ACTUM
même place^ où commenoe h supplésoieiit dé la laciiDe, on a entièrement , soit arec l'ongle, soit arec «n grattoir^ eiSacé la trobième partie d'un vers , et Toii toit la même chose pratiquée au vers dix-neuTième et ailleurs, en sorte que par ce moyen on a fait dispanntre plusieurs fiiota-qui auparavant étaient intacts*
Tel était l'état de la tache et-de la page aranl; qu'on la soumit au procédé chimique j j'ai touIo tous en donner une idée, afin que vous puissies savoir le mieux possible comment a été endommagé un manosciit si fameux et respecté par tant de siècles.
Je continue maintenant le récit des opérations diimi-
ques. D'abord, les premières tentatives du célèlire' professeur firent concevoir les plus belles espérances de socoès , iQrsqu'on vit que l'acide préparé par lui attaquait rencre nouvelle, lui ôtait sa couleur noire et laissait eiicore pnrait)re Tanoienne écriture qui était reistée intacte dans lejreste de la page. On espérait en conséquence venir à bomt d'enlever entièrement ce voile épais, et de découvrir les traces de la première écriture; mais après vingt essais répétés diirant un pareil nombre de )ours, dans le ca-^ bînet de M. le conservateur^ en sa présence,, et devaat un grand nombre de savans qui faisaient des vœuac pour le Salut de l'infortuné Longus-, on n'obtint rien autre chose que d'anéantir la couleur noire de l'encre moderne ; tandis que la partie jaunâtre résultant de l'oxide de fer dont elfe était naturellement et même excessivement char-
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gée, ne put point être enivrée. L'ancienne écriture ne »'é;tant ptreillement conserrée que par la propriété de l'oxide de fer, Il s'ensuit qu'elle demeure, malgré tou9 les efTorts^ con^ndue et comme absorbée par la plus nouvelle > sans aucun espoir de réparation. Voilà le récit exact et slaeére â^ ce qui est arriré à ce malbeureux manuscrit. Vous en serex affligé comme mol en* pensant qu'un seul instant a pu détruire ce que cinq siédes «valent conservé intact. Cet exemple prouve que nous sommes injustes quand nous accusons de la perte des monumens de rantiqulté, plutôt Tin-
jure du temps que la négligence des hommes.
Mais vous demanderez à présent quelle impression un tel événement a produit sur l'esprit des gens de lettres 1 Je vous dirai qu'ici tout le monde en a été indigné au dernier point 9 et jMmagîne que ceux qui sont plus éloignés et qui auront appris ce malheur auront éprouvé le naême sentiment. Toutes les personnes auxquelles j'ai fait^ simplement le récit de cet événement ont eu grande peine à croire qu'il soit arrivé de la manière que je vous l'ai raconté, de la manière que voiis l'avez appris, et ainsi que M. Courier luimême l'a exposé. Il y a dans ce récit des circonstances qu'elles ne savent pas expliquer pour la justification de l'auteur du dommage. Par exemple : pourquoi a-t-41 remué l'encre plutôt avec les barbes qu'avec le bec de la plume, comme c'est l'usage P et en admettant qu'il en soit ainsi , pourquoi a-t-il laissé sur la table cette plume devenue inutile et dangereuse, au Tieu de la jeter par terre? Elles réflé-
chissedt ensuite qu'on n'aperçoit pas le besoin de reniuep Tenore dans un encrier tout nouyeUement préparé 9 dand un temps où, par la disposition naturelle^de ratmosphère, Tencre se consenre pendant plusieurs jours coulante et fluide. Bien plus 9 elles songent que puisqu'il s'agissait simplement de collationner, l'occasion d'écrire était rare. Mais qu'on^ admette toutes ces explications -, on dit alors : Il faut con— Tenir ou que la plume ainsi souiHée d'encre tomba sur 1» feuille qui,, se trouvant par hasard sur la tabb, fut ensuite placée dans le manuscrit pour servir de marque, ou bien qu'étant d'abord tombée sur la table , elle fut ensuite jetée par mégarde sur la feuille. Supposons le cas où la feuille serait venue à tomber sur la plume, tout le monde comprendra que le contact a dû être si léger que la feuille n'a pu s'imbiber d'une assez grande quantité d'encre pour produire une tache si épaisse, si éteûdue et si pénétrante ; on le, conçoit d'autant tnoîns que la pldmç étant d'abord tombée sur la table, a dû se décharger d'une partie de l'encre* Admettons maintenant ij^ue la plume ait été posée , ainsi remplie d'encre, sur la feuille ; mais alors M. Courier l'aurait certainement vue cette feuille, .et il n'aurait pas été assez cruel pour la placer comme marque dans un manuscrit si précieux ; d'autant plus que cette marque était fort inutile > puisque le supplément avait été plusieurs fols collationné par nous sur le manuscrit , et qu'il était depuis longtemps copié ! et quand il n'y eût pas fait attention , ce qui parait impossible, cette feuille n'eût pu manquer d'être
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aperçue , soit par mon sous-bibliothéraire 9 soit par 'moimême ; quoique Tuo de nous deux fût toujours préseot tout le temps que dura le travail de M. Courier^ il faut déclarer que ooùs ne le TÎmes jamais faire de marques dans le manu*scrit. Il fiiut que M. €ourier ait profité, ce jour-là, pour placer cette feuille, de la courte. absence que le sous-bibliothécaire fut forcé de faire pour la satisfaction de quelques besoins urgens et inéritables.
En outre, on ne sait pas expliquer d'une manière plausible, qui, dans diverses parties de la page,, a distrait l'ancienne écriture , qui certes était intacte aupai^ayant , à l'exception de quelques parties que le temps arait presque effiicées , et dont la lecture lui eût été impossible si nous ne lui eussions prêté les secours nécessaires.
Mais ce qui révolte non t seulement les savans , mais toutes les personnes de sens , c'est d'avoir refusé avec ingratitude , après l'avoir solennellement protAis, une copie de ce passage à une Bibliothèque où il avait été si bien reçu.
Tous ceux qui ont entendu parler de cet évèneihent se livrent à ces réfle|iens ^t à d'autres encore. Quant à moi, je ne vous ai raconté ces faits que dans l'intérêt de l'histoire, et nullement dans une autre vue; je ne dois pas scruter les pensées et les sentimens des autres, averti que je suis à cet égard par ce conseil d'£iiripide :
'Aydj»«TOty ymfjuii ^oXXrci
Iphio. XZf AUL.
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C'est i M. €ourier, qui seul connaît très-bien les véritables circonstances qui ont malheureusement concouru à faire périr une partie précieuse de l'un des plus fameux manuscrits de l'Europe 9 c'est à lui qui a fait disparaître un passage si intéressant d'un auteur classique dans le lieu même où cet auteur ayait été conservé 9 et où il avait été admis à le consulter; c'est à Lui^.dis-je^ à se justifier en face du monde savant de son inadvertance et du dookinage irréparable qu'il a causé.
Mais je pense que je vous ai causé assez d'ennui et de chagrin ; je finis en vous souhaitant de la santé et du bonheur, adieu.
Delà Bibliothèque Médico-LaureDline. — Florence, le 5 février i'8xb.