‹ Œuvres complètes de P.-L. CourierChapitre 168 sur 203 · PROCES DE GLAVIER-BLONDEAU · texte numérisé non relu

PROCES DE GLAVIER-BLONDEAU

habitent les campagnes et savent ce que c'est qu'un maire.

Mais la plainte même , qui fait le fond de ce procès , a-t-elle apparence de sens ? et se peut-il qu'un homme, je ne dis plus un maire, mais un homme en âge de raison , hors des faiblesses de l'enfance , se tienne offensé pour un mot ( car l'accorde , je veux que je l'aie dit ce mot) , pour un mot, tout au plus grossier, qui n'attaque ni l'honneur ni la réputation , ni la probité , ni les mœurs de celui auquel il s'adresse , et ne peut faire tort qu'à celui qui le prononce ? que, pour ce mot, il veuille poursuivre , exterminer un pauvre domestique, qu'il fatigue les juges, entasse des écritures, amène des témoins, remue des gens en place, abuse des actes publics, afin d'obtenir, quoi ? que ce malheureux, ruiné, malade , diffamé , après six mois de chagrins , d'angoisses , languisse un mois dans les prisons.

Un mois , Messieurs ! avant de confirmer cet arrêt, vous y penserez, je l'espère. Qu'un soldat l'eût dit à son chef, ce mot dont se plaint M. de Beaune , on eût mis peut-être ce soldat en prison deux jours; et pour le même mot, du paysan au maire , vous ordonnerez un mois , non de la même peine. Le soldat , deux jours en prison , y voit des soldats comme lui, en sort sans déshonneur, et n'a point de famille dont le sort l'inquiète. Moi , je serais un mois avec des malfaiteurs (on le croira du moins ) , laissant ma maison désolée et mes enfants à l'abandon ; je les rejoindrais couvert de honte ! Quelle différence , Messieurs. Est-ce à vous , juges , d'établir cette différence en faveur

de l'homme armé? La loi civile est-elle plus dure que la discipline des camps?

Mais non , Messieurs , non , je n'ai point outragé monsieur le maire. Même, selon sa déclaration, je ne lui ai rien dit où l'on puisse trouver une injure. Qu'il amasse des preuves, qu'il produise, à l'appui de son procès-verbal, ses fermiers pour témoins, ses débiteurs , ses gens; je ne l'ai point outragé. Je l'eusse outragé en l'appelant menteur, faussaire, parjure, lâche persécuteur du faible; et j'outragerais qui que ce soit en lui reprochant la moitié de ce que m"a fait M. de Beaune. Mais le mot dont il m'accuse n'est un outrage pour personne. Avec lui , n'user que de ce mot , c'eût été le ménager, c'eût été de ma part une rare prudence , et pourtant , ce mot même , il est vrai que je ne l'ai pas dit.

INe craignez point d'ailleurs. Messieurs, si vous me renvoyez absous, que l'autorité de monsieur le maire en soit affaiblie, qu'on le respecte moins pour cela, qu'on ait moins peur de l'offenser. Il n'y a personne dans le pays que mon exemple n'épouvante, et qui ne tremble de gagner un pareil procès. Je n'ai eu , six mois durant, de repos ni jour ni nuit. Je paye des frais énormes, et perds mon travail d'un an. Une coupe de bois, dans laquelle j'ai quelque intérêt, à peine en ai-je pu faire le quart. N'en doutez point, quoi qu'il arrive, quelque arrêt que vous prononciez , je serai toujours assez puni d'avoir fâché M. de Beaune, et de longtemps , ceux qui le servent ne lui demanderont en justice leur salaire, s'ils veulent habiter la commune de Véretz.

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