A MONSIGNOR MARINI
A ROME
Livourne , le 6 mars 1808.
Monseigneur, depuis mon départ de Rome j'ai couru, sans m'arrêter, toute l'Italie, et n'ai trouvé qu'ici où reposer ma tête. Voilà pourquoi j'ai tant tardé à vous donner de mes nouvelles. Maintenant je me crois pour quelque temps à Livourne , et j'y attends vos lettres comme la meilleure chose que je puisse recevoir, quelque part que je sois. Je n'ai pas voyagé seul , mais avec mon Xénophon, c'est-à-dire en bonne compagnie. A Florence , j'ai collationné trois misérables manuscrits qui ne m'ont payé de ma peine que par la certitude acquise qu'ils ne contiennent rien qui vaille. Un des vôtres et un de Paris sont les seuls qui m'aient fourni quelques bonnes leçons. Avec ce secours et mes conjectures , j'ai rétabli plusieurs passages , et j'en laisse peu à corriger. En un mot, je crois avoir fait tout ce que pouvait faire un soldat, expliquant aux savants ce qu'ils ne peuvent savoir, suivant la M -.tractent fabriliaf abri. Si M. Amati a fini la collection de ce premier livre de VAnabasis ' , et que vous ayez quelque moyen de me faire parvenir son travail, adressezle-moi ici, je vous prie, ou à Florence à M. le général d'Arancey, commandant l'artillerie. Par la poste, vous voyez bien que ce serait ma ruine. Si vous ne trouvez point d'autre voie, gardezmoi cela, et je tâcherai de le faire venir à moins
de frais.
J'espèreque vous ne perdrez rien à tous ces changements qui se font dans votre gouvernement. L'empereur fait profession d'aimer et protéger les lettres , et votre réputation vous garantit de l'oubli de quelque gouvernement que ce soit.
D'ailleurs , vous avez un emploi qu'on ne peut ni supprimer, ni donner à d'autres qu'à vous. Ainsi , la volonté du ciel, Monseigneur, soit faite en toute chose! et le ciel ne peut vouloir qu'un homme comme vous soit malheureux dans ce monde-ci , ni dans l'autre.
Écrivez-moi bientôt ; informez-moi , je vous prie , de votre santé , de votre état actuel , et de vos espérances pour l'avenir ; rien au monde ne m'intéresse plus que ce qui vous touche. Vous fûtes ma première connaissance lorsque je vins
I Dont l'avait chargé M. Courier.
ÉCRITES DE FRANCE ET DTTALIE
à Rome , et depuis je n'ai rien connu de meilleur, ni à Rome ni ailleurs.