‹ Œuvres complètes de P.-L. CourierChapitre 14 sur 203 · DE LA PAROISSE DE VÉRETZ (DÉPARTEMENT D'INDRE-ET-LOIRE · texte numérisé non relu

DE LA PAROISSE DE VÉRETZ (DÉPARTEMENT D'INDRE-ET-LOIRE

On recommande à vos prières le nommé Paul- Louis , vigneron de la Chavonnière , bien connu dans cette paroisse. Le pauvre homme est en grande peine, ayant eu le malheur d'irriter contre lui tout ce qui s'appelle en France courtisans, serviteurs, flatteurs, adulateurs, complaisants, flagorneurs et autres gens ^ivant de bassesses et d'intrigues, lesquels sont au nombre, dit-on , de quatre ou cinq cent mille, tous enrégimentés sous diverses enseignes et déterminés à lui faire un mauvais parti; car ils l'accusent d'avoir dit, en taillant sa >1gne :

Qu'eux, gens de cour, sont à nous autres, gens de travail et d'industrie , cause de tous maux;

Qu'ils nous dépouillent, nous dévorent au nom du roi , qui n'en peut mais ' ;

Que les sauterelles , la grêle , les chenilles , le charançon ne nous pillent pas tous les ans, au lieu que lesdits courtisans des hautes classes s'abattent sur nous chaque année, au temps du budget, enlèvent du produit de nos champs le plus clair, le plus net , le meilleur et le plus beau , dont bien fâche audit seigneur roi, qui n'y peut apporter remède ' ;

Que tous ces impôts, qu'on lève sur nous en tant de façons, vont dans leur poche et non pas dans celle du roi ^; étant par eux seuls inventés, accrus, multipliés chaque jour à leur profit comme au dommage du roi non moins que des sujets <;

Que lesdits courtisans veulent manger Chambord et le royaume et nous, et le peuple et le roi devant lequel ils se prosternent , se disant dévoués à sa personne^;

Que les princes sont bons, charitables, humains, secourables à tous et bien intentionnés^; mais qu'ils vivent entourés d'une mauvaise valetaille' qui les sépare de nous, et travaille sans cesse à corrompre eux et nous;

» Voyez pag. 49. — ' Ibid. — 3 Ibid. — 4 Jbid. — 5 Jiid — 6 pag. 53.-7 Ibid.

Que c'est là un grand mal , et que , pour y remédier, il serait bon d'élever les princes au collège, loin desdits courtisans', comme on voit à Paris le jeune duc de Chartres , enfant qui promet d'être quelque jour un homme de bien, et dont on espère beaucoup;

Que par ce moyen lesdits princes , instruits à l'égal de leurs sujets, élevés au milieu d'eux, parlant la même langue, s'entendraient avec eux contre lesdits gens de cour, et peut-être par\iendraient à délivrer le monde de cette engeance perverse, détestable, maudite;

Qu'ainsi, on ne verrait plus ni Saint-Barthélémy, ni Frondes, ni Dragonnades, ni révolutions, contre-révolutions*, qui, après force coups et grand massacre de gens , tournent toutes au profit de la susdite valetaille ;

Qu'un tel amendement aux choses de ce monde, bien loin d'être impossible ^ , comme quelquesuns le croient, se fait quasi de soi , sans qu'on y prenne garde ; que le temps d'à présent vaut mieux que le passé; que princes et sujets sont meilleurs qu'autrefois^ ; qu'il y a parmi nous moins de ^^ces, plus de vertus; ce qui tend à insinuer calomnieusement , contre toute vérité, que même les courtisans, exerçant près des rois l'art de la flagornerie, sont maintenant moins vils, moins lâches, moins dévoués, moins fidèles au trésor que ne furent leurs devanciers.

Et pour conclusion, que les princes, nés princes, sont les seuls bons, aimables, avec qui l 'on puisse vi\Te. Que les autres connus sous les noms de héros ou princes d'aventure , ne valent rien du tout. Que nous en avons vu ^ montrer une insolence à nulle autre pareille, et que ceux qui les flattaient valaient encore moins, apôtres aujourd'hui de la légitimité, prêts à verser pour elle leur sang, etc.

Lesquelles propositions scandaleuses , impies et révolutionnaires , auraient été par lui recueillies ,

» Voyez pag. 50. — » Ibid. — 3 pag. 5 1 . — 4 Jbid. — 5 pag. ».

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