I. Lettre inédite : collection Spoelberch de Lovenjoul
Borel prédit <( le plus bel avenir ». Sur ce type de fruste originalité que n'a point affadi l'insipidefrottissocial, sa verve s'escrime en traitsd'un intarissable humour. Et pour que l'érudition philologique ne perde pas ses droits, il termine en découvrant au mot gniaffe une étymologie hellénique...
Nous trouvons enfin, dans la Sylphide de Villemessant, années i843 et i8/i4, deux nouvelles de Pétrus : la Famille Wakefield et Gottfried Wolfgang. De la Famille Wakefield, histoire doucereuse et sans accent, il y a peu à dire. Mais il convient d'insister davantage sur Goltfried Wolfgang.
C'est un récit fantastique, sombre et terrifiant comme un rêve d'Edgar Poë. Le conteur prétend l'avoir trouvé dans les papiers que lui a remis un hôtelier de Boulogne et que celui-ci tenait lui-même d'un jeune Anglais, son hôte de passage. Ce dernier, garçon taciturne et singulier, avait un jour quitté l'hôtel pour se diriger vers la jetée et n'avait plus reparu. Le récit trouvé dans ses papiers se place au temps de la Révolution : le héros, un étudiant allemand, du nom de Gottfried Wolfgang, visionnaire et enthousiaste, avait poussé si loin ses rêveries abstraites sur les essences spirituelles qu'ilavait fini par se former, comme Swedenborg, un
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monde idéal gravitant autoui de lui, hallucinations qui devaient le conduire à la folie. N'est-ce pas à son ami Gérard de Nerval, dont le premier internement eut lieu en i8/ii, que songe ici Pétrus Borel ? Cette réminiscence s'affirme assez bien lorsqu'il nous montre son héros hanté par le souvenir d'une femme d'une beauté merveilleuse, aperçue en rêve, et dont la vision le poursuit d'un inguérissable regret. Par une nuit d'orage, le jeune étudiant erre par les rues endormies du Paris de la Terreur; tout à coup il se heurte à une charpente sinistre : c'est la guillotine. A la lueur d'un éclair, il aperçoit, assise sur la marche basse de l'horrible escalier, une femme vêtue de noir, les cheveux épars, le corps penché en avant. Il s'en approche et, lorsque l'inconnue lève vers lui son visage mortellement pâle et ses yeux égarés, il croit reconnaître celle dont l'image hallucinante obsède à toujours^son esprit. A ses questions l'inconnue répond qu'elle n'a ni famille, ni amis, que son asile est dans la tombe. Et comme elle accepte le seul refuge qu'il puisse lui offrir, il la conduit, à travers la cité lugubre, jusqu'à sa chambre d'étudiant. Alors il peut admirer sa rare beauté, son teint éblouissant dont la pâleur s'avive encore d'une chevelure de jais. Une particularitéle retient : pour tout ornement, l'inconnue
porte au cou un ruban de velours noir que ferme une agrafe de diamant. Dans l'ivresse du moment, il lui déclare sa passion, il lui ditquel fantôme mystérieux elle incarne pour lui ; elle lui avoue que de son côté elle se sent portée vers lui par une impulsion surnaturelle. Et ils se jurent d'être l'un à l'autre à jamais. Le lendemain Gottfried sort, dès le matin, pour chercher un appartement plus convenable, et, quand il revient, il trouve sa compagne endormie encore sur le fauteuil 011 elle a voulu passer la nuit, son bras étrangement replié sur sa tête pendante. Il lui parle, elle ne répond pas. Il touche sa main, cette main est glacée; son pouls ne bat plus, son visage est livide: elle est morte!... A ses cris, les voisins accourent. Un officier de police requis, s'approche du cadavre et recule d'effroi: — « Grand Dieu! s'écrie-t-il, comment cette femme est-elle ici?... Hier, elle est morte sur l'échafaud ! » Subitement Gottfried s'approche, presse l'agrafe qui fermait le collier de velours noir... Horreur! il découvre la trace sanglante du couperet !
L'invraisemblance de cette histoire doit s'expliquer d'une manière toute naturelle, ajoute Pétrus, lorsqu'on saura que Gottfried Wolfgang mourut, quelque temps après, dans une maison de fous.
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Or cette histoire hallucinante, nous la trouvons ailleurs, développée, transformée en roman, sous une autre signature. En i852, Alexandre Dumas, qui si volontiers prend son bien oii il le trouve, s'approprie sans vergogne le sujet de Gottfried Woi/gang, l'accommode à sa manière, l'agrémente d'épisodes et de détails de son crû, substitue au héros de Borel le conteur Hoffmann, venu jeune à Paris, sous la Révolution, fait de la mystérieuse guillotinée la danseuse Arsène, une maîtresse de Danton, puis assemble le tout en un volume de la série des Mille et un fantômes, sous le titre de la Femme au collier de velours.
Ce plagiat manifeste s'aggrave d'une particulière audace. Pour mieux démarquer et faire sienne l'œuvre de Pétrus, Dumas n'hésite pas, dans le préambule de son récit, à en certifier l'origine. Après nous avoir conduit à l'Arsenal et narré maints détails de la vie intime du bon Nodier, Dumas nous fait assister aux derniers momens de l'aimable conteur. Sans grand risque d'être contredit, il nous initie à ses ultimes entretiens, se fait raconter une histoire fantastique que Nodier n'a pas eu le temps de mettre en œuvre et confier par lui le soin de l'écrire à sa place. Ce sera la Femme au collier de velours.
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Quel que soit le sans-gêne dont use Dumas avec l'œuvre d'autrui, on s'étonne cependant qu'il n'ait pas reculé devant un pareil expédient. Sans doute, Pétrus est en Algérie, étranger désormais à la vie littéraire, mais tout de même il n'est pas mort et le roman de Dumas pourrait bien aller jusqu'à Mostaganem. Sans doute aussi la Sylphide paraît encore et ses collections sont toujours dans le commerce : or la publication de Gottfried Wolfgang ne remonte qu'à sept ans et le larcin pourrait aussi bien être découvert. Il semble pourtant que personne n'y ait pris garde : le pauvre Pétrus est-il donc déjà si oublié qu'on puisse impunément se permettre un tel pillage de son œuvre ? Quoi qu'il en soit, le délayage romanesque de Dumas n'ajoute rien à la concise narration de Pétrus, dont la poignante sobriété nous émeut autrement que la prolixe adaptation de son imitateur.
Il ne suffit pas à Pétrus de fournir une copie assidue aux publications d'autrui. Il n'est pas guéri de cette ambition, qui ne lui réussit guère, d'exploiter pour son compte des journaux et des revues. Nous savons qu'il en a fait naguère une expérience rebutante avec sa brève Liberté des Arts. Il rêve maintenant d'un quotidien, qui serait un nouvel exutoire à sa bile, et il fonde, en juillet 1844, le Satan, titre prometteur que rehausse d'une allégorie diabolique une assez fruste vignette. La prose de Pétrus s'y reconnaît sans peine sous la signature éditoriale : Satan, dans trois ou quatre chroniques, exemptes pourtant de toute couleur infernale. Relevons, après un article peu offensif sur la Presse en IS^k, ce titre : V Ancien et le nouveau livre d'Or, qui nous révèle un Satan
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à tendances moralisatrices bien surprenantes. Savez-vous ce que préconise ce démon qui est plutôt l'Esprit du Bien ? De tenir registre, pour l'édification publique, des traits généreux et des actions d'éclat, quelque chose comme les Annales du Mérite, le Livre d'Or de la Vertu. Louable chimère, à la vérité, mais utopie calamiteuse pour le succès d'un journal où la malsaine curiosité du commun lecteur néglige volontiers les fastes du devoir pour l'attrait d'un beau crime ou le piment de quelque scandale. Aussi le Satan ne vécut-il que peu de semaines. Dès le 8 septembre i844, il fusionnait avec le Corsaire pour devenir le Corsaire-Satan, jusqu'au 12 mars 1847, date à laquelle il reprenait son titre primitif : le Corsaire.
Mais déjà l'activité de Pétrus est dirigée vers une autre entreprise. Avec Deschères, il fonde la Revue Pittoresque, magazine littéraire illustré pour lequel il rêve du concours « des meilleurs artistes. » On y revoit, comme il convient, Célestin Nanteuil, puis un jeune vignettiste du plus aimable talent, Edouard de Beaumont, mais aussi d'autres illustrateurs dont les bois malhabiles n'ajouteront rien au prestige de la publication. On y donnera peu d'inédit : Pétrus y insère cependant une nouvelle incolore. Miss Hazel, qu'il rehausse de deux vignettes de Cèles-
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tin Naiiteuil. Mais on s'attaclie à des réimpressions de choix : notons en i8/i4 et i845, les Deux Rendez-vous et le Meilleur Roi de France, de Gérard de Nerval. Celui-ci est d'ailleurs l'un des auxiliaires les plus assidus, sinon un associé de l'entreprise. A son retour d'Orient, il a renoué avec son camarade Pétrus une intimité que leurs infortunes respectives avaient, quelques années, interrompues. Ensemble ils veulent créer, comme annexe à la Revue Pittoresque et dans les mêmes bureaux, une maison d'édition, d'oii devront sortir de beaux livres, imprimés avec luxe. Ils en font un premier essai avec le Diable Amoureux deCazotte, auquel la préface de Gérard et les dessins d'Edouard de Beaumont ajoutent un nouvel attrait. On sait que le livre parut sous la firme fantaisiste d'un certain Ganivet, qui cumulait avec sa profession de crémierlaitier les tranquilles fonctions de caissier de la Revue Pittoresque. Peut-être cependant est-ce à cette compétence linancière qu'il faut attribuer l'annonce imprévue que nous lisons sur la couverture du Diable Amoureux, d'un Manuel comparé du Capitaliste ou Barème des Affaires avec des tables pour le calcul des intérêts et des rentes... Est-ce aussi à l'initiative de Pétrus et de Gérard qu'appartient ce projet d'une édition de la Bible, ancien et nouveau testament, en
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VERS (!) dont le titre est annoncé sur la même couverture P
Plus réelle doit être la publication de l'Ane d'Or, <( écrin littéraire édité sous le patronage des Lucien, des Apulée, des Erasme, des Quevedo, des Boccace et des Saint-Evremont de notre âge ». Pour blasonner ce noble recueil, on fait appel aux lumières héraldiques d'André Borel d'Hauterive et du comte de Grammont, qui règlent ainsi un dispositif somptueux d'armoiries : « D'azur à l'Ane d'Or passant, Vécu sommé d'une couronne de feuilles de chardon et de perles alternées, et timbré d'un casque ailé posé de trois quarts, la visière ouverte avec les lambrequins des émaux de Vécu ; pour cimier une étoile d'argent ; pour supports : à dextre, un dragon de sinople armé et- lampassé de gueule, colleté et enchaîné d'or, à senestre et pour devise .-durea patientia ex mente divina* ».
Certes nous voici loin du jacobinisme d'antan. Mais que ne faut-il pas attendre de la fantaisie qui doit éclore d'une association de Gérard et de Pétrus ? De ce dernier, Jules Claretie note, dans le recueil de VAne d'Or, une série d'articles, et cite une description des Jardies, (( la maison de M. Balzac ». Mais nous trouvons
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dans un autre volume, publié sous le même titre, en i845, un rappel assez complaisant des doctrines religieuses du Mapah et de VÉvadaïsme. Faut-il donc s'étonner? Ne sommesnous pas ici sous le patronage de Lucien et d'Apulée, dans le cénacle des utopies brillantes et des rêves renouvelés d'Alexandrie !
Un jour hélas ! il advint ce qu'il devait advenir d'une telle entreprise : le blason de VAne d'Or fut effacé de la porte et la Revue Pittoresque cessa de paraître.
Cet échec marque pour Pétrus l'envol de la dernière illusion. Que peut-il d'ailleurs espérer des temps nouveaux ? Dès iS^o, la tourmente romantique est abattue et l'ère des paroxysmes est close. Or la voix du Lycanthrope ne doit bien résonner que dans la tempête ; le retour du calme plat laisse sans écho ses sonores invectives. Il ne marche plus désormiais que dans une atmosphère de désastre ; ses frères de combat, désenchantés, vieillis, ne songent plus qu'aux emplois tranquilles dans une société apathique et indifférente. Lui-même, déçu dans tous ses espoirs, accablé par l'insuccès du Satan et la chute de la Revue Pittoresque, miné par la fièvre, découragé par le malheur, n'est plus que l'ombre de lui-même. A défaut de l'île déserte et du Missouri, qu'il rêvait déjà dans la jeunesse des Rhapsodies, il n'entrevoit plus que
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l'exil dans une terre nouvelle, où les semences d'une humanité rajeunie feront germer une moisson de poètes. Ses regards alors se tournent vers cette jeune colonie qu'on organise, entre la mer et le désert, vers l'Algérie, dont il célèbre, avec un regain d'enthousiasme, l'avenir littéraire, dans une chronique que publie l'Artiste le 23 novembre i845.
(( Un jour, nous dit Jules Claretie, Théophile Gautier le rencontra sur le boulevard, promenant sa pâleur et son ennui : « Ecoute, lui dit-il, « je puis te trouver un emploi. — Lequel.!^ dit « Pétrus. — Tu as toujours aimé la vie sauvage (( et libre. Que dirais-tu d'un poste en Algérie? — (( Rien. Je partirais. » Gautier alla trouver Mme de Girardin, et l'on obtint pour Borel la place d'inspecteur de la colonisation de Mostaganem. »
Sur cette nomination, le dossier du fonctionnaire, conservé aux Archives Nationales, nous fournit une documentation plus précise. C'est d'abord une requête que Pétrus adresse, le 3 décembre iSlib, au ministre de la Guerre, à laquelle sont jointes deux lettres de recommandation de députés, MM. Janvier et Liadère, et une attestation de M, Mortier, architecte des chemins de fer et du collège de Joinville à Brest, sans doute un ancien camarade de l'atelier Garnaud. Nous transcrivons cette supplique
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sur l'original, écrit comme tous les rapports et la correspondance de l'inspecteur Borel, d'une belle écriture renversée, avec un. graphisme appliqué de candidat fonctionnaire :
<( A son Excellence Monsieur le Ministi'e de la Guerre.
(( Monsieur le Ministre,
« Depuis longtemps, poussé par mes goûts naturels et mon activité, j'ai conçu le plus vif désir de passer en Algérie, où mes connaissances et mes études me semblent devoir trouver une utile application.
(( Je suis informé que plusieurs places d'inspecteur de la colonisation se trouvent actuellement vacantes. J'ose me croire l'aptitude nécessaire pour occuper convenablement l'un de ces emplois, et j'ai en conséquence l'honneur de solliciter de votre Excellence de vouloir bien me l'accorder.
(( J'ai été élevé à la campagne dans le Lyonnais et dans les Alpes et j'y ai presque toujours vécu. Je me suis occupé très particulièrement d'économie rurale, en théorie comme en pratique. J'ai cultivé de mes propres mains et j'ai dirigé des cultures. L'éducation du bétail m'est assez familière. J'ai exploité moi-même de
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petites propriétés aux environs de Paris et dans le département de la Marne, commune de Baizil, canton de Montmort, arrondissement d'Epernay. Je prendrai encore la liberté d'exposer à votre Excellence, que je suis architecte, que j'ai même quelque habileté et quelque expérience dans cet art, comme dessin et comme construction. J'ai suivi l'école royale des Beaux- Arts pendant plusieurs années. J'ai été employé comme dessinateur et comme inspecteur par divers architectes de Paris et de la province ; j'ai pris part à la construction de plus de soixante bâtimens de destination différente, et enfin j'ai construit, en mon propre et privé nom, plusieurs maisons dans Paris que je puis indiquer au besoin.
(( Je crois devoir également vous informer. Monsieur le Ministre, qu'ayant depuis longtemps le projet de passer en Algérie, je me suis appliqué à acquérir quelques notions d'Arabe, sous la direction de M. le docteur Perron, médecin au service de Méhémet-Aly, aujourd'hui résident au Kaire, et que mon intention est de me vouer spécialement à l'étude de cet idiome, si, comme je l'espère, votre Excellence daigne faire bon accueil à la présente demande.
« Je vous prie bien respectueusement. Monsieur le Ministre, de me pardonner de m'être
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arrêté si longuement sur les quelques connaissances qui peuvent me recommander efficacement à vos yeux; mais votre Excellence voudra bien ne voir, dans cette énumération, qu'une marque de mon vif désir d'obtenir un emploi pour lequel je me sens beaucoup de goût et quelque aptitude et de la conviction oii je suis d'être à même d'en remplir les devoirs.
(( J'ajoute à cet exposé quelques détails que, pour l'appréciation de ma demande, peut souhaiter de connaître votre Excellence. J'ai trente-cinq ans, je jouis d'une santé parfaite, d'une complexion robuste, et je suis habitué à la vie la plus active et la plus dure. J'appartiens au village de Grandvillars fHautes-Alpes) par mon origine et ma famille, bien que je sois né à Lyon. Cette dernière circonstance, à laquelle je dois de pouvoir revendiquer le titre de compatriote de votre Excellence, ajoute à l'espérance que j'ai de voir ma demande favorablement accueillie par elle.
« L'éloignement de la plupart des députés et des personnes haut placées qui veulent bien m'honorer de quelque intérêt ne me permet pas de joindre à ma demande toutes les attestations et toutes les recommandations qui eussent pu la légitimer. En faisant la part de ces circonstances et de l'urgence, votre Excellence
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voudra bien suppléer à ce qui me manque sous ce rapport par le bienveillant examen de mes titres et par sa bonté, sur laquelle je fonde mon meilleur espoir. S'il vous était possible, Monsieur le Ministre, de m'accorder l'emploi que je souhaite si ardemment d'obtenir, cette faveur de votre Excellence aurait la plus heureuse influence sur toute ma vie et remplirait mon cœur d'une reconnaissance aussi durable que profonde.
<( J'ai l'honneur d'être. Monsieur le Ministre, avec la plus haute considération de votre Excellence
(( Le très humble et très obéissant serviteur,
Pétrus BoREL. »
Paris, lo, rue de Stockholm'.
Hélas! dans ce rappel de ses titres et l'étalage de ses références, le pétitionnaire se garde bien, — il va de soi — de glisser la moindre allusion à ses mérites littéraires...
La décision ne se fit pas attendre : le i3 décembre, Pétrus Borel était nommé inspecteur de colonisation de 2" classe, et il lui était enjoint, par avis du ministre de la Guerre du 27 décembre, « d'avoir à se rendre à Marseille,