‹ Œuvres complètes de P.-L. CourierChapitre 86 sur 203 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Rends d'abord à ces gens leur terre, et qu'ils en prennent une autre encore qu'ils voudront, désormais libres, gouvernés par leurs seules lois, s'ils consentent à faire un traité avec moi; et leurs temples, relève-les ; rebâtis ce que j 'ai brûlé . Ayant reçu tel ordre du roi , force m'est de l'exécuter , à moins que vous n'y résistiez. Mais de moi je vous dis ceci : Qui vous mène, et quelle folie est-ce à vous de combattre le roi? Vous ne le sauriez jamais vaincre, ni aussi n'êtes en pouvoir de lui tenir tête longtemps; car vous savez le nombre immense des troupes que conduit Xerxès et ce qu'il a fait jusqu'à ce jour, et sans doute n'ignorez pas quelle force est ici. avec moi. S'il arrivait, ce que vous ne pouvez raisonnablement espérer, que vous eussiez sur nous l'avantage, si nous étions vaincus par vous , une autre armée beaucoup plus forte vous attaquerait aussitôt. IVallez donc pas, pensant vous égaler au roi, perdre à coup sûr votre pays et courir fortune de vos biens et de vos personnes; mais plutôt faites la paix, maintenant qu'il ne tient qu'à vous de la faire bonne, le roi lui-même vous l'offrant; soyez libres, et nos alliés sans fraude ni dol. Voilà ce que Mardonius, Athéniens, m'a chargé de vous dire. Quant à moi particulièrement, du bien que je vous ai voulu et veux toujours, je n'en dis mot, n'étant pas chose nouvelle pour vous. Mais , je vous en conjure, écoutez Mardonius. Car je ne vous vois point en état de longtemps résister à Xerxès , autrement je ne fusse venu avec de telles propositions. Car aussi son pouvoir est au-dessus de l'homme, et son bras long outre mesure. Que si vous ne faites avec lui votre appointement dès cette heu re, à telles et si belles conditions qu'on vous offre , je crains pour vous , qui vous trouvez sur le chemin des puissances en guerre , et seuls pâtirez du conflit, habitant un petit pays au milieu d'armées ennemies , écoutez-le donc et me croyez , et pensez quel heur ce vous est qu'à vous seuls entre tous les Grecs, vous remettant tons vos méfaits, le grand roi veuille bien encore être votre ami. Voilà ce que dit Alexandre.

CXLI. D'autre part, ceux de Lacédémone, comme ils entendirent qu'Alexandre venait à Athènes pour s'entremettre d'un accord avec le barbare, ayant souvenance de l'oracle qu'eux et les autres Doriens devaient un jour être chassés du Péloponèse par les Athéniens et les jNIèdes , appréhendaient fort que le Perse ne s'accordât avec Athènes , et pensèrent d'y envoyer des ambassadeurs, lesquels s'y trouvèrent justement avec Alexandre. Car ceux d'Athènes usaient de

remise , sachant bien que l'on apprendrait à L.icédémone la venue d'un homme envoyé pour traiter au nom du barbare, et que l'ayant appris on ne faudrait de leur dépêcher une ambassade. Ils faisaient cela exprès pour que Lacédémone connût leurs sentiments.

CXLII. Ainsi, lorsque Alexandre eut cessé de parler, les envoyés de Sparte après lui se prirent à dire : Nous venons ici de la part de Lacédémone pour vous prier de ne tenter nulle nouveauté dans la Grèce, ni prêter l'oreille au barbare, chose qui de soi serait injuste, mal séante à tout le peuple grec , mais à vous surtout , Athéniens. Vous avez les premiers suscité cette guerre que nous ne voulions point quant à nous , et la querelle fut d'abord de vos seuls intérêts, devenus maintenant communs à toute la Grèce. De plus , les Athéniens être cause de servitude aux Grecs, cela ne se peut , ayant accoutumé jadis et de tout temps d'ôter les peuples d'esclavage. Bien est-il que nous vous plaignons d'avoir perdu déjà deux récoltes de vos champs , et longtemps souffert le pillage et la ruine de vos maisons , en raison de quoi Lacédémone et les alliés s'offrent de nourrir, tant que pourra durer la guerre , vos femmes et tous vos gens hors d'état de combattre, et ne vous laissez abuser par AlexEuidre de Macédoine qui vous vient leurrer du propos de Mardonius. Car c'est affaire à lui vTaiment de favoriser la tyrannie, parce qu'il est tyran lui-même ; mais non à vous , pour peu que vous ayez de bon sens , vous souvenant qu'en tels barbares il n'y a foi ni vérité.

CXLIII. Ainsi parlèrent les députés de Lacédémone , et les Athéniens répondirent à Mardonius en cette sorte : Nous le savons bien que le Perse a plus de puissance que nous ; ce n'était pas la peine d'en faire ici tant de pompe ; et si ne laisseronsnous pas, pour l'amour de la liberté, de le combattre et repousser de toutes nos forces; ne parlez donc plus d'accommodement, car nous n'en voulons faire aucun avec le barbare, mais reportez à Mardonius ce que disent les Athéniens. Tant qu'on verra le soleil aller par le même chemin qu'il tient , jamais nous ne serons d'accord avec Xerxès; mais nous marcherons contre lui avec les dieux et les héros , desquels n'ayant nulle révérence, il a brûlé les demeures et les saintef images. Quant est de toi, Alexandre, ne te présente plus devant les Athéniens avec de telles propositions, et ne viens point, sous faux semblant de bon office , conseiller des actes impies ; car il nous fâcherait de te faire déplaisir, étant conmie tu es notre hôte ot notre ami.

FRAGMENTS D'HÉRODOTE

CXLIV. Telle fut au discours d'Alexandre la réponse des Athéniens; aux députés de Sparte ils dirent : Qu'à Lacédémone on ait craint notre union avec le barbare , cela se pouvait humainement; mais que vous, témoins et instruits par vous-mêmes de notre conduite, ayez quelque doute, c'est grand'honte, puisqu'il n'est richesse, ni or, ni terre, tant fût-elle excellente, dont l'offre nous pût engager à seconder le Mède et asservir la Grèce. Beaucoup et de puissantes raisons nous en empêcheraient quand nous le voudrions. Mais surtout le pillage, l'incendie des demeures et images de nos dieux, qu'il nous convient venger plutôt que nous allier aux auteurs de tels méfaits ; puis le nom de Grecs et la nation d'un sang et d'un même langage , ayant temples communs et mêmes sacrifices, mœurs et façons de vivre pareilles. Voilà ce que les Athéniens ne peuvent trahir sans être infâmes. Sachez donc, s'il faut vous l'apprendre, que tant qu'il restera au monde un Athénien, jamais nous ne ferons d'accord avec Xerxcs. Nous prenons en gré toutefois votre bienveillance envers nous, qui vous fait compatir à ce que nous souffrons , et offrir Je vivre à nos gens, dont nous ne vous sommes pas moins tenus; mais nous tâcherons d'y pourvoir sans vous gêner en nulle sorte. Pour l'heure présente vous n'avez qu'à mettre votre armée aux champs et vous hâter, car l'ennemi apparemment ne tardera guères à entrer en notre pays dès qu'il aura nouvelle que nous ne faisons rien de ce qu'il nous demande. C'est pourquoi avant qu'il ait pu pénétrer jusque dans l'Attique , il nous le faut aller combattre en Béotie.

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