‹ Œuvres complètes de Petrus Borel Le LycanthropeChapitre 25 sur 43 · HOUND'S FEE · texte numérisé non relu

HOUND'S FEE

et devaient en venir aux mains avec l'homme le plus fort et le plus féroce. Jack était stupéfait, car il avait lui-même prophétisé que Vobi blanc prévaudrait sur lui, et par expérience, il savait que le charme ne perdrait rien de sa force entre les mains de Reeder.

Sans autre pourparler, Jack, son coutelas à la main, se jeta au fond d'un précipice derrière la caverne. Le fusil de Reeder fit long feu, mais Sam l'atteignit à l'épaule. Semblable à un buU-dogy Reeder, sans regarder et le coutelas au poing, se précipita à corps perdu après Jack ; la descente presque perpendiculaire avait environ trente mètres de profondeur ; tous deux dans leur chute avaient conservé leur coutelas.

Ce fut là le théâtre où les deux plus robustes cœurs qui aient jamais été encerclés par des côtes, commencèrent leurs sanglantes luttes.

Le jeune garçon, auquel on avait enjoint de se tenir à l'arrière et hors d'attaque, parut au haut du gouffre, et, durant le combat, frappa Jack d'une balle au ventre.

Sam était rusé ; il prit froidement un détour pour descendre au champ de bataille : lorsqu'il fut arrivé au lieu où elle avait commencé, Jack et Reeder s'étaient pris au corps et avaient roulé ensemble au bas d'un autre précipice sur le flanc de la montagne ; dans cette chute, ils avaient

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tous deux perdu leurs armes. Sam, en se glissant après eux, perdit aussi son coutelas parmi les arbres et les buissons. Quand il arriva auprès d'eux, quoique sans armes, il ne resta pas oisif, et, heureusement pour Reeder, la blessure de Jack était profonde et grave ; il était dans une violente agonie.

Sam tomba juste à temps pour sauver Reeder, car Jack l'avait saisi à la gorge avec son étreinte de géant ; Reeder avait la main presque tranchée, et Jack ruisselait le sang par l'épaule et le ventre ; ils étaient couverts tous deux de sang caillé, de balafres et d'estafilades. En cet état, Sam devint l'arbitre du combat, et décida du sort ; il abattit Jack avec un fragment de rocher. Quand le lion fut renversé, les deux tigres lui écrasèrent la tête à coups de pierre.

Bientôt après, le jeune garçon trouva le sentier pour parvenir jusqu'à eux ; il avait son coutelas avec lequel ils tranchèrent la tête de Jack et sa main à trois doigts, qu'ils portèrent à Morantbay ; là, ils mirent leurs trophées dans un baquet de guildive ; et, suivis d'une foule immense de noirs qui ne craignaient plus Vobi de Jack, ils les portèrent à Spanishtown — San-Yago de la Véga — , à Kingstoum, pour réclamer la récompense promise par la royale proclamation et l'assemblée coloniale.

3toob'6 îKe'vvard.

Quand Reeder et Sam passèrent, j'étais à Spanishtown chez deux très vieilles bonnes femmes, deux sœurs presque centenaires, filles de colons espagnols, et nées longtemps après la prise de l'île sur les Espagnols par l'amiral Pen, aidé d'un grand nombre de flibustiers anglais et français, en 1655. Seul et double monument de la domination espagnole sur ces terres ; espèce de cippes incarnés, attestant encore leur passage, comme les dolmeins druidiques sont là pour nous faire ressouvenir de nos aïeux les Gaulois, qui forment maintenant la couche végétative qui couvre comme un engrais le sol de la France. Ces saintes douairières, quoique recevant une pension

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du gouvernement, mortellement haineuses, n'avaient jamais voulu parler la langue des conquérans, passées, sans contact, à travers plusieurs générations, ces bonnes vieilles hahlaient toujours la divine langue castillane.

Pèlerin religieux de toutes ruines, j'étais venu les saluer : ma visite les avait emplies de joie, les avait rajeunies de près d'un siècle, avait éveillé en leur âme mille souvenirs tendres et douloureux ; elles m'avaient retenu pour quelques jours ; j'étais pour elles comme un fils ; elles me racontaient toutes ces vieilles choses que plus qu'elles savaient au monde, étalant au grand jour et pour la dernière fois, sans doute, les lambeaux dorés de leur mémoire, secouant les pages poussiéreuses de ce livre du gai-savoir, que le temps ronge comme un rat stupide, et qui allait bientôt se fermer avec leur vie dans la tombe.

Nous étions assis près d'une croisée et nous devisions, quand nous entendîmes un tumulte lointain et des décharges de mousquets. Nous nous levâmes et nous penchant à la fenêtre nous vîmes Reeder et Sam, nos héros, marchant triomphalement, portant, au bout d'une pique la tête et la main du malheureux Jack. Ils étaient suivis d'un concours formidable surtout de cudjos de Marroon towii, vêtus d'une braye et d'une veste de grosse toile que le gouvernement leur donnait chaque année,

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