‹ Œuvres complètes de Petrus Borel Le LycanthropeChapitre 28 sur 43 · LOU GAL REMENO L'ALO · texte numérisé non relu

LOU GAL REMENO L'ALO

m'approchai, c'était Dina ! Cependant, je n'osais me l'affirmer, ni l'accoster cavalièrement. Je la suivis à quelques pas en arrière et l'appelant plusieurs fois, à demi-voix, Dina ! Dina ! elle se retourna et me salua sans me reconnaître, je l'abordai tremblant : — Noble damoisclle, vous rappelez-vous, lui dis-je, ce jeune homme qui, à Avignon sur le rempart, un soir de sérénade, adressa la parole à messire votre père et que vous remerciâtes de son accortise?

— Quoi ! c'est vous?... dit-elle, émue, posant sa main sur mon bras, le front rouge et baissé, fixant les dalles du parvis.

— O belle Dina, que je suis heureux de vous rencontrer ? ne me repoussez pas, laissez-moi épancher tout ce qui s'est amassé de souffrances en mon cœur depuis l'heure où je vous vis, où je perdis tout repos ; vous avez fait jaillir en moi un amour subit, une passion violente.

J'épiai la fin de la sérénade pour vous suivre jusqu'à votre demeure, dans l'espoir de pouvoir un jour vous avouer mon amour ; j'attendais dans le trouble l'heure du départ ; mais vous m'aviez si bien frappé au cœur, que peu à peu je tombai dans une profonde cogitation, et quand je m'éveillai j'étais seul sur le rempart ; je vous cherchai longtemps, je vaguai par la ville, sans succès ; désespéré, un ennui mortel s'était saisi de moi, et

VOUS le voyez, belle dame, j'étais venu le traîner ici ! Oh ! béni soit le ciel, si c'est lui qui me fait ce bonheur de vous revoir ! vous êtes, Dina, maîtresse de ma vie, je suis à vos genoux, si vous me repoussiez, vous me tueriez !...

— Monsieur, il n'est pas bien qu'une jeune fille s'arrête ainsi à causer avec un cavalier ; ne me retenez pas, je vous prie ; calmez-vous, voyez comme les passans nous regardent.

— De grâce alors, entrons dans cette sombre église, là, sous une voûte noire, nous pourrons deviser d'amour loin des regards mauvais.

— Oh ! non, monsieur, je ne puis entrer dans ce temple où demeure l'ennemi de mon Dieu ; j'affligerais trop mon vieux père si jamais il l'apprenait.

— Quel est donc votre Dieu?...

— Le Dieu d'Israël !

— Je l'avais deviné, car j'ai lu votre nom dans la Genèse. S'il en est ainsi, soyez ma sœur, permettez que je vous accompagne, et nous parlerons.

— Je mets ma confiance en vous, monsieur.

— Depuis long-temps habitez-vous Lyon?

— J'y suis née, monsieur.

— Votre beauté aurait dû me l'apprendre : mais depuis quand quittâtes-vous Avignon?

— Le lendemain que vous me vîtes à la sérénade. C'est peut-être mal d'être franche ainsi,

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