‹ Œuvres completes de P.-L. Courier (volume 5)Chapitre 46 sur 57 · DES ORATEURS · texte numérisé non relu

DES ORATEURS

COMPARE X CEi;.UI

DES ATHLETES.

Je me Mis souvent étonné que dans ces jeux solennels dont la magnificence attire le concours de toute la Grèce , on prodigue aux hommes qui excellent dans les exercices du corps les prix et là gloire , et qu'on ne songe point à honorer ceux qui, en cultivant leur esprit , ont acquis des talens plus rareis et sans doute hien plus dignes de l'attention du public. Car ce -qu'on admire dans les athlètes, leur taille, leur vigueur, leur souplesse , n'a rien qui puisse être utile à d'autres

qu'à eux-mêmes ; et leur force fût-elle double de ce que nous la voyons, il n'en résulterait pour personne aucun avantage; au lieu que la sagesse

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d'un seul homme dont l'esprit s'est élevé par de longues études à des connaissances sublimes^ est un trésor ouvert aux particuliers et aux peuples qui veulent en profiter. Au reste ^ ces réflexions-là ne. m'ont point enèore découragé, et, faute de pouvoir prétendre à des honneurs si éclatans , je n'ai pas ci*u devoir pour cela renoncer à des travaux dont je ne désire pas d'autre prix que le mérite d'avoir su exprimer convenablement quelques pensées qui parusisent dignes d'être conservées dans la mémoire des hommes.

Aujourd'hui je me propose d'exhorter les Grecs à s'unir contre les barbares; sachant au reste que ce sujet a été traité plusieurs fois par des hommes qui font profession d'esprit et d'éloquence, mais sûr en même temps de faire oublier tout ce qu'ils ont pu dire, et copvainiGU d'ailleurs que le succès d'un discours dépend avant tout dû choix du syjet, qui^ pour seconder le génie de l'orateur, doit être grand, noble, élevé, en un mot , profère par lui-même à Qxciter et à SQUtenir l'attention des auditeurs. Tel est celui-ci dont j'avouerai que les sophistes se sont emparés le$ preiniers ; mais cette raison n'empêche pas qu'on n6 puisse encore se faire, écouter avec intérêt sur la même matière; car de teb discours paraissent tardifs, lorsque les af&ires sont si avancées qu'il n'e^ plus permis de délibérer, ou superflus, lorsque d'autres en ont parlé de ma-

COMPABi A CELUI 0£S ATHLÈTES. 4^7

nvkre à laisser pw de chose à dire après eux. Mais tant qu'on ne voit rien dans le cours des afiEstires qui annonce une f^n , <et rien de remarquable daus ce qui s'en e^t di^, de quoi me blâ* mera-t'^on si j'essaie encore de faire entendre aux Grecs des discours capables , s'ils sont écoutés, d'arrêter la guerre qu'ils se font entre eux, de ijétablir. l'ordre dans 1^ états bouleversés, et de prévenir pouc la suite les malheurs qui nous menacent tons? convenons d'mlleurs que si lès objets sur lesquels s'exerce l'art de l'orateur , ne ^ pouvaient peindre que d'une seule manière et sous un seul point de vue , il serait ridicule de venir,. • après tant d'autres , présenter encore sur une trame u$ée et les mêmes dessins et les mêmês^ couleurs. Mais puisque L'on sait au contraire que la puissance de cet art est de changer à son gré la forme et l'espèce des choses, de montrer petit ce qui était grand , et d'ajouter de la grandeur à ce qui était humble et faible, de faire prendre un air antique aux choses les plus nouvelles , et de cacher la vétusté sous une apparence de fraîcheur, n'évitons donc pas les sujets que d'autres ont déjà touchés , mais employon&-le^ de façon qu'ils nous paraissent propres ; ou plutôt montrons par l'usage que nous en savons faire, qu'ils nous appartiennent véritablement. En effet toutes les querelles qui peuvent intéresser les hommes sont du domaine de l'éloqueuDe, et chaque por-

4o8 %uti u xiurE des o&atei;b5, etc.

tion de cet héritage, oommiui à tons les orateurs* appartient de droit non an premier oocûpant « mais à celui de tous qui la cnitiTe le mieux. Poiir moi , je ne doute pas que la science de la parole, ainsi que les autres arts, ne fit plus de progrès vers la perfection , si les hommes admiraient non le premier qui parle sur un sujet nouveau, mais celui qui en parle avec plus d'art et d'habileté ; non ceux qui cherchent à surprendre par des discours dont personne n'eut jamais d'idée, mais ceux qui savent en composer que personne ne peut imiter

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