‹ Œuvres complètes de P.-L. CourierChapitre 161 sur 203 · DU TRIBUNAL CIVIL, A TOURS · texte numérisé non relu

DU TRIBUNAL CIVIL, A TOURS

Messieubs,

Dans le procès que je soutiens contre Claude Bourgeau ( malgré moi , car j'ai tout tenté pour en sortir à l'amiable ) , ma cause est si claire et si simple, que , sans le secours des gens de loi , je puis vous l'expliquer moi-même , quelque novice que je sois , comme bientôt vous l'allez voir, en toutes sortes d'affaires.

Je vends à Bourgeau deux coupes de ma forêt de Larçai. Cette forêt, de temps immémorial , est divisée en vingt-cinq coupes , une desquelles s'abat tous les ans; mais en 1816, j'en avais deux ;i vendre, à cause que je n'avais point coupe l'année précédente. Bourgeau me les achète, et en exploitant la dernière , celle de 1 8 1 6 , il m'abat la moitié de la coupe suivante, que je ne lui avais point vendue, et qui ne devait lêtre qu'en 1817. C'est de quoi je me plains , Messieurs.

Bourgeau convient de tous ces faits, qu'il n'est pas possible de nier; et notez, je vous prie, que

' Le Pamphlet des pamphlets.

P. L. comiER.

de sa part il ne saurait y avoir eu d'erreur, les limites de chaque coupe étant marquées sur le terrain de manière à ne s'y pouvoir méprendre. Aussi n'est-ce pas ce qu'il allègue pour se justitier. Il dit qu'ayant acheté de moi ces deux coupes pour trente arpents , il s'y eu est trouvé cinq de moins, lesquels cinq arpents il a pris dans la coupe suivante, afin de compléter sa mesure.

Moi je ne tombai pas d'accord sur ce défaut de mesure, et puis je ne me croyais pas tenu de lui faire ses trente arpents, s'il y eût manqué quelque chose. C'étaient là deux points a débattre. Mais , comme vous voyez , il tranche la question. Ayant à compter avec moi, il règle le compte lui tout seul ; et me jugeant son débiteur d'une valeur de cinq arpents, il me condamne, de son autorité privée , a lui fournir cette valeur en nature, non en argent; car il eût pu tout aussi bien me faire cette retenue sur le prix de la vente , prix qu'il avait entre les mains; mais non; mon bois lui convient mieux ; il décide en conséquence, et sa sentence portée, il l'exécute lui-même. Je

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