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de cette YÎile , écrit vers la fin du XIII** siècle , et coDtenaiit différents erotiques grecs, tels que ies Pastorales de Longus le sophiste. Le gouvernement , par une disposition Traiment sage , avait ordonné que non-seulement les manascrit0 9 mais encore les livres et tous les objets d'art ou de science existant dans les bibliothèques des moines supprimés de laToscane, fussent rèQueillis.par une commission créée à cet effet. Par Teffet de cette précaution, on empêch&it qu'une foule de choses rares et d'importance ne fussent ou endommagées, ou égarées, ou perdues. Déjà notre bibliothèque , comme toutes les. autres bibliothèques publiques, a commencé à recueillir les fruits d'une mesure aussi louable, et le manuscrit dont je tous parle est parmi les acquisitions qui l'ont enrichie. Je ne vous rappellerai pas la valeur d'un tel trésor, ni combien il est estimé et connu des^ savans ; je vous dirai setilemeiït que c'est l'unique copie qui nous reste des écrits de Xénophon l'Éphésien et deChariton. Le premier, comme vous savez, fut publié par notre illustre Gocchi , le second par d'OrvîUe à qui , sans nul souci de sa propre gloire^ Gocchi fit présent d'une copie qu'il avait préparée pour la publier lui-même. Tant il est vrai que nos savans convaincus que là science est le patrimoine de tous, se sont toujours montrés généreux et empressés dans tout ce qui a la littérature pour objet, et ont dédaigné le monopole des trésors littéraires qu'ils possédaient.
Le père Montfaucon vit cette copie, et dans Vouvrage
qu'il publia sous le titre de Bibliotheca bibUothecarum , il fit dès 1799 meotioQ spéciale des Pastorales de Longus qui se trouvfsnt dans ce manuscrit. D'OryilIe aussi enparla^ loraqu'en 1 760 il poblia le roman de. Chariton aphrodisien> et notre incomparable SaWini , dans la préface qui est en
tête de son élégante traduction des Amours d!Abrocome et d*Ântie de Xénophon Éphésien, publiée en. 1767, ne manque pas non, plus.de le citer.
On ne saurait donc trop s'étonner , qu'il me soit perous de le dire, que M. Villoispn, qui a donné en 1778 une bçUe édition. de Longue , ait négligé de confronter le texte delà copie de Florence et se soit contenté de quelques manuscrits incorrects et en petit nombre qui 9e trouvent à la Bibliothèque royale jde Paris , se bornant à reproduire Pédition de Colojmb^ni y, premier éditeur de Longus d'après la copie, ainsi que iui-mêime nous l'apprend 9 qMÎ se trouve daps la bibliothèque Alamanni.
Villoison amr^ pensé que le manuscrit de l'abbaje Florentine était le naênieque celu^ dont s'était seryl Colombani y et en, conséquence il f*aura jug(^ inutUe à soa.pbjet. Sans doute cette Idée se s^ra, élevée en lui au degré de certitude absolue, en voyant que le manuscrit rappelé par Colombani C|e s'était point retrouvé dans la famille Alamanni ; mais.cet^e réQexiqn nedevai^t pas l'empêcher dç consulter de nouves^u^t et sans parler d'autres, motifs 9 il aurait dû penser que les premiers éditeurs, avec toute l'attention imaginable, corn» mettent souvent des erreurs, soit à raison de la nouveauté
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dès recherches^ soit à cause delà négligence des imprimeurs, soit enfin par toutes autres causes qui ne peutent manquer de se présenter à l'esprit d'un critique érudit et clairvoyant; S'il se fût livré à ces recherches , il aurait découTert que le manuscrit de Tabbaje Florentine est tout antre chose que celui d'où ou à tiré Ia*premièré édition dé 15949 ^^ 7 aurait trouré la fameuse lacune du livre premier entièreiïient rem* plie, et le monde savant jouirait depuis longues années du ronian de Longue, plus correct et plus complet; un pareil trésor ne Serait pas resté enseteli jusqu'à nos jours , pour être détîouvert , je ne sais s'il faut s'eb affliger ou s'en glorifier , de la manière que je vais vous le raconter.
M. Courier, savant officiet français^ qui cultive avec passion les lettres grecques , vînt me trouver vers le commencement de novembre dernier avec M. Renouard, imprimeur fort instruit, de Paris, qu'il avait rencontré à Bologne se dirigeant comme lui vers cette capitale de la Toscane. Je connaissais déjà beaucoup M. Courier pour l'avoir vu autreibis fréquenter la bibliothèque Laurentienne , et parce qu'il m'atait été adressé , il 7 a deux ans environ , et reconi* mandé par M. l'abbé Andrès, et par mohseigneilr MariAI , deux ûoms qui suffisent pour tout éloge. J'avais été prié par ces savans de prêter mon aide à M. Courier ef de Itii laisser CH)nsulter nos cbpies de Xénophon, dans le but d'illustrer le Traité de la cavalerie et celui de l'Hipparehique quMI voulait dès-'lors publier. Je répondis de tout moiizële à sbh empre^ement et aux désirs de mes respectables
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maîtres et amis, et je le fis arec un véritable plaisir, imagi* nant voir se renouveler en lui l'exemple de Xénophon, de Polybe et de Palmer, qui surent au milieu du bruit des armes et des cris des combatlans. se livrer à l'étude pleine de charmes de la littérature , montrant ainsi que ce n'est pqis sans raison que les anciens imaginèrent la |ille de Jupiier en même temps guçrrière et souveraine des arts et des sciences. Je le revis* avec d'autant plus de joie que le génie tutélaire qui veille sur les hommes studieux me le ramenait sain et sauf des bords du Danube où l'avaient appelé la voix de l'honneur et le bruit de la guerre. Après les complimens réciproques , il me pria de la plus gracieuse manière de conduire son ami à la bibliothèque Laurentienne , pour admirer tout ce qu'elle renferme de rare et de précieux ; car, ajoutait-il, quel regret n'emporterait-il pas si, ayant traversé* l'Athènes de l'Italie, il en. était parti sans' avoir rendu sa visite et son hommage à un sanctuaire si fameux de la savante antiquité I J'accueillis cette prière aVec plaisir, et nous allâmes ensemble à la bibliothèque où tout cq qui mérite d'être vu fut mis sous les yeux des deux sayans voyageurs. Entre mille objets de conversation, M. Courier me demanda s'il existait quelque copte manuscrite de Longus , parce que, disait-il , son intention était de publier le roman de Daphniset Chloè. Il désirait voir s'il y avait moyen de remplir ia lacune qui se remarque dans le P' livre de cet auteur. A peine m'eut-il fait part de son intention, que,
tout transporté j je lui indiquai le manuscrit de l'abbaye
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Florentine où se trouYent, parmi led autres erotiques, les Pastorales de Longus; je présume , lui dis-je, que la lacune n'existe pas dans cette copie qui est de la plus haute ancienneté >. et qui n'a encore, que je sacbe> été consultée par personne.
Nous jetâmes avec empressement les regards sur l'endroit .défectueux, et nous trouvâmes avec joie que rien, dans cette copie, ne. manquait au texte de. l'auteur. Enchanté de cette découverte que nous venions de faire en commun, M. Courier me pressa de lui accorder la permission de copier le précieux complément et de collationner ensuite tout le texte de Longus. Je cédai très-volontiers à cette demande, rien né m'étant plus agréable que de favori* ser par mon zèle et mes conseils les efforts des sarvans, et de faire honneur à la bibliothèque dontj'ai le bonheur d'être, le cheîi
Moi-même alors,, conjointement avec l'abbé Bencini mon sous-bibliothécaire, très-versé dans les études gréeques, je dictai le complément, et nous lui évitâipes ainsi une peine très-grande , une longue et ennuyeuse fatigue en déchiffrant ces caractères très-fins , presqu'effacés à force d'ancienneté et, en. beaucoup d'endroits, à peine. visibles, capables enfin d'arracher les yeux. Je me servais pour cela de loupes excellentes, cooune on peut le voir par ce que j^en dis dans les Prolégomènes de mon Ésope grec-latin , publié l'année dernière et tiré du même maimscrit où l'on trouve un plus grand nombre de fables qu'on n'en . ccnnais-
sait, et écrites d'uD style un peu difTéientde celai des tables publiées par le mofue Planude.
Quelque étendues que fussent les connaissances de M. Courier dans la langue grecque, il lui manquait Tbabi-» tude de lire des caractères difficiles et obscurs , et il avoua luininême qu'il lui aurait, fallu quarante jours pour Tenir à bout de lire cette copie» Vous voyez donc bien , mon cher ami, quelle part nous avons eue dans la découverte de ce passage de Longus , et combien M. Courier répond mal à nos soins et aux secours que nous lui avons donnés , lors** que , dans notre Gazette Universelle n* go, en parlant de ce (kit, non-seulement il ne nous ftccorde pas Téloge que nous *mélfîtons , mais encore il l'expose de manière à faire entendre qu^ôn connaît à peine dans notre ville le nom des lettres grecques, ainsi que le prix 'et l'utilité des anciens manuscrits I Cette injustice doit être attribuée à quelque distrac- ' tion d'esprit; Car il n'ignore pas qu'il y a peu de villes, je ne dis pas eu Italie , mais dans quelque pays et à quelque époque que ce soit, où ces études soient plus florissantes qu'elles ne le sont ici. Savoir ensuite si nous ^apprécions les monumens de l'antiquité savante et les manuscrits que possèdent nos bibliothèques , nous en attestons les auteurs classiques qui sont fréquemment reproduits, à la demande des savans étrangers ou kiationaux, plus corrects ou plus complets, ou plus 'enrichis de ces om^eUs solides qui contribuent si fort à améliorer et à accroître lesconnaissânces humaines^ '.. ,« .
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Monsieur Courier ayant donc obtenu , grfiee à nos soins^ la copie qu*il désirait ^ et Tajant plusieurs fois encore collationnée avec le texte , après quelques jours d'un exercice la** borîeux pour se mettre au fait du manuscrit^ se mit en devoir de cpllationner le texte entier de Longus. Gomme il avait pris des arrangemens avec M. Renouard pour en donner à Paris une édition , et celui-ci devant sous peu de fours retourner à Paris 9 )e permis 9 afin que M. Courier pût t^rmî* ner sa confrontation 1 et profitât de l'occasion, pour envoyer les variantes du manuscrit ains^ que les autres recherches qu'il avait faites sur Longus, je permis qu'il demeurât depuis neuf heures du matin jusqu'au soir dans la bibliothèque , et cela au grand dérangement des employés. Nous nous associâmes, le sous-bibliothécaire et moi, à ses laborieuses recherches, et, avec notre aide, l'ouvrage avançait rapidement.
Le 10 novembre, nous touchions au but tant.désii^, lors-^ que prenant moi-même le manuscrit de& pains de Jl. Courier , pour le replacer dans mon bureau, ce qui se faisait tous les joiirs, j'y remarquai une feuille d'une autre couleur que les autres et plus larges qui m'y parut étrangère; j'ouvrii aussitôt le manuscrit à cet endroit pour en ôter cette feuille inutile, -et dont le contact pouvait nuire aux pages, déjà si usées par le temps, de notre précieuse copie.. ... Oh ciel l quel fut mon effroi, quelle fut ma douleur en vpyantque
cette feuille était attachée à la page du manuscrit , en re-
marquant une énorme tache d^^nçre, laquelle , en séchant ^