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que la langue s'est conservée plus pure de tout alliage que partout ailleurs, et qu'à Paris même.
Je m'efforcerai donc, en composant cette étude, de ne voir dans Paul-Louis Courier que l'écrivain; j'écarterai, de parti pris, toute autre préoccupation. Vous trouverez ici-même sa vie politique contée, non sans quelque soupçon d'arrangement, par un de ses héritiers, Armand Carrel, du National, dans un niorceau devenu classique aujourd'hui et qui semble être comme une annexe indispensable de toute édition nouvelle des auvres du pamphlétaire. Je la tiens pour exacte, puisque les contemporains n'ont pas élevé de réclamations. Il se passera sans doute bien des années avant que quelque érudit curieux prenne notre Paul-Louis pour objet de ses recherches, et compose sa biographie avec ce soin consciencieux du détail vrai que l'on a porté, de notre temps, quand il s'agissait des maitres écrivains, en ce genre de travaux.
Je n'en ai, pour moi, ni le loisir ni l'envie; je ne veux que vous aider, en relisant avec vous ces pages charmantes, à les goûter mieux et à leur assigner, sans esprit de fanatisme ni de dénigrement , leur véritable place dans notre littérature.
Je ne crois pas que Paul-Louis Courier ait été un écrivain de race; il n'a jamais eu ni ce jaillissement impétueux et cette pleine abondance des Bossuet et des Voltaire, ni ce ramassé lumineux et cette labo-
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rieuse originalité des La Bruyère et des Montesquieu. La nature, sans lui être avare, ne lui avait pas ac^ cordé ces dons puissants qui font les maîtres. Il semble s'être lui-niême lentement, à force d'études, composé un style dont les qualités sont de premier ordre, mais à qui manque toujours cette grâce libre des fleurs spontanément écloses. Vous trouverez dans la notice d'Armand Carrel que les premières pages qu'il livra au public révélèrent un écrivain tel que la France n'en avait pas eu depuis Pascal et La Fontaine. C'est là une de ces exagérations familières à l'esprit de parti. On fait tort à Paul-Louis en le rapprochant de ces noms illustres, qui sont hors de toute comparaison avec lui. Pascal, La Fontaine et quelques autres, qui sont de première volée, ont créé leur langue d'un seul jet. Paul-Louis s'est fabriqué la sienne des débris de la leur, artistemcnt mis en oeuvre.
Il y a eu là un long travail de patience et de goût que nous voudrions pouvoir suivre à la trace. Les documents nous font défaut. Nous ne savons les choses qu'en général et en gros. Le père de Paul- Louis était un de ces bourgeois comme il y en eut tant au dernier siècle, d'une instruction très-étendue^ d'une vaste littérature, et qui, par -dessus encore, avait beaucoup d'esprit. C'est à ce père qu'il dut son éducation première. Nous aimerions à savoir quels furent en ce jeune âge ses études favorites et ses au-
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teurs préférés. On nous dit simplement qu'il aima de bonne heure, avec passion, la littérature grecque, et qu'il avait coutume de répéter qu'il mettait une page d'Isocrate bien au-dessus de toutes les vérités d'Euclide. C'est là un trait assez vague. On ne nous parle pas des études qu'il dut faire, avec un goût égal, sur les écrivains qui ont le mieux parlé notre vieille langue. Nous en sommes réduits, sur ces deux points, aux conjectures ; nous n'avons pour nous gui' der que les indications sommaires empruntées à sa correspondance et à ses travaux ultérieurs.
Il est permis de croire que, s'il fut nourri, tn son enfance, de la littérature du grand siècle, car il cite partout et sans cesse Corneille, Kacine, La Fontaine, Molière et Boileau, il lut de plus près et avec une attention singulière les écrivains d'un âge antérieur, Kabelais d'abord, son compatriote , et Amyot, et Kegnier, et Marot, et, en remontant plus haut encore, Froissart et Philippe de Commines. Nous en avons une preuve très-curieuse dans la préface qu'il écrivit à sa traduction du premier livre d'Hérodote , le seul qu'il ait donné au public.
« S'imaginer, dit-il, que l'on traduira Hérodote dans notre langue académique, langue de cour, cérémonieuse, roide, apprêtée, pauvre d'ailleurs, mutilée par le bel usage, c'est étrangement s'abuser. Il y faut cmploytr une diction naïve, franche, populaire et riche, comme celle de La Fontaine. Ce n'est pas