J. de BérangerChapitre 88 sur 199 · LES MARIONNETTES · texte numérisé non relu

LES MARIONNETTES

Am : Vtfjasc est un c/ierai jtorfe.

Sur son navire un capitaine Transportait des noirs au marché.

L’ennui les tuait par vingtaine ;

Peste! dit-il; quel (h'houché!

Fi, que c’est laid, .sots ipie vous êtes! -Mais j’ai de quoi vous guérir tous.

Venez voir mes marionnettes ; j

Bons esclaves, amusez-vous. |

Pour tromper leur douleur mortelle.

Soudain un théiltre est monté; Soudain parait Polichinelle,

Pour des noirs grande nouveauté.

D’abord ils ne savent qu’en dire.

Ils se regardent en dessous;

Puis aux pleurs s(î mêle un sourire.

Bons esclaves, amusez-vous.

Voilà monsieur le commissaire ;

Il s’atlaquc au roi des Ixjssus,

Qui, trouvant un exemple à faire.

Vous l’assomme et sou/Jle dessus.

Oubliant tout, jusqu’à leurs chaînes ■Nos gens poussent des rires fous.

L’homme est infidèle à ses peines :

Bons esclaves, amusez-vous.

Le diable vient; l’ange rebelle Ixiur plaît surtout par sa couleur.

11 emporte Polichinelle;

.Autre accroc fait à la douleur.

(iette fin charme l’auditoire :

Un noir a triomphé pour tous.

pauvres gens i-évent la gloire :

Bons esclaves, amus(‘z-vous.

.Ainsi , voguant vers r.Amérique Où s’aggraveront leurs destins,

De leur humeur mélancolique Ils sont tirés par des pantins.

Tout roi (|ue la jieur déseni\ re Nous prodigue aussi des joujoux.

N’allez |)as vous lasser de vivre ; Bons esclaves, amusez-vous.

DK BÉRANGER.

toi

Page 1