DIOGÈNE
Un jour Diogène préparant son repas, nettayaif quelques herbes dans le bassin des Neuf Fontaines, et Aristippe sortant de chez lui, tout paré, tout parfumé , allait dîner chez Sosicrates , président de l'Aréopage. En voyant le cynique il se prit à rire , et l'autre fronçant le sourcil : Si tu savais, dit «il j vivre de ces herbages, tu ne ferais pas la cour aux grands. Et toi, répondit Aristippe, si tu savais plaire aux grands , tu ne vivrais pas d'herbages.
Un homme qui passait par4à s'arrêta près d'eux et dit :• Parle sincèrement, Diogène : lorsque le vent et la pluie t'assiègent la nuit dans ton tonneau, ne t'arrive-t-il point de penser que tu serais mieux logé dans une chambre bien close, et nïieux couché dans un bon lit? Par le froid qu^il fit cet hiver, ne fus^u jamais tenté de croire que si une tunique n'est pas nécessaire à l'homme,
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elle lui est quelquefois bien utile ? et à cette heure même si tu étais sûr que personne ne te vît , ne laisserais-tu pas de bon cœur tes tristes lupins poui* un jambon de Corinthe ou quelque pâté de Sycione? En bonne foi, tu né nous diras pas que de pareilles idées ne te viebnent j,amais à l'esprit, et alors (que sert de le nier? ) tu te ferais bien volontiers parasite comme celui-ci^ n'était la bonté qui te retient et le nom de Diogçne. Et toi, dans le palais de Denys, quand l'huissier te laisse à la porte et fait entrer Philoxène, quand un esclave favori te regarde de trav^p$ , o^, ne te rçgardç pas; quand Galatée te.prend par la barbe* et te fait dans^er la cqrdace devant les convives ^ ne trouves-tu pas alors ton dîner bien cher, et ton. métier dur? Mais si le tyrâp vient à découvnr ou $eule.uieiit à soupçonner quelque complot contre sa vie, quaud tu vois les UJ(is uus à mort, le3 autres à la torture, et qu'un de tas t>ons apiis dfi cour te dit tput bas : Songez à vou$ ; estil alors de mendiant dont tu n''envies la opnditiou ? Qu'avez-vousî donc à vous reprocher? u'êtesvous pas taus d^uix. également misérables , l'un sur le fumier, et l'autre sur la pourp^pe-, comme vous êtes tous déui bouffons , l'un à la foire, l'autre à la cour? Écoutez ^ ajouta-t-il,- je veux vous rendre service ; et s'il vous reste un peu de cervelle , prenez chacun le parti que je vais vous proposer : dites adieu ,:^run au* gri^d monde et
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l'autre à la canaille : toi, Aristippe, quitte tes odeurs, ta frisure, tes beaux souliers ; et toi , Diogène, habille-toi. Je te mènerai chez Télonide, le fermier des douanes du Pyrée, il est de mes ami^ : ilt'emploiera ; et pour peu que tu veuilles travailla, on fera de toi quelque chose. Celî^ vaudv^ toujours mieux que de tendre ici la main, ou dp faire de la fausse monnaie comme on m'a dit que tu t'y amusais quelquefois dans ton p^ys. Pour toi, Aristippe, je vèu?; te f^ire avoir ime bonne hôtellerie sur le marché au poisison. C'est là le vrai lot d'un gourmand comme toi. Au lîeu d'escroquer des dîners, .tu feras dîner les autres. Vous riez , marauds que vous êtes , vous ne méritez pas la bonté que j'ai pour vous; voilà ce que c'est que de s'intéresser à de pareils coquins. Je vois bien, mes amis, vous êtes trop philosophe^ pour vouloir rien faire de bon, et trop habitués aux grimaces pour avoir jamais un air d'honnêtes gens. Continue, Diôgène, à coucher dans la rue : crèye plutôt que de t'en dédire; et toi, va prêcher la sagesse parmi les filles de joie, la Uberté chez les tyrans. Jette ton argent par les chemins, possède sans être possédé..... Vous enragerez les* trois quarts du temps, mais on vous adinirera. Qu'importe d'être heureux, pourvu qu'on soit célèbre.
Et qui es-tu, dit Aristippe, toi qui harangues si bien? Je suis, répondit-il, Straton de Phalère ,
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fils de Nausidèsy patron de navire , gendre de Cléon le corroyeur. J'ai trente talens en biensfonds' aux environs de Chalcis et quinze talens d'intérêts dans les mines du mont Parnète. Avec cela je ne fais pgint ma cour aux tyrans, car je n'ai nulle envie de les connaître , et je crains fort d'en être connu. Je ne jette point mon argent, ni rie laisse voir mon derrière afin qu'on parle de moi; mais je vis content dans ma famille, joyeux avec mes amis, paisible avec tout le monde, et je me moque des philosophes.
A la Véronique, le io octobre i8oa.