‹ Œuvres complètes de P.-L. CourierChapitre 186 sur 203 · MÉNÉLAS, APRÈS LA FUITE D'HÉLÈNE · texte numérisé non relu

MÉNÉLAS, APRÈS LA FUITE D'HÉLÈNE

Tl était allé en Crète demander à ses oncles l'héritage de sa mère. A son retour, quand on lui apprit que sa femme s'était enfuie avec Paris, il courut chez Tyndare, outré de dépit. Rends-moi, lui dit-il, tout ce que Je t'ai donné pour avoir ta fille , et tout ce qu'elle m'emporte avec elle , et reprends-la si tu veux , car ta fdie est belle , mais ille est trompeuse. Tyndare lui répondit : Ecoute ; fon frère Agamemnon est un puissant seigneur ; allons le trouver, et voyons ce qu'il nous dira. Ils allèrent donc ensemble trouver Agamemnon , qui régnait à Mycène , auquel ils racontèrent le fait; et Tyndare le voyant vivement irrité : Croyezmoi tous deux , leur dit-il , envoyez des hérauts à ces princes et chefs qui ont demandé avec toi ma fdle en mariage. Vous savez qu'ils ont tous juré sur les entrailles des victimes de s'armer et de marcher contre quiconque tenterait de la ravir à son époux. Que nos hérauts les aillent sommer de tenir aujourd'hui leur serment, et de se trouver à Argos avant le lever d'Orion. Lorsqu'ils seront assemblés , nous verrons ce qu'il faudra faire.

D'après ce conseil, les hérauts partirent, et marquèrent à tous ces princes Argos pour le lieu de leur rendez-vous, auquel pas un d'eux ne manqua , de sorte que , l'assemblée se trouvant complète au temps prescrit, Ménélas conta de point en point ce qui s'était passé, comment il avait reçu Paris dans sa maison, comment il l'avait laissé près de sa femme en son absence , et sa confiance trahie, et l'hospitalité violée. Tyndare rappela les serments faits entre ses mains, et en demanda l'exécution. Agamemnon déclara qu'il emploierait tout ce qu'il avait de pouvoir et de richesse à venger son frère et à poursuivre le Troyen.

Ces princes , amants d'Hélène , étaient tous jeunes gens de l'âge à peu près de Menélas , qui entrèrent avec chaleur dans son ressentiment, disant que sa plainte était juste, qu'il fallait sans différer assembler ce qu'on avait de vaisseaux, et aller à Troie. Il y en eut pourtant d'un avis contraire, et qui s'opposèrent tant qu'ils purent à ce que voulaient les Atrides. De ceux-là étaient Philoctète, Protésilas, marié depuis peu ; Ulysse , au-

quel il déplaisait de quitter sa Pénélope , dont il venait d'avoir un fds. Pensez-y bien, disait Ulysse ; l'expédition dont vous parlez n'est pas un voyage à Delphes ou une course dans l'Eubée ; vous allez traverser des mers où les débris de naufrages se rencontrent plus souvent que les nids des alcyons. Et pourquoi ? pour ravoir Hélène. Celui qui te l'a prise , Ménélas , n'a qu'un seul vaisseau; combien t'en faut-il pour la reprendre? Etait-il plus aisé d'enlever Hélène reine a sa famille , au sein de sa ville natale , que de reprendre Hélène fugitive à des étrangers? On nous allègue le serment que nous avons fait chez Tyndare : nous y étions depuis un an , demandant sa fille en mariage, et nous le pressions de se choisir entre nous un gendre. Chacun se flattait de la préférence, et croyait y avoir des droits; mais soit qu'il ne se lassât pas de recevoir les présents que nous nous lassions de lui faire , soit que, comme il le disait , il craignît que celui de nous auquel il donnerait sa fille n'eût ensuite à la disputer contre tous les autres , il différait de jour en jour l'expUcation que nous lui demandions. Alors par mon conseil , s'il vous en souvient , pour ôter tout prétexte à de nouveaux délais, nous prîmes devant lui tous les dieux à témoin , que si jamais un de nous enlevait Hélène à celui qui l'aurait obtenue de son père, tous les autres viendraient en armes au secours de l'époux outragé. Voilà ce que nous promîmes alors. Maintenant , si l'un de nous est le ravisseur d'Hélène, je serai le premier à le poursuivre avec Ménélas ; mais si quelque pirate lui a pris sa femme , estce à nous de la lui rendre ? Qui pensait alors qu'Hélène pût être à un autre qu'à un Grec ? et qu'un barbare viendrait d'une terre éloignée enlever une femme à Sparte? Quels engagements avons-nous donc pu prendre pour un événement que personne ne prévoyait ?

Mais attelons nos chars, partons : que chacun dise adieu à sa douce patrie, et coure au loin chercher la mort; car le fils d'Atrée a perdu sa femme! Pour une femme qui s'enfuit, croyezvous donc qu'Agamemnou passât les monts et les mers? Non. Mais c'est peu pour lui de se voir honoré à Mycènes comme le premier de nos

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