‹ Œuvres completes de P.-L. Courier (volume 5)Chapitre 22 sur 57 · IV. Il · texte numérisé non relu

IV. Il

rés : on ne saurait imaginer que j'aie £ail expivs la tache au inspiiuscrit^ pour m'approprier ce morceau ioédit qui était à moi. C'est néanmoihs ce que prétend M. Furia : cette tache fut faite , ditil, pour le priver de sa part à la petite trouvaille (vous voyez, par ce qui précède, à quoi cette part se réduit ) ^ et' afin de l'empêcher, lui ou quelque autre aussi capable, d'en donner une édition. Cela est prouvé , selon lui , par le refus de la copie.

Ce discours ne peut trouver de créance qu'auprès de ceux qui n'ont nulle idée d'un pareil > travail; car qui eût pu l'entrepirendre à Florence, quand ijnéme votre annoitc^ n'eût pas appris au public et la découverte et à qui elle appartenait? Ne m'en 'croyez pas, pionsieur, consultez les savans dé votre connaissance, et tous vous ctiront qu'il n'y avait personne à Florence en état de doi^er wie éditioxi supportable de ce texte d'après .un s^l npianuscdt. Il faut pour cela une connaissance de la langue grecque, non pas fort extraordinaire , n^ais fort * supérieure à ce qu'en savent les. professeurs florentins.

ËG^ effet, concevez, monsieur, huit pages sans points ni virgules, partout des. mots estropiés, transposés, omis, ajoutés, les gloses confondues aveé le texte, dés phrases entières altérées par l'ignorance, et plus souvent par lés impertinentes corrections du copiste. Pour débrouiller ce chaos,

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Schrei^lius donne peu de lumière à qui ne connaît que les Fables d^ Esope, Je ne puis tne flat- (erd'y avoir complètement réussi , manquant de tous les secours nécessaires ; mais hors un ou deux endroits^ (|ue ceux qui on.t des livres corrigeront aisément ^ f ai mis le tout au point que M. Furia luirméme y avec ma traduction et son Schrevelius^ suivrait maintenant sans peine le sens de Fauteur d'un bout à l'autre. Toiit cela se pouvait faire par d'autres que moi, et mieux^ à Venise ou à Milan . mais non à Florence.

Les Florentins ont de l'esprit, inais ils savent peu de grec : et je crois qu'ils ne s'en soucient guère \ il y a parmi . eux beaucoup de gens de mérite y fort instruits et fort aimables ; ils parlent admirablement la plus belle des langues vivantes : uvec'cela on se passe aisément du grec.

Quelle préface aurait pu, je vous prie, mettre à ce fragment ]V^. Furia, s'il en eût été l'éditeur? il aurait fallu qu'il dît : Dans le long travail que ji'ai fait sur ce manuscrit, doiit j'ai extrait des choses si peu intéressantes, j'ai oublié de dire que l'ouvrage de Lopgus s'y trouvait complet; on vient de m'en faire apercevoir. Et là-desçus, il aurait cité votre article de la gazette. Vous voyez, monsieur, par combien de raisons j'avais peu à craiïidre que ni lui ni personne songeât à me troubler dans la possession du bienheureux fragment. J'en ai refusé à M. Furia, non une co-

pie quelconque j qui lui était utile comme bibliothécaire , mais une certaine copie dont il voulait abuser comme mon ennemi déclaré; et l'abus qu'il en voulait faire n'était pas de la publier, car il. ne le pouvait en aucune façon; mais de l'altérer, pour jeter du doute sur ce que j'allais publier. Tout cela est , je pense, assez clair.

Mais si l'on veut absolument que, contre mon intérêt visible, j'aie mutilé ce morceau, que je venais de déterrer et dont j'étais maître, pour consoler apparemment M. Furia du petit chagrin que lui causait cette découverte, encore faudrait -il avouer que les adorateurs de Longus me doivent bien moins de reproches que de remerciemens.

Si ce texte est si sacré, pour l'avoir complété je mérite des satues. La tache qtii en détruit quelques mots dans le manuscrit ne saurait être un crime .d'état, que la restauration du tout dans les imprimés ne soit un bienfait public : mais si tout l'ouvrage, comme le pensent des gens bien sensés , n*est en soi qu'une fadaise , qu'est-ce donc que ce pâté dont on fait tant de bruit? En bonne foi, le procès de Figaro, qui roulait aussi sur un pâté d'encre , et la cause de Tlntinié , sont , au prix de ceci, des affaires graves.

Ël quand il serait vrai , que par pUre folie J'aurais exprès gâlé le tout ou bien partie Dudit fragment , qu'eu mette en compensation Ce que nous avons fait depuis cette action ,

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et l'édition du supplément qui se distribue gratis, et celle du livré entier donnée aux savans, et enfin cette traduction dont vous rendez compte , qui certes éclaircit plus le texte que la tache ne l'obscurcit; On ne vous . soupçonnera pasj monsieur, de partialité pour moi." Vous trouvez que j'ai complété la version d'Amyot si habilement^ dîtcis-vous, qu'on n^ aperçoit point trop de disparate entre ce qui est de lui et ce que j'y ^î ajouté, et vous avouez que cette tâche était difficile: ^f^ ne suis pas ici eh' termes de pouvoir faire le modeste : un accusé sur la sellette , qui voit que son affaire va mal, se recommande par où il peut, et tire parti de tout. Cette traduction d'Amyot est généralement admirée , et passe pour un des plus beaux ouvrages qu'il y ait en notre langue. On ferait un volume des louanges qui lui ont été données seulement depuis trois ou quatre ans, tant dans les journaux que dans les différens livres. L'un la regarde comme le chef-d'œuvre du genre naif; l'autre appelle Amyot 7e créateur d'un style qui n'a pu être imité; un troisième .déclare aussi cette traduction inimitable ^ et va jusqu'à lui attribuer la -grande réputation du roman de Longus. Or, ce chef-d'œuvre inimitable , ce modèle que personne n'a pu suivre<^ dans le plus (hffircile de tous les genres , je l'ai non-seulement imité , selon voiis , afssez habilement^ mais je l'ai corrigé partout, et vous n'osez dire, mon-

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ftieur, qu il y ait rien d& perdu. L'entreprise était telle.qu'avant l'exécution, tout le monde s'en se^ rait moqué , parce qu'en efiet il y avait très-peu de personnes capaUes de Fexécuter. Les gens qui savait le grec sont cinq ou six en Europe ; ceux qui savent le français sont en bien plus petit nombre. Mais ce n'est pas seulement le grec et le français qui m'ont servi à terminer cette belle copie , après avoir si heureusement rétabli l'original; ce sont encore plus les bons auteurs italiens ^ d'où j'^ tiré plus que des nôtres, «t qui sont la vraie source des beautés d'Amyot ; car il fallait, pour retoucher et finir le travail d'Amyot , la réunion assez rare des trois langues qu'il possédait et qui ont formé son style. Ainsi cette bagatelle, toute bagatelle qu'elle est, et des plus petites assurément, peu de gens la pouvaient faire.

Je comprends, monsieur, que votre jugement n'est pas celui de tout le monde, et que ce qui vous a plu semblera ridicule à d'autres; mais l'ouvrage n'étant connu que par votre rapport, la prévention du public doit , pour le moment , m'être favorable; et si cette prévention en faveur de ma traduction peut me faire absoudre du crime de lèse-manuscrit, je me moque fort qu'après- cela on la trouve bonne ou mauvaise.

-' Qu'on examine donc si le mérite d'avoir complété, corrigé, perfectionné cette version que

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tout le monde lit avec déiibes ^ et donné aux dâ- Tans uû texte qui sera bientôt traduit dani; toutes les' langues, peut compenser le crime d'avoir effacé involontairement quelques mots datifi ^n bouquin que personne avant moi n'a lu , et que jamais personne ne lira^ Si j'avais TéloqU^ce de M. Éuria, j'évoquerais ici l'ombre de Longus, et, lui contant l'aventure, je gage qu'il en rirait, et qu'il m'embrasserait pour avoir enfin remis en lumière son œu^re amoureuse. Vous pouvez penser la mine qu'il ferait à M. Furia, qui le laissait manger aux vers dans le vénérable bouquin.

J'ai l'honneur d'être, monsieur, etc.

.Tivoli, le 2#i^epleinbre 18 10.

P. 5. Est-ce la peine de vous dire, monsieur, pourquoi je ne vous envoyai ni le texte, ni la traduction que je vous avais promise? Accusé de spéculer avec vous sur ce fragment, dont je vous faisais présent y comme vous en convenez , le seul parti que j'eusse à prendre , n'était - ce pas de le donner moi-même au public? Je vous avoue aussi que votre ambition m'alarmait. Si, pour m'avoir accompagné dans une bibliothèque, vous disiez et vous imprimiez à Milan : D/ous aidons trouK^é , et nous allons donner un Longus complet j n'était-il pas clair qu'une fois maître et éditeur de ce texte, vous auriez dit, comme Archimède : Je lai trouvé. Vous et M. Furia vous alliez vous

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parer de mes plus belles plumes, et je restais avec ma tache d'encre que personne ne me contjestait. J'avais pensé faire deux parts; le profit pour vous, l'honneur pour moi : vous vouliez avoir l'un et l'autre, et ne me laisser que le pâté. Une pareille prétention rompait tous nos arrangemens.

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