‹ Œuvres complètes de Petrus Borel Le Lycanthrope (volume 2)Chapitre 6 sur 28 · I. État civil d'Aller · texte numérisé non relu

I. État civil d'Aller

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L'état-civil de cet héritier révèle assez quels

changemens se sont produits dans les idées de

Pétrus. L'enfant y est dénommé : Aldéran-

André-Pétrus-Bénoni Borel d'Hauterive, fils de

Joseph-Pétrus Borel et de Gabrielle Claye. Son

culte familial lui fait réunir, dans les prénoms

de son fils, trois degrés d'ascendance paternelle

et le souvenir de son frère le plus aimé. Mais à

quelle influence a-t-il cédé pour doter ce fils de

la suspecte particule, en laquelle lui-même,

sans doute, ne croit guère, puisque dans le

même acte il ne fait subir aucun changement

à son propre nom? Peut-être, faisant foi aux

assertions de ce maître en héraldique qu'est

son frère, André Borel d'Hauterive, a-t-il cru

pouvoir anoblir son fils, mais sa rigide probité

lui interdit d'altérer son propre état-civil, qui

est celui de son père et de son aïeul.

Maintenant nous voyons reparaître l'inévitable guignon. Ce stigmate de malchance, que la fatalité a inscrit sur son front, ne doit s'effacer que dans le tombeau. Il semble que luimême s'ingénie à provoquer le mauvais sort et se fasse l'artisan de sa propre misère. Son humeur ombrageuse et méfiante, ne lui ménage, dans le commerce des hommes, que heurts et mécomptes.

Dès 1847, ^^^ notes élogieuses des débuts ont

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fait place à des appréciations plus sévères : on signale que son caractère est (( inquiet », que son travail est « peu soutenu », que son activité est c( médiocre ». Sous la rubrique : instruction administrative, on note « que son style est plutôt littéraire qu'administratif ». De là à prétendre qu'il ait fait ses rapports en vers il n'y a qu'un pas pour un chroniqueur soucieux de détails piquans. De rapports, à la vérité, on n'en reçoit guère de lui ; à ce point que, le 28 mars i848, on demande du ministère « des renseignemens sur les travaux de M. Borel, dont aucun rapport n'est encore parvenu ». Ce rappel resta sans écho et, le 2 juin i848, brusquement, Pétrus était licencié.

Cette disgrâce peu motivée réveilla les naturelles virulences du Lycanthrope. Il attribua le coup à Armand Marrast, qui, devenu membre du gouvernement provisoire, avait expédié en Algérie le citoyen Lacroix, émissaire de ses rancunes. Or, quand le protégé de celui-ci, Warnier, devenu préfet d'Alger, se présenta aux élections, il rencontra dans Pétrus un adversaire redoutable : en prose, en vers, la satire du Lycanthrope s'attacha à Warnier, et ce, avec tant d'àpreté que VAkbar en refusa l'insertion... On dit encore que Marrast avait prétexté pour cette disgrâce des opinions politiques de Tins-

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pecteur, devenu fervent réactionnaire. Certes il était bien dans le caractère de Pétrus, toujours frondeur et mécontent, de passer dans l'opposition, dès que son idéal politique, si tant est qu'il en eut jamais, avait triomphé. Mais peuton attribuer au journaliste parvenu, à celui que Louis Reybaud appelait le « Président dameret», une âme assez noire pour tirer, des fantaisies du Lycanthrope, d'aussi basses représailles.!^

L'année suivante, on jugea que cette rigueur avait assez duré. Le i3 décembre 1849, Pétrus était restitué à ses fonctions d'inspecteur pour être attaché aux territoires de la province de Constantine, avec un traitement annuel de 3 600 francs. Le 28 février i85o, il était affecté à Bône, pour y être installé le 9 août suivant. Mais ce n'était pas l'affaire de Pétrus, dont le vœu le plus cher était d'être rappelé à Mostaganem. C'est là qu'il avait rêvé de vivre, que l'attendait son castel inachevé de Haute Pensée, sur ce plateau que balayent tour à tour l'haleine marine et le souffle du désert. Ses notes sont alors excellentes et il s'en autorise pour adresser, en juillet i85o, une supplique au Général gouverneur. (( ... Chancel, dit-il, m'a défendu de broyer du noir; je ne vous laisserai donc pas voir, mon Général, toute ma nostalgie, mais je vous conjure à mains jointes, ne me

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souffrez pas plus longtemps dans la situation pénible que je subis. » On lui répond qu'il faut attendre une permutation, puis, le 20 octobre i85i, il est affecté à la province d'Oran, est enfin rendu à son poste de Mostaganem.

Il se montre d'abord assez calme et ses notes de 1862 louent son « caractère franc et loyal, ses rapports très convenables avec ses supérieurs ». On rappelle « qu'il parle espagnol, anglais, arabe; que pendant le premier semestre de i852, il a réuni les fonctions d'inspecteur à celles de maire de Bled-Toccaria,et fait preuve, dans ces dernières fonctions, d'une grande capacité et d'un grand dévouement ». Bref, il mérite de l'avancement.

Hélas ! l'incorrigible Pétrus retombe bientôt dans ses anciennes négligences. Il ne transmet plus ses rapports. Le 7 septembre i853, le Ministre lui impose sur son traitement une retenue disciplinaire de 85 francs, pour omissions dans l'établissement des do^umens statistiques qu'il est tenu de fournir périodiquement. Le i5 septembre, le préfet d'Oran, par ordre ministériel, lui inflige un blâme sévère pour erreurs graves commises dans l'évaluation des primes de défrichemens.

Son caractère s'en aigrit: il ne voit autour de lui que dénigremens et persécutions. Le 1 1 jan-

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vier t854, il adresse directement au Ministre une lettre audacieuse, accompagnée d'un mémoire où il expose ses griefs contre ses chefs, dont « la hargnerie, — - le mot, dit-il, est de Jean-Jacques — est substituée à la haute bienveillance... — Monsieur le Ministre vous m'excuserez si je m'adresse directement à vous, si je viens placer les deux pièces ci-incluses sous les yeux de Votre Excellence, mais il n'y a plus de voies hiérarchiques pour un homme qu'on met au désespoir...' )) Cette réclamation directe lui vaut un blâme « pour la manière inconvenante dont il présente sa défense. )>

Alors Pétrus ne se connaît plus : comme tous les persécutés ou qui se croient tels, il soupçonne, incrimine, accuse à tort et à travers. Un certain Besson, dont il a dénigré la vie privée, d'ailleurs peu recommandable, le cite devant le juge de paix pour diffamation : il s'en tire en bénéficiant d'un jugement d'incompétence.

Mais sa morbide animosité va s'exercer d'une façon plus virulente contre le sous-préfet de Mostaganem, le vicomte de Gantés. Il a cru découvrir, à tort évidemment, certaines irrégularités dans la gestion de ce fonctionnaire. Sa probité d'Alceste intraitable le fait aussitôt

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