‹ Œuvres complètes de P.-L. CourierChapitre 85 sur 203 · URANIE · texte numérisé non relu

URANIE

CXXXVII. De cet Alexandre était aïeul, à la septième génération, Perdiceas , qui devint tyran de Macédoine en la façon que je vais dire. Trois frères de la race de Temenos s'enfuirent d'Argos en Illyrie. Savoir Gavanès,Œuropuset Perdiceas, qui, d'Illyrie étant passés jusque dans la haute Macédoine , vinrent en la ville de Lebœa ; et là ils servaient chez le roi comme domestiques à gages : un menant paître les chevaux, un autre les bœufs, le troisième et plus jeune, Perdiceas, gardait le même bétail. Car jadis toutes seigneuries étaient pauvres de deniers, non pas le peuple seulement, La femme du roi elle-même pétrissait pour eux. Le pain de ce jeune garçon , leur domestique Per-

diceas, cuisant, se doublait en grosseur ; et comme à chaque fois même chose arrivait , elle en avertit son mari, auquel d'abord vint en pensée que ce pouvait être un prodige signifiant grand cas à venir. Il appelle ses trois domestiques , et leur commande de partir de sa terre au plus vite. Eux lui demandèrent leurs gages , disant qu'ils s'en iraient, et que c'était raison quand ils seraient payés. A ces mots de salaire et payement, le roi, comme le soleil entrait dans la maison par l'ouverture de la cheminée, leur dit, féru de quelque dieu : Payez- vous de ceci, montrant le soleil à terre 5 car c'est tout ce que vous valez. Sur quoi les deux aînés , Œropus et Gavanès , demeurèrent surpris entendant ce langage; mais le garçon, qui d'aventure tenait en sa main un couteau , répondit : Roi , nous acceptons le salaire que tu nous donnes, et avec son couteau cerna sur le plancher la place du soleil; puis dans son giron par trois fois puisant des rayons du soleil , partit de là lui et les siens.

CXXXVIII. Ainsi s'en allaient de compagnie les trois Temenides ; mais cependant quelqu'un des assesseurs du roi l'avisa de ce qu'avait fait au partir ce jeune garçon , et que non sans cause il avait accepté le payement; ce qu'entendant lui se courrouça, et dépêche après eux gens à cheval pour les tuer. Un fleuve est en cette contrée, auquel comme sauveur sacrifient ceux de cette race d'Argos. Quand les Temenides l'eurent passé, l'eau tout à coup devint si haute que les cavaliers après ne la purent passer. Ainsi venus en une autre terre de la Macédoine, ils habitèrent près des jardins qu'on dit être ceux de Midas , fils de Gordias. Là naissent d'elles-mêmes des roses ayant chacune soixante feuilles, et sur toutes autres odorantes ; là aussi fut pris le Silène , au diredes Macédoniens, dans ses jardins, au-dessus desquels est un mont nommé Bormius, inaccessible par les neiges. Ce leur fut une espèce de fort , d'où sortant ils couraient tout le pays, et soumirent peu à peu toute la Macédoine.

CXXXIX. De Perdiceas donc descendait Alexandre. Ainsi : fils d'Amyntas fut Alexandre, Amyntas d'Alcétas, d'Alcétas fut père CEropus, de celui-ci Philippe et de Philippe Argée, de celui-ci Perdiceas, qui prit la tyrannie; et en cette sorte Alexandre était descendant d'Amyntas.

CXL. Arrivé pour lors à Athèhes , de la part de Mardonius, il dit ces mots : Hommes d'Athènes, Mardonius vous dit ainsi : Nouvelle m'est venue du roi disant : Je remets aux Athéniens toutes leurs fautes envers moi. Toi, Mardonius, fais ceci:

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