AMANT DE SA SOEUR
degrés dans le mal ainsi que dans ]e bien , quelque détestable que l'inceste soit en eflfet par luimême, cependant les circonstances peuvent encore l'aggraver, et il ne faut pas douter qu'il n'y ait une grande différence entre celui qui simplement fait sa maîtresse de sa sœur et celui qui en fait sa femme; car ce dernier joint à l'inceste la profanation. Le mariage en ce cas seulement est pire que l'adultère, et ce sacrement, par lequel toute autre union est sanctifiée , rend celle-ci plus exécrable. Pourquoi? c'est une explication que sûrement vous n'attendez pas de moi.
Ces matières sont délicates,. d'ailleurs au-dessus cle ma portée j et il y a des crimes qu'on ne peut, sans se rendre soi-même coupable, examiner de si près. Renfermons au-dedans de nous l'horreur^ que celui-ci jiious inspire^ Retenons notre langue et même notre pensée, de peur que, quand la majesté divine reçoit ces sanglantes blessures, les rappeler ne soit lui faire un. outrage de. plus. A ces mots qui firent , disait mon cousin , une grande impression sur tout l'auditoire , maître Pierre s'arrêta. Mais son silence même ayant je ne sais quoi de myBtérieux, ajoutait encore à l'effet de son éloquence, qu'il semblait ne iietenir ainsi que pour en* grossir le torrent. Bientôt en effet il réjprit : Sans doute le monde est menacé de quelque grande catastrophe, et s'il est vrai que la méchanceté doive augmenter jusqu'à la
4iS l'espagnol
des savans cet air qui semblait s'élcdgnfer du langage vulgaire ^ mais que 9 dans le dogme et la croyance^ ils différaient d'autant moins du commun des hommes, quepour l'ordinaire ils se mêlent peu de ce qui regarde ces matières , dont ils se rapportent aux juges établis de Dieu pour cela ; que les damnés auteurs de ces schismes j qui font tant de bien et dé mal depuis qiielque temps, n'étaient pas des philosophes, mais des théologiens^ que du philosophe au dévot la différence était la même que d'un courtisan qui loue lef prince pour avoir part à ses faveurs, aux ma* gistratsqui expliquent ses sages réglemens sans prétendre à aucune grâce; que la science et la sagesse , depuis Salomon à qui Dieu donna l'une et l'autre, étaient rarement séparées. Voilà par quelles raisons je défendis maître Pierre. Mais je m'aperçus bientôt qu'en voulant le justifier^ je me faisais tort à moi-même , et que je gâtais mes affaires, sans rendre la sienne meilleure. Cette réflexion fut cause que je n'en dis pas davantage. L'accusé demanda qu'il lui fut permis, attendu qu'il s'expliquait mal en français , de prendre un avocat, et la cour y consentit; il choisit maître Fijac^ homme haUle et des^ mieux parlans que j aie jamais' entendus. Voici ce qu'il dit à peu près.:
« Je vois tout le monde persuadé que la cause dont je mê chargé est désespérée , et que les ac-