IV. \'à
mie en corps complimenterait^ louerait^ et, dè& le lendemain , raierait de sa liste pour peu qu'il pah rut se brouiller avec les puissances.
Vous faites de ces choses-là. M. Prévost dirai n'est pas si grand seigneur, mais il est propre à vos études comme l'autre à danser la gavotte. Et que de Childebrands , bons dieux! choisis par vous, et proclamés unanimenient, à l'exclusion de toute espèce d'instruction : Prévost d'Irai , Jomard, Dureau de La Malle, Saint- Martin , noa pas tous gentilshommes. Aux vicomtes, aux chevaliers vous mêlez de la roture. L'égalité académique n'en soufire point , pourvu que l'un ne soit pas plus savant que l'autre, et la noblesse n'est pas de rigueur pour entrer à l'Académie ; l'ignorance, bien prouvée, suffit.
Cela est naturel, quoi qu'on en puisse dire.
Dans une compagnie de gens faisant profession d'esprit ou de savoir, nul ne veut près de soi un plus habile que soi, mais bien un plus noble, un plus riche; et généralement, dans les corps à* talent, nuJje distinction ne fait ombrage, si ce n'est celle du talent. Un duc et psûr honore l'Académie française qui ne veut point de Boileau, refuse La Bruyère , £aÂt attendre Voltaire , n^ais reçoit tout d'abord Chapelain etConrart. De même nous voyons à l'Académie grecque le vicomte invité, Coraï repoussé, lorsque Jomard y entre comme daps.un moulin.
A UESSIEUAS DE l'aCADÉMIE. I ^y
Mais ce qu'il y a de plps merveilleux, c'est cette prudence de TAcadémie , qui , après la mort de Clavier et cellp de yisconti arrivée presqu*en même temps, songe à réparer de telles pertes , et d'abord, afin de mieux choisir, diffère ses élections, prend du temps, remet' ie tout à six mois, précaution-remarquable et infiniment sage. Ce n'était pas une chose à faire sans réflexioq, que de nommer des successeurs à deux hommes aussi savans, aus^i célèbres que ceux-là. Il y fallait regarder, élire entre les doctes , sans faire tort aux autres , les deux plus doctes ; il fallait contenter le public, montrer aux étrangers que tout savoir n'est pas mort chez nous avec Clavier etVisconti, mais que le goût des arts antiques , l'étude de l'histoire et des langues, des monumens de l'esprit humain, vivent en France comme en Allemagne et en Angleterre.' Tout cela demandait qu'on y pensât mûrement.
Vous y pensâtes six mois, messieurs, et au bout de six mois , ayant suffisamment considéré , pesé le mérite, les droits de chacun des prétendans, à la fin vous nommez.... Si je le redisais, nulle gravité n'y tiendrait , et je n'écris pas pour faire rire. Vous savez bien qui., vous nommâtes à la place de Yisconti. Ce ne fiit ni Coraï ni moi, ni aucun de ceux qu'on connaît p<t>ur avoir cultiva quelque genre de littérature. Ce fut un noble, un vicomte^ un gentilhomme de la chambre. Celui-là pourra dire qui l'emporte en bassesse de la conr
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OU de l'Académie y é^nt de l'une et de Tautre, question curieuse qui a pa^u, dans ces derniers temps 9 décidée en votre faveur, messieurs^ quand vous ne faisiez réellement que maintenir vos pri- \ilèges et conserver les avantages acquis par vos prédécesseurs. Les Académiciens sont en possession de tout temps de remporter le prix de toute sorte de bassesses^ et jamais cour ne proscrivit un abbé de Saint-Pierre, pour avoir parlé sôûs Louis XV un peu librement, de Louis XIV, ni ne s'avisa d'examiner laquelle des vertus du roi méritait les plus'fades éloges.
Enfin voilà les hellénistes exclus de cette Académie dont ils ont fait toute la gloire, et où ils tenaient le premier rang; Coraï, La Rochette, moi, Haàse, Thurot, nous voilà cinq, si je compte bien, qui ne laissions guère d'espoir à d'autres que des gens de cour ou suivant la cour. Ce n^est pas là^ messieurs, ce que craignit votre fondateur, le ministre Colbert. Il n'attacha point de traitement aux places de votre Académie, de peur^ disent les mémoires du temps ^ qUe les courtisans n'y voulussent mettre leurs valets. Hélas! ils font bien pis, ils s'y mettent eux-mêmes, et après eux y mettent encore leurs protégés, valets sans gages, de sorte que tout le mondte bientôt sera de l'Académie , excepté les savans : comme on conte d'un grand d'autrefois , que tousses gens de sa maison avaient des bénéfices, excepté l'aumônier.
A MESSIEURS DE I/ACADEAriE.
Mais avant de proscrire le grec, y avez-vous pensé, messieurs? Car enfin que ferez-vous sans grec? voulez-vous avec duchinois, une bible copte ou syriaque^ vous passer d'Homère et de Platon? Quitter^-VOTis le Parthénon pour la pagode de Jagamaut., la Yénus^ de Praxitèle pour les magots de Fo-hi-Can ? et que deviendront vos mémoires, qil^nd au lieu de Thistoire des arts chez ce peuple ingénieux, ils ne présenteront plus que les incarnations de Yishou, la légende des fàquirs, le rituel du lamisme, ou l'ennuyeux bulletin des conquérans tartares? Non , je vois votre pensée;* l'érudition, les recherches sur les mœurs et les lois des peuples, l'étude des èliefs-d'œuvre antiques et de cette chaine de monumens qui remontent aux premiers âges, tout cela vous détournait du bi^t de votre institution. Golbert fonda l' Acadé-
mife des Inscriptions et Belles-Lettres/?ottr/îz«>« des (lei^ises aux tapisseries du rai, et en un besoin , je m'imaginej.aux bonbons de laj:*eine. C'est là votre destination à laquelle vous voulez revenir j;t vous consacrer uniquement ; c'est pour cela, que vous renoncez aj^rec ; pour cela, il faut l'avouer, le vicomte vaurmieux que Goraï.
D'ailleurs, à le bien prendre, messieurs, vous ne faites point tant de tort aux sapvans. Les sawans voudraient être seuls de TAcâdémie , et n'y souffrir que ceux qui. entendent un peu /e latin J'i/- Kempis. Cela j chagrine, inquiète d'honnêtes gens
parmi vous , qui iie se piquent pas d'avoir su autrefois leur rudiment par cœur; que ceux-ci excluent ceux qui veulent les exclure^ où est le mal, où sera l'injustice? Si on les écoutait ^ ils préten* ciraient encore à être seuls professe^, sous pré«texte qu'il faut savoir pour enseigner, proposition au moins téméraire, malsonnante, en ce qu'eUe ùte au clergé l'éducation publique; et sait<KHi^où cela s'arrêterait? Bientôt ceux qui prêchent l'Évangile seraient obligés de l'entendre. Enfin si les s*> vans veulent être quelque chose, veulent avoir dçs places, qu'ils fassent comme on Ëdt, c'est une marche réglée : les moyens pour cela sont connus et à la portée d'un« chacun. Des visites, des révérences, un habit d'une certaine Êiçon, des recommandations de quelques gens considérés. On sait, par exemple, que pour être de votre. Académie , il ne faut que pjaire à deux hommes, M. Sacy et M. Quatremère de Quincy, et, je crois, encore à un troisième dont le nom mè reviendra; mais ordinairement le suffrage d'un des trois suffit , parce qu'ils s'accommodent entre eux. Pourvu qu'on soit ami d'un de ces trois messieiu^et cela est aisé, car ils sont bonnes gens, vous^^^là dispensé dé toute espèce de mérite , de science , dé talens ; y a-tri\, rien de plms commode , et saurait-on en ^tre quitte à meilleur marché? que serait-ce, au prix de cela , s'il fallait gagner tout le publia, se faire.
un nom, une réputation? Puis, une fois del'Aca-
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demie y à votre aise vous pouvez marcher en suivant le même cheinin^ les places et les honneurs vous pleuvent. Tous vos devoirs sont renfermés dans deux précepties d'uiie pratique également "facile et sûre 9 que les moines , premiers auteurs de toute discipline réglementaire, exprimaient' ainsi' en leur latin : Bene diœre de Priore , facere officium suum taliter qualùer^ le reste s'ensuit né- . cessairement : Sinerejnundum ire quomodo vadit. Oh I l'heureuse pensée qu'eut le grand ]^apo« léon y d'enrégimenter les beaux-arts , d'organiser les sciences, comme les droits réaim; pensée vrai^ > înent royale ^ disait M. de Fontanes, de changer en appointemens ce que promettent l'es muses, un nom et des lauriers. Par-là, tout s'aplanit dans la litter^iure; pfir-là, cette carrière autrefois si pénible est devenue facile et unie. Un jeuift homme, dans les lettres, avance, fait son cher ^lin comme dans les sels ou les tabacs. Avec de la conduite, un caractère (loux, une mise dé« cente, il est sur de parvenir et d'avoir à son tîbur des places, des traitemens , , des pensions, des loge mens, pourvu qu'il «n'aille pas faire autrement que tout le monde , «e distinguer, étudier. Les jeunes gens quelquejb^ se passionnent pour l'étude; c'est la p^e as^ur6e de quiconque aspire aux emfdois de la ^ttér^pre ; c'est la mort à tout avancement, li'étud^ rend paresseux : on s'enterre dans ses livres; on devient rêveur, dis-
trait 9 on oublie ses devoirs; visites^ assemUëes, repas, cérémonies} mais ce qu'il y a de pis, Tétude rend orgueilleux ; celui qui étudie s'imagine bientôt en savoir plus qu'un autre, prétend à des succès, méprise ses égaux, manque à ses supérieurs, néglige ses protecteurs, et ne fera jamais rien dans la partie des lettres.
Si Gail eût étudié, s'il eût appris le grec, serait-it aujourd'hui professeur de la langue grecque, académicien de l'Académie grecque, enfin le mieux rente de tous les érudits ? Haase a fait cette sottise. 11 s'est jendu savant, et le voilà capable de remplir toutes les places destinées aux savans, mais non pas de les obtenir. Bien plus avisé fut M. Raoul Rochette, ce galant défenseur -de l'Église, ce jeune champion du temps passé. Il pouvait, comme un autre, apprendre en étudiant, mais bien il vit que cela ne le menait à rien, et il aima mieux se produire que s'instruire , avoir dix emplois de savant, que d'être en état d'en remplir un qu'il n'eût pas eu s'il se fat mis dans l'esprit de le mériter, comme a fait ce pauvre Haase, homme, à mon jugement, ^octe mais non habile, qui s'en va pâlir sur les livres, perd son temps et son grec , ayant devant les yeux ce qui l'eût dû préserver d'une semblable faute, Gail^ modèle de conduite', Kttçrateur parfait. Gail ne sait aucune science, n'optehd aucune langue :
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Mais s'il est par la brigue un rang à disputer, Sur le plus savant homme ou le voit remporter.
L'emploi de garde des manuscrits , d'habiles gens le demandaient ; on le donne à Gail qui ne lit pas même la lettre moulée. Une chaire de grec vient à vaquer, la seule qu'il y eût alors en France, on y nomme Gail, dont l'ignorance en grec est devenue proverbe ' ; un fauteuil à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, on place Gail, qui se trouve ainsi , sans se douter seulement du grec, avoir remporté tous les prix de l'érudition grecque, réunir à lui seul toutes les récompenses avant lui partagées aux plus excellens hommes en ce genre. Haase n'oserait prétendre à rien de tout cela, parce qu'il étudie le grec, parce qu'il déchiffre, explique, imprime les manuscrits grecs, parce qu'il fait des livres pour ceux qui lisent le grec, parce qu'enfin il sait tout, hors ce qu'il faut savoir pour être savant patenté du gouvernement. Oh ! que Gail l'entend bien mieux ! il ne s'est jamais trompé, jamais fourvoyé de la sorte, jamais n'eut la pensée d'apprendre ce qu'il est chargé d'enseigner. Certes un homme comme Gail doit rire dans sa barbe, quand il touche cinq ou six traitemens de savans, et voit les sa* ,vans se morfondre.
Messieurs, voilà ce que c'est que l'esprit de
» Tu t'y entends comme Gail au grec, proverbe d'écolier.
mais une fois sans plus, messieurs. Je n'ai fait, pour être des vôtres, que quarante visites seulement , et quatre-vingts révérences , à raison de deux par visite. Ce n'est rien pour un aspirant aux emplois académiques ; mais c'est beaucoup pour moi , naturellement peu souple , et neuf à cet exercice. Je n'en suis pas encore bien remis. Mais je suis guéri de l'ambition j et je vous proteste, messieurs, que, même assuré de réussir, je ne recommencerais pas.
Quant à ce qu'il ajoute touchant les principes de ceux que vous avez élus, principes qu'il dit être connus^ cette phrase tendant à insinuer que les miens ne sont pas connus, me cause de Tinquiétude. Si jamais vous réussissez à établir en France la Sainte-Inquisition , comme on dit que vous y pensez , je ne voudrais pas que l'on pût me reprocher quelque jour d avoir laissé sans réponse un propos de cette nature. Sur cela donc j'ai à vous dir^ que mes principes sont connus de ceux qui me connaissent, et j'en pourrais demeurer là. Mais, afin qu'on ne m'en parle plus, je vais les exposer en peu de mots.
Mes principes sont, qu'entre deux points la ligne droite est la plus courte ; que le tout est plus grand que sa partjie ; que deux quantités^ égales chacune à une troisième, sont égales entre elles.
Je tiens aussi que deux et deux /ont quatre; mais je n'en suis pas sûr. ' '
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, Voilà mes principes , messieurs , dans - lesquels j'ai été élevé, grâce à Dieu, et dans lesquels «je veux vivre et mourir. Si vous me demandez d'autres éclaircissemens ( car on peut dire qu'il y a * diffiéfens principes en différentes matières, comme principes de grammaire ; il ne s'agit pas • de ceux-là , ces messieurs ne sachant , dit-on , ni grec, ni latin; principes de .religion, de morale, de politique), je vous satisferai là-dessus avec ia même sincérité.
Mes principes religieux sont ceux de ma nourrice, morte chrétienne et cathçliqUe, sans aucun soupçon d'hérésie. La foi du centenier, la foi du charbonnier sont passées en proverbe. Je suis soldat ^et bûcheron, c'est comme charbonnier. Si quelqu'un me chicane sur moii. orthodoxie, j'en appelle au futur concile. ,
Mes principes de morale sont tous renfermés dans cette règle : Né point ^ faire à autrui ce que je ne voudrais pas qui me fut fait.
Quant à mes principes politiques , c'est un symbole dont les articles sont sujets à controverse. Si j'entreprenais de les déduire, je pourrais pial m'en acquitter , et vous donner lieu de me confondre avec des gens qui ne sont pas dans mes sentimens. J'aime mieux vous dire en i|n mot ce qui me distingue, me sépare de tous les partis, et fait de moi un homme rane dans le siècle où nous soinmes; c'est que je ne veux, point être
igO LETTRE ▲ MESSIEURS DE l' ACADÉMIE.
roi y et que j'évite soigneusement tout ce qui pourrait me mener là.
Ces explications sont tardives et peuvent paraître superflues, puisque je renonce à l'honneur d'étpe admis parmi vous, messieurs, et que sans doute vous n'avez pas plus d'envie de me recevoir que je n'en ai d'être reçu dans aucun corps littéraire. Cependant je ne suis pas fâché de désabuser quelques personnes qui auraient pu croire, sur la foi de ce journaliste, que je m'obstinais, comme tant d'autres, à vouloir vaincre vos refus par mes importunités. Il n'en est rien, je vous assure. Je reconnais ingénument que Dieu ne m'a point fait pour être de l'Académie , et que je fus mal conseillé de m'y présenter une fois. ^
Paris, le %o mars 1819.