‹ Œuvres complètes de P.-L. Courier (volume 2)Chapitre 14 sur 31 · XXX PREFACE · texte numérisé non relu

XXX PREFACE

tant, il a un mot aimable pour les contrebandiers et les fraudeurs :

« La contrebande, dit-il, n'est pas une chose qu'on blâme; peu de gens aujourd'hui mettent dans un contrat le prix véritable de la vente. Le gouvernement trompe, et qui peut le tromper est approuvé de tous. »

Même de lui! car, parmi tous les préjugés qu'il a contribué à répandre , celui-là est un de ceux qui se sont, grâce à lui, le plus profondément enfoncés dans nos cervelles.

Je me dis bien souvent : « Ah ! si Voltaire revenait ! » Je n'ai jamais souhaité que Courier sortit de son tombeau pour batailler à nos côtés dans le journalisme. Il a été un maître en son temps ; il est encore un maître, si l'on veut, mais un maître qu'il faut se garder d'imiter. C'était un cceur sec, un esprit étroit, une imagination aigrie; il a eu le mérite d'être un polémiste redoutable, avec deux ou trois procédés de style, que je ne conseillerais à personne de reprendre. La qualité de sa langue est incomparable ; mais ce n'est point une de ces bonnes et solides étoffes dont on a plein la main, c'est du pointillé, très-joli à l'ail, sans ampleur ni résistance. Cette prose est toute pleine de vers blancs qui attestent le soin avec lequel elle a été repassée et limée.

Il est impossible aux gens de notre génération de relire Courier sans être tout ensemble agacés et ravis.

PREFACE XXXJ

sans s'écrier tour à tour et quelquefois en même temps : Quel homme insupportable ! quel admirable écrivain! sans être cent fois tentés de jeter le volume avant de l'avoir fini, et de le reprendre pour n'en pas perdre un mot.

Francisque Sarcey.

Page 1