‹ Œuvres complètes de P.-L. Courier (volume 2)Chapitre 30 sur 31 · I. Voir le Journal de Paris du 3i décembre · texte numérisé non relu

I. Voir le Journal de Paris du 3i décembre

23o PROCÈS

onéreux que profitable au jeune prince. — Le ministre avait dit « qu'on a exprimé le désir de la « conservation de Chambord, sans songer à ce « qu'elle coûtera de réparations foncières et d'entre- « tien, à toutes les dépenses qu'exigeront son ameu- « blement et son habitation. »

M. Courier se demande si ce sont les communes qui ont conçu la pensée d'acheter Chambord pour le prince. « Non pas, répond-il, les nôtres, que je sache, de ce côté-ci de la Loire; mais celles-là peut-être qui ont logé deux fois les Cosaques... Là naturellement on s'occupe d'acheter des châteaux pour les princes, et puis on songe à refaire son toit et ses foyers. » Le ministre avait dit, presque dans les mêmes termes : « Les conseils qui ont voté l'acquisition de Chambord n'ont point été arrêtés par les embarras de finances qu'éprouvent PRESQUE TOUTES ks communes, les unes épuisées par la suite des guerres, par l'invasion et le long séjour DES étrangers , les autres appauvries par les fléaux du ciel, la grcle, les gelées, les inondations, les incendies; obligées la plupart de recourir à des inipositions extraordinaires pour acquitter les charges courantes de leurs dettes. Dans d'autres circonstances, l'administration devrait examiner, pour chaque commune, si ks moyens répondent à son zèle. »

« Nous allons, dit M. Courier, nous gêner et

augmenter nos dettes pour lui donner (au prince) une chose dont il n'a pas besoin. »

«Il n'appartiendrait qu'à V. M., avait dit le ministre, de refuser, au nom de son auguste pupille, un présent dont il n'a pas besoin. .Assez de châteaux seront un jour à sa disposition, et ce sont les chambres qui auront à composer, au nom de la nation, son apanage. »

M. Courier paraît craindre que les offrandes ne soient pas toujours suffisamment hbres et spontanées. Le ministre avait conçu les mêmes craintes: « Le don du pauvre, avait-il dit, mérite d'être accueilli comme le tribut du riche; mais il ne faut pas le demander. Il serait a craindre qu'on ne vît une sorte de contrainte dans une invitation solennelle venue de si haut, au nom d'une réunion de personnages IMPORTANTS, qui s'occuperaient à donner une si vive impulsion à tous les administrés. Des dons, qui ne sont acceptables que parce qu'ils sont spontanés, paraîtraient peut-être commandés par des considérations qui doivent être étrangères à des sentiments dont l'expression n'aura plus de mérite si elle n'est entièrement libre. »

En critiquant l'acquisition de Chambord, M. Courier n'a donc rien dit qui ne soit permis, qui ne soit plausible, qui ne soit conforme aux observations du ministre lui-même.

N'importe; il a voulu arrêter l'élan généreux des

Français; ilavoulu s'opposera l'allégresse publique...

Quoi donc ! blâmer un témoignage d'allégresse inconvenant ou intéressé, est-ce blâmer l'allégresse elle-même? Parce qu'un nom sacré aura servi de voile à un acte imprudent et blâmable, cet acte deviendra-t-il également sacré? Pour moi,, s'il faut le dire, je crois qu'il était beaucoup d'autres manières plus convenables d'honorer la naissance du duc de Bordeaux. Je ne parle point ici de ces bruits trop fâcheux qui se sont répandus sur l'origine de cette souscription, et sur les moyens employés pour faire souscrire : je ne veux ni les écouter, ni les répéter. Mais ces dons d'argent, de terres, de châteaux, adressés à l'héritier d'un trône, ces présents qu'on fait otfrir au riche par le pauvre, par des communes épuisées au neveu d'un roi de France, s'accordent mal dans mon esprit avec la délicatesse qui doit présider aux hommages rendus par des Français à leurs princes. Je ne puis d'ailleurs oublier que naguère on faisait offrir aussi par les communes des adresses, des chevaux, des soldats, à Thomme qui avait usurpé la liberté publique; et j'aurais désiré, je l'avoue, que l'héritier d'un pouvoir légitime fût honoré d'une autre manière que le ravisseur d'un pouvoir absolu.

Croyez-moi, Messieurs, il est pour les princes des hommages plus délicats et plus purs, que l'adu-

lation ne saurait contrefaire et que la tyrannie ne saurait usurper. Ce sont ces pleurs d'allégresse qu'on verse à leur aspect, ces vœux d'un peuple accouru sur leur passage; ce sont les joies du pauvre, les actions de grâces du laboureur, les bénédictions des mères de famille. Voilà les hommages que le peuple français rendait à Henri IV; voilà ceux que ses descendants vous demandent, et non ces tributs mendiés, qu'on ne refusa jamais à la puissance. Les princes français ne ressemblent point à ces despotes de l'Orient que la prière n'ose aborder qu'un présent à la main; et, loin d'obliger la pauvreté à doter leur opulence, ils consacrent leur opulence à soulager la pauvreté.

M. Courier a donc pu, non-seulement sans être coupable, mais sans manquer aux convenances les plus sévères, voir dans la souscription de Chambord un acte de flatterie ou une spéculation intéressée. Il a pu blâmer cet hommage indiscret et suspect, qui compromet, sous prétrexte de l'honorer, tout ce qu'il y a de plus élevé et de plus respectable; et celui-là peut-être avait quelque droit de s'élever contre la flatterie qui, sous aucun pouvoir, ne fut aperçu parmi les flatteurs.

Si l'esprit général de l'ouvrage est irréprochable, les détails en sont-ils criminels? Examinons les passages sur lesquels le ministère public a fondé son accusation.

Maintenant que nous avons fait connaître l'idée que la loi attache à l'expression de morale publique, vous aurez peine peut-être à vous empêcher de sourire en écoutant la lecture de ces passages. La plupart ont si peu de rapport à la morale publique qu'on se demande par quel étrange renversement des notions les plus communes l'accusation a pu rapprocher deux idées d'une nature si différente.

Ainsi M. Courier veut prouver que le don de Chambord ne profitera pas au prince, mais aux courtisans. Après une sortie assez vive contre les flatteurs, il cite le trait de ce courtisan qui disait au prince, son élève : Tout ce peuple est à vous; puis il ajoute : « Ce qui, dans la langue des courtisans, voulait dire : Tout est pour nous. Car la Cour donne tout aux princes, comme les prêtres donnent tout à Dieu; et ces domaines, ces apanages, ces listes civiles, ces budgets, ne sont guère autrement pour le roi que le revenu des abbayes n'est pour Jésus-Christ. Achetez, donnez Chambord : c'est la Cour qui le mangera; le prince n'en sera ni pis ni mieux. »

N'est-il pas déplorable que l'on soit réduit à justifier devant les tribunaux un pareil langage ! Quoi! désormais on ne pourra plus dire, sans se faire une affaire avec la justice, que les courtisans font souvent servir l'auguste nom du prince, les

prêtres le nom sacré de Dieu^ à leur intérêt personnel ! Quoi! cette vérité de morale, devenue triviale à force d'applications, va devenir un délit digne de la prison! Mais vous outragez les prêtres! Mais il ne s'agit point d'outrages aux prêtres : vous m'accusez d'outrages à la morale publique; prouvez que j'ai outragé la morale publique. Mais outrager une généralité, c'est outrager la morale publique. Vraiment? A ce compte, je plains nos auteurs comiques. Désormais il ne leur sera plus permis de dire, sous peine d'amende, que les médecins tuent leurs malades, que les cabaretiers sont fripons, que les femmes sont indiscrètes, et (puisqu'enfîn il faut s'exécuter) que les avocats sont bavards. Au surplus, qu'a dit l'auteur, à l'égard du clergé, que le respectable abbé Fleury, que Massillon, que tant d'autres écrivains non moins graves n'aient dit avant lui, et n'aient dit quelquefois d'une manière beaucoup plus sévère? Mais c'est calomnier le malheur. Le malheur-? Vous oubliez qne le clergé figure pour vingt-cinq millions au budget de l'État. Ce sont sans doute des fonds très-bien employés, nous ne le contestons pas; mais, lorsque cet emploi existe, ne venez donc pas nous parler de malheur, même pour en tirer un effet d'éloquence. Laissons là les lieux communs oratoires, et revenons toujours à l'unique question du procès : Ai-je outragé la morale publique? ai-je

fait l'apologie du vice? ai-je attaqué les bases de nos devoirs?

Je viens au second passage : «Ah! dit M. Courier, si, au lieu de Chambord pour le duc de Bordeaux, on nous parlait de payer sa pension au collège (et plût à Dieu qu'il fût en âge que je Vy pusse voir de mes yeux!); s'il était question de cela, de bon cœur j'y consentirais et voterais ce qu'on voudrait, dût-il m'en coûter ma meilleure coupe de sainfoin . , . Mais à Chambord qu'apprendra-t-il ? Ce que peuvent enseigner et Chambord et la Cour. Là, tout est plein de ses aïeux. Pour cela précisément je ne l'y trouve pas bien, et j'aimerais mieux qu'il vécût avec nous qu'avec ses ancêtres. »

Il faut assurément être doué d'une admirable sagacité pour découvrir dans ces paroles un outrage à la morale publique. Pour moi, je l'avoue, j'aurais cru, dans ma simplicité, qu'ici l'auteur, loin d'offenser la morale^ parlait en bon et sage moraliste. Oh! s'il était venu nous vanter les mœurs des cours, nous les offrir en exemple, nous inviter à les imiter, je conçois qu'alors on pourrait l'accuser d'avoir outragé la morale; mais il a fait précisément le contraire. Ces mœurs dissolues, scandaleuses, il les a censurées; il a voulu arracher un jeune prince à leur contagion; et c'est lui, c'est le défenseur des mœurs que vous accusez d'avoir offensé les mœurs! et c'est au censeur des

cours que vous venez reprocher l'immoralité de ses doctrines!

Ah ! si c'est un crime à vos yeux de médire de la Cour, faites donc le procès à tout ce que la France compte d'écrivains célèbres. Condamnez Timmortel auteur de VEsprit des lois. Que direzvous en effet des couleurs dont il ose tracer le tableau des cours? « L'ambition dans l'oisiveté, la bassesse dans l'orgueil , le désir de s'enrich'r sans travail, l'aversion pour la vérité, la flatterie, la trahison, la perfidie , l'abandon de tous ses engagements, le mépris des devoirs du citoyen, la crainte de la vertu du prince, I'espérance de ses faiblesses, et plus que tout cela le ridicule perpétuel jeté sur la vertu, forment, je crois, le caractère du plus grand nombre des courtisans, marqué dans tous les lieux et dans tous les temps. »

Mais peut-être récusera-t-on l'autorité de Montesquieu ; c'est un auteur profane, c'est un philosophe... Eh bien! écoutons un Père de l'Eglise, écoutons Massillon : « Que de bassesses pour parvenir! Il faut paraître, non pas tel qu'on est, mais tel qu'on nous souhaite. Bassesse d'adulation : on encense et on adore l'idole qu'on méprise; bassesse de lâcheté : il faut savoir essuyer des dégoûts, dévorer des rebuts, et les recevoir presque comme des grâces; bassesse de dissimulation : point de sentiments à soi, et ne penser que d'après les au-

très ; bassesse de dérèglement : devenir les complices et peut-être les ministres des passions di ceux de qui nous dépendons ... Ce n'est point là une peinture imaginée , ce sont les mccurs des cours, ET l'histoire de la plupart de ceux qui

Y vivent...

« ... Le peuple regarde comme un bon air de marcher sur vos traces; la ville croit se faire honneur en prenant tout le mauvais de la Cour; vos mœurs forment un poison qui gagne les peuples et les provinces, qui infecte tous les Etats, qui change les maurs publiques, qui donne à la licence un air de noblesse et de bon goût, et qui substitue à la simplicité de nos pères et à l'innocence des moeurs anciennes la nouveauté de vos plaisirs, de votre luxe, de vos profusions, et de vos indécences profanes. (C'est là précisément ce qu'a dit M. Courier.) Ainsi, c'est de vous que passent jusque dans le peuple les modes immodestes, la vanité des parures, les artifices qui déshonorent un visage où la pudeur toute seule devait être peinte, la fureur des jeux, la facilité des mœurs, la licence des entretiens, la liberté des passions, et toute la corruption de

NOS siècles. »

Messieurs, c'était aussi pour conserver l'innocence d'un prince enfant, du dernier rejeton d'une race royale, que Massillon élevait sa voix éloquente. Il est triste de penser que si Massillon vi-

vait encore, il se verrait probablement traduit sur les bancs d'une cour d'assises!...

Au surplus, ce n'est point une assertion sèche et dénuée de preuves que l'auteur vous présente. Il ne s'est pas borné à censurer les mœurs de la Cour : il a justifié sa censure par des faits; sa critique n'est que la conséquence forcée de ces faits : avant d'attaquer la conséquence, prouvez que les faits sont controuvés.

Voici la triple alternative que je présente à l'accusation. Ou vous niez, lui dirai-je, les faits rapportés dans l'écrit , et alors les monuments historiques sont là pour vous confondre; ou vous les avouez, mais vous en faites l'apologie, et alors c'est vous-même qui outragez la morale publique, ou vous les avouez et les condamnez, et vous prétendez cependant que j'aurais dû les taire, parce que les coupables ont siégé sur le trône ou près du trône, et alors c'est encore au nom de la morale publique que je repousse cette doctrine honteuse. Quoi! des désordres coupables auront été commis, et l'histoire, l'institutrice des peuples et des rois, devra garder le silence! Quoi! l'adultère aura souillé les palais, et vous commanderez, au nom des mœurs, respect pour l'adultère ! Il y aura des vices privilégiés ! Des scandales auront un brevet d'impunité, et si, à l'aspect des mœurs outragées, je laisse éclater mon indignation, c'est mon indi-

gnation qui sera criminelle ! c'est moi qui aurai outragé les mœurs!

Messieurs, l'Egypte honorait ses rois, mais elle jugeait leur cendre, et le jugement des morts était la leçon des vivants et de la postérité.

Que signifie cette distinction qu'on s'est efforcé d'établir entre l'histoire et d'autres écrits? La vérité a-t-elle, pour se montrer, des formes privilégiées? existe-t-il un genre d'ouvrages dans lesquels la vérité soit criminelle?

C'est, il faut le dire, c'est la première fois qu'on voit un écrivain traduit devant les tribunaux pour avoir rapporté des faits dont on ne conteste point la sincérité ! C'est la première fois que l'accusation vient nous tenir cet étrange langage : Cela est vrai, mais vous ne deviez pas le dire. Nous avons vu incriminer des doctrines, condamner des opinions : il nous restait à voir accuser des souvenirs historiques; il nous manquait de voir traîner la vérité devant la cour d'assises!

C'est, dites-vous, attenter à la gloire nationale, c'est dépouiller la nation de son plus riche patrimoine.

Ce ne serait plus alors qu'une simple question d'amour-propre national, et non plus une question de morale politique.

Mais est-ce donc flétrir la nation que de flétrir les vices de quelques hommes dont les noms figu-

rent dans son histoire? Une nation est-elle solidaire pour tous les individus qui la composent? Le patrimoine de l'honneur national se compose-t-il des vices ou des crimes dont elle a été le témoin ? Vous nous reprochez d'avoir attenté à la gloire nationale? Ai-je donc essayé d'avilir les trophées de Fontcnoi, les vertus de Sully, les lauriers de Racine? Voilà le patrimoine de l'honneur national; la France peut revendiquer la solidarité de la gloire; elle ne revendiquera jamais la solidarité de la honte.

On a plus vivement encore insisté sur le troisième chef d'accusation. Suivons le ministère public sur ce nouveau terrain.

M, Courier s'attache à prouver, comme nous l'avons vu, que le voisinage de la Cour est dangereux pour les simples habitants de la campagne. Une des choses qu'il redoute dans le voisinage, c'est la contagion des mauvaises mœurs. Voici, à cet égard, comme il s'exprime :

« Sachez qu'il n'y a pas en France une seule famille noble, mais je dis noble de race et d'antique origine, qui ne doive sa fortune aux femmes; vous m'entendez. Les femmes ont fait les grandes maisons; ce n'est pas, comme vous croyez bien, en cousant les chemises de leurs époux, ni en allaitant leurs enfants. Ce que nous appelons, nous autres, honnête femme, mère de famille, à quoi

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nous attachons tant de prix, trésor pour nous, serait la ruine du courtisan. Que voudriez-vous qu'il fît d'une dame honcsia, sans amants, sans intrigues, qui, sous prétexte de vertu, claquemurée dans son ménage, s'attacherait à son mari? Le pauvre homme verrait pleuvoir les grâces autour de lui, et n'attraperait jamais rien. De la fortune des familles nobles, il en paraît bien d'autres causes, telles que le pillage, les concussions, l'assassinat, les proscriptions, et surtout les confiscations. Mais qu'on y regarde, et on verra qu'aucun de ces moyens n'eiît pu être mis en œuvre sans la faveur d'un grand, obtenue par quelque femme, car, pour piller, il faut avoir commandements, gouvernements, qui ne s'obtiennent que par les femmes, et ce n'était pas tout d'assassiner Jacques Cœur ou le maréchal d'Ancre, il fallait, pour avoir leurs biens, le bon plaisir, l'agrément du roi, c'està-dire des femmes qui gouvernaient alors le roi ou son ministre. Les dépouilles des huguenots, des frondeurs, des traitants, autres faveurs, bienfaits qui coulaient, se répandaient par les mêmes canaux, aussi purs que la source. Bref, comme il n'est, ne fut ni ne sera jamais, pour nous autres vilains, qu'un moyen de fortune, c'est le travail , pour la noblesse non plus il n'y en a qu'un, et c'est... c'est la prostitution, puisqu'il faut, mes amis, rappeler par son nom. »

Laissant de côté tous les commentaires plus ou moins infidèles qu'on a faits sur ce passage, et le réduisant à son expression la plus simple, qu'y découvrons-nous? Cette proposition fondamentale, et dont le passage entier n'est qu'un développement, « que les mœurs des courtisans sont corrompues». J'aurais difficilement imaginé que cette proposition fût outrageante pour la morale publique, et que les mœurs des cours dussent être pour nous un objet de vénération. Depuis quand n'estil donc plus permis de dire, d'une manière générale, que tel vice, tel défaut, tel genre de dépravation règne dans telle classe de la société?

Ici, j'interpelle encore l'accusation. Niez-vous les faits? J'offre de les prouver. Les avouez-vous? J'ai donc eu raison d'avancer ce que j'ai avancé.

Expliquez-vous enfin d'une manière catégorique. Est-ce pour avoir controuvé des faits que vous m'accusez? Ce n'est plus qu'une question de vérité historique ; nous pouvons la décider avec des autorités. M'accusez-vous pour avoir dit des vérités fâcheuses à quelques amours-propres? Alors je vous demande où est la loi qui condamne la vérité et qui fait du mensonge un devoir de morale publique. Mais du moins expliquez -vous : parlez; qu'on sache ce que vous voulez, ce que vous prétendez. Niez franchement les faits, ou bien avouez-les franchement, sans vous perdre en vaines

déclamations qui ne prouvent rien, si ce n'est votre embarras et votre faiblesse.

Pour moi, je vous dirai que, de tout temps, l'historien, le moraliste, l'écrivain satirique, ont été en possession de censurer les vices généraux, et surtout les vices des cours. Je vous dirai que l'auteur que vous accusez n'a fait que redire, avec moins de force peut-être, ce que mille auteurs estimés avaient dit avant lui. On vous a cité Massillon et Montesquieu; écoutez maintenant Mézeray et Bassompierre.

Mézeraj parle de l'introduction des femmes à la Cour. « Du commencement, dit-il, cela eut de fort bons effets, cet aimable sexe y ayant amené la politesse et la courtoisie, en donnant de vives pointes de générosité aux âmes bien faites. Mais, depuis que l'impureté s'y fut mêlée , et que l'exempl( des plus grands eut autorisé la corruption, ce qui était auparavant une belle source d'honneur et de

vertu ADVINT UN SALE BOURBIER DE TOUS LES VICES ;

le déshonneur se mit en crédit, la prostitution SE SAISIT DE LA FAVEUR : OU y entrait, on s'y maintenait par ce moyen; bref, les charges et les emplois se distribuaient à la fantaisie des femmes; et, parce que d'ordinaire^ quand elles sont une fois déréglées, elles se portent à l'injustice, aux fouiberies, à la vengeance et à la malice avec bien plus d'effronterie que leshommesmêmes, elles furent cause

qu'il s'introduisit de très-méchantes maximes dans le gouvernement, et que l'ancienne candeur gauloise fut rejetée encore plus loin que la chasteté. Cette corruption commença sous le règne de François I", se rendit presque universelle sous celui de Henri II, et se déborda enfin jusqu'au dernier période sous Charles IX et Henri III. » — [Mézeiay, Hist. de France, Henri III, tom. III, p. 446,447.] Voyons maintenant comment Bassompierre s'exprime sur le compte d'un courtisan : « C'était un homme assez mal fait, et il y a lieu de s'étonner qu'il ait réussi en ce temps-là, où l'on ne parvenait à rien que par les femmes, comme je pense qu'il en a été de tout temps, dans toutes les cours, et crois que qui voudrait y regarder de bien près trouverait PLUS de maisons qui se sont faites grandes

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